Si l’émergence de nouvelles formes d’expression des jeunes a démarré il y a quelques années, ce n’est que récemment qu’ils ont pu s’imposer en tant qu’acteur central au sein de la société. Le mouvement du 20 février, initié par la génération de la révolution numérique, a remis sur la table le problème d’inclusion des jeunes dans la vie publique. L’Etat semble avoir saisi l’importance de rompre avec la marginalisation dont souffrent les jeunes, en lançant des initiatives favorisant leur réconciliation avec les institutions. Sauf que cette génération «refuse d’intégrer ces structures traditionnelles qui ne correspondent plus à leurs attentes». C’est pour cela qu’il est important de chercher des pistes innovantes pour coller à la dynamique dans laquelle ils s’inscrivent. Dans ce cadre, la tentative d’inclusion par la culture que recommande le CES constitue une piste sérieuse à emprunter. Même si les concepteurs de ce projet assurent qu’ils ne peuvent prétendre que «la culture pourrait à elle seule constituer une voie décisive d’accès à l’inclusion, car elle ne peut être qu’une partie des choix nationaux en matière d’éducation». Ce qui n’empêche pas de capitaliser sur les tendances créatives des jeunes. La consolidation de ce processus nécessite toutefois une «reconstruction de la conception de la jeunesse à la lumière des transformations de la société, et une revalorisation de la culture comme étant l’une des dimensions centrales des politiques publiques», selon les recommandations du CES. Cela passe en premier lieu par l’élaboration d’un projet national «avec la conviction collective que la culture est un moyen pour immuniser l’identité nationale dans sa diversité».
Les jeunes, eux, «ne doivent plus être considérés comme un problème, mais comme source d’intelligence». Pour favoriser un regain d’intérêt à la culture, il est aussi primordial de résorber le gap en matière d’infrastructures et d’investissements dans le domaine culturel. Le rapport du CES souligne «l’urgence de mettre en place un partenariat sous la forme de contrat-programme national, afin de surmonter ce déficit». Ceci relève également de la responsabilité des promoteurs immobiliers qui ont souvent négligé la dimension culturelle dans leurs projets. Une loi-cadre devrait les obliger à y intégrer des établissements culturels, en plus des espaces verts et des terrains de sport. La dimension numérique de la culture est également mise en avant. Le Conseil appelle à développer un contenu national (sites thématiques, musées…), tout en évitant les dérapages grâce à un organisme de régulation. Reste que l’émergence d’une véritable révolution culturelle ne peut être favorisée sans l’encouragement d’un «star-système» visant la valorisation des potentialités créatrices. Les «jeunes n’acceptent plus de voir les anciennes vedettes dans une situation de misère», a concédé Ahmed Abbadi, président de la commission culturelle qui a élaboré ce rapport. Le développement d’un star-système devra dans ce sens favoriser l’identification à des modèles de réussite, initiant ainsi une spirale vertueuse.
Des «bons ou chèques» de lecture
La réhabilitation de la culture au sein des établissements éducatifs reste aussi incontournable, au même titre que la restructuration du secteur culturel. Le CES recommande en outre de créer une agence ou un fonds national pour la culture et la jeunesse. Il devra avoir pour mission de soutenir et de moderniser la diffusion culturelle, appuyer les projets personnels, adopter un système de «bons ou chèques de lecture»…
M. A. M.