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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

mercredi 16 mai 2012,
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Le CES pointe la politique des jeunes
Des espaces d’expression en marge de la société
Des pratiques alternatives cristallisant un nouveau mouvement culturel
Les médias et les réseaux sociaux attirent plus que les livres

Le CES pointe la politique des jeunes

2003 a constitué un tournant décisif dans la prise de conscience des problématiques des jeunes. Cette année, l’arrestation de 14 rockeurs accusés de satanisme a permis la vulgarisation de cette culture alternative. De même que les attentats du 16 mai ont tiré la sonnette d’alarme sur la radicalisation des jeunes marginalisés

   

Laissés pour compte? Les jeunes l’ont été pendant plusieurs années au Maroc. Au point que le gap entre les attentes de cette catégorie et les politiques publiques n’a cessé de se creuser (cf. www.leconomiste.com). Les stratégies concernant la jeunesse «souffrent, entre autres, de l’absence d’accumulation, d’harmonie et de continuité des décisions politiques», selon les experts de la commission culturelle du Conseil économique et social (CES). Mais depuis quelques années, les jeunes ont réussi à s’imposer et à faire entendre leur voix. Ils ont créé leurs propres espaces d’expression, souvent en marge de la société. C’est pour cela que l’Etat a initié des tentatives pour récupérer ces jeunes, notamment via des programmes thématiques. Des organismes comme le CES permettent de tracer les pistes à suivre pour réconcilier les jeunes avec la normalité sociale. Dans ce cadre, l’action culturelle constitue un puissant levier d’inclusion. Néanmoins, ce domaine «a fait l’objet de peu d’études au Maroc», selon Chakib Benmoussa, président du CES. C’est pour cela qu’il était important pour la commission chargée de la conception du dernier rapport du Conseil sur l’inclusion des jeunes par la culture d’établir un diagnostic de la situation. L’objectif est d’aboutir à des mesures opérationnelles. Ce diagnostic reposait sur des études anthropologiques, mais aussi des enquêtes comme celle menée par L’Economiste-Sunergia. A cela s’ajoutent des rencontres avec des acteurs associatifs et des figures de la jeunesse dans le milieu artistique. Il en ressort que les avis sont partagés par rapport à la conception de la culture. Certains considèrent qu’il s’agit d’un luxe intellectuel alors que d’autres n’y voient que la dimension liée au patrimoine. Les jeunes pointent également du doigt les écarts d’investissements dans le domaine culturel entre le centre et les régions. Les politiques liées à la culture ont également prouvé leur limite, dans la mesure où elles n’ont pas réussi à stimuler l’intérêt des jeunes. C’est plutôt le contraire qui s’était produit dans certains domaines, comme la lecture. En effet, «si en 1963, près de 93% des jeunes faisaient de la lecture une source d’acquisition de la culture», aujourd’hui, cela a changé au profit d’autres supports comme les chaînes satellitaires ou internet. Les résultats de l’étude du CES relatent une domination de la télévision en tant que source de culture, grâce à la diversité de l’offre des chaînes satellitaires. Le lancement à partir de 2006 de radios privées a également permis «une réconciliation des jeunes avec ce média, notamment grâce à «la diversité des choix musicaux, et l’usage simultané des différentes composantes de l’identité marocaine». Le regain d’intérêt des jeunes pour la radio s’explique en outre par l’accompagnement des stations privées des pratiques culturelles alternatives. Le développement d’événements comme L’Boulevard des jeunes musiciens a initié un véritable mouvement culturel, baptisé «Nayda». Toutefois, «la carence en équipements artistiques a de quoi inhiber les dispositions artistiques des jeunes», déplorent les concepteurs de l’étude. C’est pour cela qu’ils précisent que «les acteurs politiques et sociaux doivent reconnaître que l’art et la culture ne pourraient assurer leur rôle dans l’inclusion des jeunes que par une refonte totale des stratégies culturelles». Cela concerne surtout la réhabilitation de la culture dans le système éducatif qui souffre d’une «confusion née de l’absence d’une conception claire dans ce domaine».

Génération Facebook

Internet et les réseaux sociaux constituent des canaux privilégiés des jeunes pour la diffusion et l’acquisition des connaissances. Il s’agit d’un moyen qu’ils se sont approprié et qui est en passe de «déstabiliser les habitudes et modes de consommation culturelle». Les médias numériques ont également le mérite d’avoir «démocratisé la culture».

Mohamed Ali MRABI