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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

mercredi 16 mai 2012,
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Le CES plaide pour l’inclusion des jeunes par la culture
Un rapport dressant une série de recommandations
Limites de la politique culturelle adoptée
Le Conseil en faveur d’une stratégie participative

   

Après l’emploi des jeunes, le Conseil économique et social (CES) poursuit ses travaux relatifs aux problématiques de cette catégorie sociale. Un nouveau rapport sur l’inclusion des jeunes par la culture a été présenté, vendredi dernier à Rabat. Face à «un manque d’études dans ce domaine, le Conseil a adopté un nouvel angle pour le traitement de cette problématique», a souligné Chakib Benmoussa, président du CES. Ce rapport établi par la commission culturelle du Conseil a pour objectif de dresser l’état des lieux des politiques culturelles en faveur des jeunes, et d’émettre des recommandations à l’intention des décideurs. Ce travail s’inscrit dans un contexte de mondialisation de la culture grâce aux nouvelles technologies de l’information ainsi qu’aux chaînes satellitaires. «Nous assistons à une démocratisation de la culture», a souligné Ahmed Abbadi, président de la commission qui a élaboré cette étude, et également SG de la Ramita Mohammedia des ouléma. Rachid Belmokhtar, l’un des concepteurs du rapport, relève aussi une «marchandisation de la culture». Le travail entend rétablir la relation entre les jeunes et la culture nationale, notamment dans ses dimensions historiques et patrimoniales. Ceci pour éviter que «le socle de l’identité culturelle marocaine ne disparaisse face à un produit étranger facilement accessible aux jeunes et présenté de façon mieux structurée», explique-t-il. Il prend pour exemple le domaine religieux où les jeunes sont plus influencés par les prêcheurs moyen-orientaux. Ce qui impacte négativement la cohérence de la doctrine religieuse nationale. C’est pour cela que l’élaboration de ce rapport s’est basée sur des critères anthropologiques, psychologiques, éducatifs… Des réunions ont été également organisées avec des départements ministériels chargés des affaires de la jeunesse. Les jeunes ont été également impliqués dans cette approche, notamment des artistes de la nouvelle scène, des producteurs, des écrivains… Il s’agit par là de «s’ouvrir sur les nouveaux paradigmes relatifs aux jeunes et rompre avec la perception classique des autorités publiques», a expliqué Abbadi. Ce qui ressort de ce rapport, c’est que les jeunes adoptent 5 positions différentes dans leur relation à la culture. Certains estiment qu’il s’agit d’un luxe intellectuel, au moment où d’autres réduisent la culture à ses aspects traditionnels. Une autre catégorie des jeunes focalise son attention sur les volets identitaires et religieux de la culture. Les deux autres positions critiquent la politique culturelle qui concentre les activités dans l’axe des grandes villes. Le faible intérêt accordé à la culture dans les politiques publiques, est également pointé du doigt Les perceptions négatives et étriquées de la culture ainsi que la faiblesse des investissements dans ce domaine, remettent sur la table la question de l’effectivité de la politique culturelle. En effet, «les politiques publiques concernant les jeunes souffrent, entre autres, de l’absence d’accumulation, d’harmonie et de continuité dans les programme adoptés», relève-t-on dans le rapport. Pour ses concepteurs, la conception sectorielle que les responsables se font généralement de la jeunesse, est l’un des principaux écueils. S’y ajoutent la faiblesse des infrastructures destinées aux jeunes, couplée à une intervention souvent tardive des acteurs politiques qui favorise l’aggravation du déficit. Parallèlement, un grand décalage existe entre l’offre publique et les besoins réels des jeunes. Face à cette situation, «le Maroc a un besoin urgent d’une nouvelle vision de la question de la jeunesse», selon les experts du CES. Cela passe notamment par l’élaboration d’un projet national qui insiste sur «la dimension stratégique de la culture en tant que l’un des leviers du développement et un moyen pour immuniser l’identité nationale». Le CES appelle également à «mettre en place une stratégie participative, sous forme d’un contrat-programme national» et «adopter une nouvelle démarche de gouvernance démocratique participative des politiques publiques de jeunesse». La nouvelle Constitution devra également favoriser la mise en œuvre de cette stratégie à travers deux instances s’occupant des problématiques de cette catégorie sociale. Le CES appelle ainsi à l’accélération de la création du Conseil consultatif de la Jeunesse et de l’action associative et du Conseil national des Langues et de la Culture marocaine». Parallèlement, d’autres dispositifs devraient être mis en œuvre, notamment en promulguant une loi cadre obligeant les responsables du secteur du logement à prévoir des espaces culturels dans les lieux de vie. Les experts du Conseil insistent également sur l’importance de la dimension régionale dans le développement de la politique culturelle.

Observatoire

La stratégie d’inclusion des jeunes par la culture devra être accompagnée par «la mise en place d’un Observatoire chargé de l’élaboration de rapports de suivi tous les 3 ans», avance Mohamed Abbadi. Parallèlement, il est important de développer «des sites numériques thématiques complétant les connaissances scolaires», préconisent les concepteurs du rapport. Les nouvelles technologies ont été placées au cœur de cette stratégie, notamment en appelant à la création de musées numériques, l’élaboration de contenus nationaux… Mais pour éviter les dérapages, il est recommandé de «créer un organisme indépendant possédant les moyens de régulation et les conditions normatives pour garantir les droits et libertés».

Mohamed Ali MRABI