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Investiture du gouvernement
Les signaux forts de Benkirane
Guerre déclarée aux rentes et aux privilèges
La réforme de la retraite réactivée
Les lois sur la grève et les syndicats aussi

Investiture du gouvernement Les signaux forts de Benkirane

«S’il s’avère que j’ai fait allusion au manque de compétences des femmes, je suis prêt à présenter ma démission», a soutenu Abdelillah Benkirane

   

Abdelillah Benkirane s’est envolé hier jeudi 26 janvier tranquillement pour Davos. Son gouvernement a été investi la même journée par un vote de confiance de la Chambre des représentants avec 218 voix pour et 135 contre. Mais avant que les députés ne procèdent au vote, le chef du gouvernement a répondu aux questions et reproches soulevés par le débat qui avait suivi la présentation de son programme.
D’abord, la nomination d’une seule femme au gouvernement avait focalisé les critiques. Le chef du gouvernement a présenté ses excuses aux femmes mais a démenti avoir remis en question leurs compétences. «S’il s’avère que j’ai fait allusion à cette affaire, je suis prêt à présenter ma démission», a-t-il martelé. Pour lui, cette affaire de femmes doit être traitée dans sa globalité.
Un chantier auquel doivent s’atteler tous les partis politiques et mener en interne pour promouvoir la présence des femmes dans leurs instances. L’objectif est de démonter la logique machiste qui prévaut dans la société et plus particulièrement dans le monde politique. D’ailleurs, sur les 67 femmes députées, 60 ont été élues à la faveur de la liste nationale. Seules 7 ont remporté leurs sièges dans les circonscriptions locales. En outre, lors des dernières élections, les femmes têtes de liste n’ont représenté que 5% de l’ensemble.
Sur l’absence de chiffres et de calendrier de réalisation dans le programme gouvernemental, Benkirane a expliqué que ces informations se retrouvent dans d’autres documents comme notamment la loi de Finances, les stratégies sectorielles,…Sur le programme électoral du PJD qui voulait atteindre un taux de croissance de 7% et augmenter le Smig et les pensions de retraite, le chef du gouvernement mise sur la bonne gouvernance.
Par ailleurs, la lutte contre la corruption et la moralisation de la vie publique ne sera pas de tout repos, promet Benkirane. Selon lui, les poches de résistance au changement existent et il a demandé au Parlement de l’aider pour les vaincre. Il est d’ailleurs revenu sur «les rentes, les privilèges et les agréments, devenus une culture» au Maroc. Tout cela devra changer, dit-il. A cette occasion, le chef du gouvernement a rendu hommage au conseiller Driss Radi de l’UC qui a proposé la veille de renoncer à un agrément de taxi, qui pourrait servir à soulager des personnes nécessiteuses et dans le besoin. «Ceux qui ont profité doivent savoir s’arrêter», a conseillé Benkirane. Il a d’ailleurs réitéré le message adressé aux opérateurs économiques et au monde des affaires: «il vaut mieux être un peu riche dans un Etat stable que très riche dans un pays menacé».
Sur un autre registre, Benkirane se dit ouvert au dialogue social, mais promet que les lois sur la grève et les syndicats seront adoptées, dans un esprit de partenariat. «La grève est un droit mais le droit au travail doit également être respecté», lance-t-il. De son côté, le système des retraites sera réformé. Le chef du gouvernement convoquera prochainement la Commission technique tripartite «pour prendre les décisions qui conviennent». La retraite devra s’étendre à d’autres catégories comme notamment les professions libérales, les pêcheurs…En tout cas, Benkirane est déterminé à faire aboutir ce chantier.
Sur le plan politique, il est revenu sur la nouvelle place que doit occuper l’opposition, conformément à la nouvelle Constitution. Pour lui, elle doit être un partenaire, certes critique mais aussi une force de propositions pour faire avancer les choses. «Fini l’ère où le gouvernement avait toujours raison et l’opposition tort», dit Benkirane qui compte élargir le partenariat le plus possible pour impliquer le plus de monde dans la prise de décision.
Avec le Parlement, il veut aussi construire une nouvelle relation. Il projette de venir dans l’hémicycle «une fois par mois pour discuter des affaires de politique générale et une fois par an pour dresser le bilan de l’action de son gouvernement».
Sur les alliances, il a été clair. Avant les élections, le PJD avait donné la priorité à la Koutla, tout en mentionnant la porte ouverte au MP. Benkirane a souhaité avoir l’USFP au gouvernement, mais cela n’a pas été possible en raison de considérations internes à cette formation. Il pensait même élargir la coalition au RNI mais il a été surpris que ce parti choisisse l’opposition. «On nous a reproché notre alliance avec l’Istiqlal alors qu’il y a peu de temps, on nous poussait à constituer un bloc car on nous considérait comme des partis conservateurs», a rappelé le chef du gouvernement.


Mohamed CHAOUI