
Fouad Douiri, ministre de l’Energie et Moulay Abdallah Alaoui, président de la Fédération de l’énergie
A son tour, le ministre istiqlalien de l’Energie n’aura pas de répit. La visite de courtoisie du président de la Fédération nationale de l’énergie (FNE) s’est vite transformée en rencontre de travail. En recevant Moulay Abdallah Alaoui, jeudi 12 janvier, Fouad Douiri, ne s’attendait pas à un tel échange de fond sur des questions stratégiques du secteur.
Décelant, à prime abord, «une bonne écoute et une approche moderne» du ministre, Alaoui relègue le menu initial de son audience au second plan, dévoilant ainsi les principales attentes de la Fédération.
Le dossier stratégique et récurrent de la sécurité énergétique du pays revient sur la table. A juste raison. Car, pour Alaoui, la sécurité basée sur l’approvisionnement électrique est bel et bien menacée. Parce que, explique-t-il, «elle ne repose que sur deux sources uniquement qui sont le charbon et le fuel». Et que, de manière générale, la pression exacerbée sur les énergies fossiles qui, en épuisement progressif, resteront dominantes à des niveaux de prix élevés.
Or, les différentes prévisions montrent une croissance très forte de nos besoins énergétiques. C’est le cas notamment de l’énergie primaire qui atteint actuellement 18 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) contre 14,7 Mtep en 2008. A horizon 2030, ce besoin flirtera avec les 95 Mtep. C’est pour cela que la position stratégique actuelle, «dictée par le cabinet Mc
Kinsey» ne convient plus à la Fédération de l’énergie. Son président a tenu à le dire haut et fort au ministre: «il faut élargir le bouquet énergétique au gaz naturel…, au plus vite».
Alaoui rappelle que toute politique, de surcroit énergétique, doit faire l’objet d’un suivi permanent pour éviter, dit-il, «les effets indésirables». Pour cela, au même titre que le plan solaire, il suggère, non pas la création d’une agence, mais la désignation d’un «project man». En clair, Alaoui propose à Douiri de confier à quelqu’un du ministère, la mission de «Monsieur gaz naturel» pour s’occuper exclusivement du plan gazier jusqu’à son déploiement total. «Il y a une grande coordination pour mener à bonne fin ce projet» dont le succès dépendra en partie par la création d’une instance de régulation. Une sorte d’autorité publique que Alaoui souhaite voir «indépendante du ministère de l’Energie», ayant la prérogative de fixer les prix. Il ne s’en cache pas. Il veut éviter au plan gazier (encore en projet), le triste sort de la charte du développement durable. Une charte annoncée en grande pompe, qui attend toujours son déploiement parce que, rappelle-t-il, «victime de sa dépendance de plusieurs institutions aux intérêts très divergents».
A mots à peine couverts, le président de la Fédération de l’énergie conseille au ministre à «ne pas refaire la roue», mais juste «s’inspirer des best practices en matière de politique énergétique, et les adapter à nos réalités». A la différence de beaucoup de secteurs, l’énergie a sa stratégie actée, mais qu’il faut bien «décliner sur le terrain».
Sur la compensation, Alaoui appelle à «rendre lisible cette stratégie sociale». Pour ce faire, il suggère de «trouver un compromis politique et non pas économique», comme l’ont tenté en vain les prédécesseurs de Douiri. Tout un programme.
Bachir THIAM