
Selon Mohamed Karia, président du CCAM et de la compagnie maritime IMTC, les armateurs espèrent aujourd’hui une flexibilité de la part des banques
- L’Economiste: Comment se porte le secteur du transport maritime marocain?
- Mohamed Karia: Le secteur du transport maritime au Maroc a subi la crise comme partout dans le monde. A partir d’octobre 2008, il y avait beaucoup de navires qui s’étaient arrêtés dans les différents ports du globe. Cela a été une baisse aussi brusque que brutale. En un mois, le taux de fret a baissé de 70% pour les bateaux à capacité moyenne.
Au Maroc, nous avons subi la même chose depuis octobre 2009. La situation n’a commencé à s’améliorer qu’à partir de mars 2010. Mais ce n’est qu’à fin janvier 2011 que nous avons commencé à retrouver les taux d’avant le début de la crise, soit 70%. Mais pour maintenir le cap, nous avons besoin du soutien de l’Etat. Espérons que le nouveau ministre prête plus d’attention à notre secteur.
- Est-il question, valeur d’aujourd’hui, d’une mise à niveau de la flotte marocaine?
- En matière de transport de passagers, il y a de nouvelles lois qui imposent la mise à niveau des bateaux. Seulement, la mise à niveau la moins chère coûte un million d’euros par bateau (11 millions de DH). Et il faut savoir que le Maroc a une flotte qui a vieilli et dont la moyenne d’âge est entre 35 à 40 ans par navire. Et les armateurs n’ont pas, tous, les moyens de remplacer leurs bateaux surtout que les prix ont grimpé de manière vertigineuse. Un bateau longue distance coûte aujourd’hui jusqu’à 150 millions d’euros. Un bateau pour faire la traversée Algésiras-Tanger coûte 40 millions d’euros (440 millions de DH).
- Qu’est-ce qui handicape aujourd’hui le développement du secteur?
- Ce qui nous désole aujourd’hui, c’est qu’au moment où l’on a constaté une reprise, nos banques ont malheureusement donné encore un tour de vis aux crédits. Sans oublier la lenteur des procédures pour leur octroi. Cela constitue un handicap supplémentaire au développement du secteur du transport maritime marocain. Ce que nous demandons, c’est une flexibilité de la part des banques. Nous avions d’ailleurs saisi Karim Ghellab, alors ministre de tutelle qui a, à son tour, saisi son homologue des Finances, Salaheddine Mezouar, et le wali de Bank Al-Maghrib. Nous souhaitons seulement un moratoire en faveur des armateurs en attendant que la situation s’améliore.
- Comment voyez-vous l’avenir du transport maritime au Maroc?
- L’avenir du secteur réside dans son soutien. Dans quelques années, la plupart des navires de la flotte marocaine devront aller à la casse. Ils ne répondront plus aux exigences européennes et ils doivent donc être remplacés. Les réparer coûte très cher parce qu’il faut le faire en Europe, le Maroc ne disposant pas de chantiers navals. Les armateurs attendent donc jusqu’à la dernière minute pour mettre à niveau leurs navires. En même temps, peut-on imaginer le détroit de Gibraltar sans bateaux marocains? Faut-il aussi rappeler que lorsque le port d’Algésiras était fermé, ce sont les bateaux marocains qui ont assuré la liaison avec le sud de la France.
- Quel bilan faites-vous de la libéralisation du transport maritime?
- Je pense qu’il faut engager et instaurer un débat autour de la question. Nous avons été déçus par cette libéralisation qui a plus profité aux armateurs étrangers, notamment européens, au détriment des armateurs marocains. Jusqu’à maintenant et depuis le début de la libéralisation du secteur, toutes les mesures qui nous avaient été promises n’ont pas été appliquées. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui un bateau marocain coûte plus cher qu’un bateau étranger.
Propos recueillis par J. E. HERRADI