
Les élèves sont appelés à utiliser les apprentissages pour résoudre des situations complexes. Pour l’instant, dans les collèges, l’évaluation ne s’effectuera pas selon l’approche par compétence
«LE parcœurisme ne sert à rien. C’est une déformation de l’esprit et il ne répond pas aux attentes». Selon Youssef El Azhari, directeur du Centre national des innovations pédagogiques et d’expérimentation relevant du département de l’Education, l’approche par compétence sera généralisée dans les collèges dès ce mois de janvier (Cf.www.leconomiste.com)
Prévu pour la rentrée 2011-2012, le processus a pris du retard puisqu’il fallait former les enseignants. Chose qui n’a pas été faite l’année dernière en raison des grèves répétitives.
Dans les collèges, les évaluations ne s’effectueront pas selon cette approche. En revanche, le principe est retenu dans le primaire. Au niveau de ce cycle, l’élève est évalué en fonction des compétences acquises. Il doit ainsi résoudre des situations complexes en faisant appel aux apprentissages reçus et non réciter par cœur ses leçons. Une pratique qui avait été critiquée par la Banque mondiale.
Appliquée depuis l’année dernière, la nouvelle formule d’évaluation est contestée par des enseignants. En tout cas, les syndicats ont appelé à son boycott et au rejet de l’approche par compétence. «L’année dernière, la formation des enseignants a été perturbée par les grèves. La note 204 qui organise l’évaluation selon les compétences a été mal interprétée. Un logiciel prêt à l’emploi est aujourd’hui mis à la disposition des enseignants», explique El Azhari.
Avant sa généralisation au primaire en 2010-2011, la mise en place de cette nouvelle approche a été expérimentée deux ans auparavant dans deux régions: Chaouia-Ouardigha et Meknès-Tafilalet. Par la suite, l’on a opté pour une extension de l’expérience dans tous les établissements de ces deux régions ainsi qu’au niveau de Oued Eddahab-Lagouira. Et c’est le même schéma qui a été dupliqué pour les collèges.
Adoptée en 2002-2003 à l’occasion de la refonte des programmes, l’approche par compétence a fait l’objet de plusieurs séminaires et de journées d’études. Mais ce n’est qu’en 2005 qu’un premier bilan a été établi faisant état d’un constat peu optimiste. Les manuels n’étaient pas adaptés, les enseignants peu formés et les initiatives éparses. Ce qui a nécessité la création d’une commission chargée de s’attaquer aux problèmes rencontrés et en particulier la mise en place d’un cadre méthodologique. «Nous nous sommes adressés au bureau de l’Unesco à Rabat qui a mis à notre disposition les différentes expériences au niveau international. Les acteurs se sont donc mis d’accord sur le choix de la pédagogie par intégration comme cadre méthodologique de la mise en œuvre pratique de l’approche par compétence», explique El Azhari.
Une fois ce cadre méthodologique fixé, la commission s’est attaquée à la fixation des compétences à acquérir par un élève au niveau de chaque discipline et chaque niveau scolaire. «Notre enseignement était surtout axé sur le contenu. Le but aujourd’hui n’est pas de connaître les règles par cœur mais de les exploiter pour interagir avec son milieu socio-culturel et économique», explique le directeur du projet.
Pour cela, l’adaptation des manuels s’est imposée. Mais en attendant leur refonte prévue en 2013, le comité a opté pour des manuels complémentaires: des cahiers d’intégration pour les élèves et des guides pour les enseignants. Il s’agit d’outils qui permettent à l’enseignant, selon une démarche précise et claire, de développer les compétences élaborées.
A côté de cela, l’Education nationale s’est lancée dans la formation des différents acteurs dont 140.000 enseignants du primaire et 1.000 formateurs. Un chantier qui a nécessité une enveloppe de 400 millions de dirhams (300 dirhams par jour et par enseignant). «Un module de 5 jours est suffisant pour un enseignant qui n’a pas d’autres lacunes que celles de la maîtrise de l’approche par compétence. Mais on s’est rendu compte que des enseignants ont d’énormes besoins de formation dans la planification des enseignements par exemple», note Al Azhari. Il faut dire aussi que la formation continue a toujours été négligée au niveau du département de l’Education nationale. Certains enseignants n’ont pas remis les pieds dans un centre de formation depuis 30 ans! C’est ce qui explique en partie les résistances aux changements. Concrètement, l’année scolaire est divisée en quatre paliers de 8 semaines. Les six premières semaines sont dédiées à l’apprentissage des enseignements classiques alors que les deux dernières sont réservées aux cahiers d’intégration qui permettent de travailler sur des situations complexes. Un suivi de ce dispositif au niveau central, régional et provincial est également mis en place. Des réunions sont ainsi organisées pour préparer les semaines de l’intégration. Et au niveau de chaque établissement, un enseignant joue le rôle de personne ressource. Elle bénéficie de plus de formation pour jouer un rôle de leadership à côté du chef de l’établissement.
K. M.