Economie

Contrefaçon: Les premiers chiffres d'un mal endémique

Par L'Economiste | Edition N°:3673 Le 08/12/2011 | Partager
20 à 30% du marché de la pièce détachée infestés
Vêtements de sports, matériel électrique, tabac et cosmétiques, les plus touchés

Médicaments, pièces de rechange, composants électriques, cosmétiques, produits d’hygiène et jouets pour enfants. Toute la panoplie est gangrénée par la contrefaçon. La première étude sur la situation au Maroc sera publiée l’année prochaine. Les quelques chiffres présentés lors du séminaire qui s’est déroulé les 5 et 6 décembre à Casablanca font frémir : 20 à 30% du marché de la pièce détachée relève de la contrefaçon. Idem pour les composants électriques. A elles seules, les saisies de pièces contrefaites ont porté sur 5 millions d’unités sur les deux dernières années. La présentation faite par Choukry Maghnouj du cabinet Arsen consultings ne quantifie pas l’ampleur pour les autres secteurs mais place les textiles et l’habillement en tête des produits contrefaits importés au Maroc. Il s’agit essentiellement de vêtements de sport provenant de Singapour et du Pakistan. Mais le grand fournisseur du Maroc, tous produits confondus demeure la Chine. Elle en détient le triste palmarès avec 55%. Au niveau international, l’empire du milieu se taille 76% du marché de la contrefaçon. Des pays de l’UE, Taiwan, et l’Egypte y contribuent aussi largement. Alors qu’à l’instar de notre pays, la Turquie, la Russie, la France et l’Italie comptent parmi les grands destinataires. Car, est-il souligné, le Maroc n’est pas producteur de contrefaçon. Du moins de produits industriels qui présentent un danger réel pour la santé et la sécurité du consommateur. Des cas de contrefaçon de quelques produits de luxe du secteur de la maroquinerie sont relevés mais la partie invisible de l’iceberg est surtout constituée par les flux extérieurs. Le trafic informel mais aussi les importations dûment contrôlées par les services de la douane.
A l’origine, les intervenants évoquent le faible pouvoir d’achat du consommateur, l’absence de normes obligatoires et les prix parfois prohibitifs pratiqués par certaines multinationales. «Et la mondialisation a encore facilité la tâche aux contrefacteurs», constate Anne-Flore Maman, consultante à SemioConsult-France. Sans oublier que certains «produits de luxe» contrefaits exercent un attrait même sur la classe moyenne. Pour s’en convaincre, Maman rappelle ce titre évocateur du quotidien français le Figaro: «35 % des Français cèdent à la sirène de la contrefaçon». L’apport de l’internet est aussi déterminant. «Pas moins de 50% de médicaments contrefaits font l’objet de ventes en ligne», révèle l’Organisation mondiale de la Santé.
Pourtant, les dégâts collatéraux sont énormes pour la pluparts des produits manipulés par les fraudeurs. Des témoignages d’acteurs nationaux permettent d’en saisir l’ampleur. Selon Kamal Hajji, directeur à Ingelec, 50% des incendies sont d’origine électrique. Sans oublier, les décès pour cause d’électrocution. Or, d’après les estimations, 25% des disjoncteurs mis sur le marché sont contrefaits. Pour cette entreprise qui exporte sur l’Afrique et quelques pays d’Europe, les composants électriques en provenance de la contrefaçon sont 2 à 3 fois moins cher par rapport aux produits normalisés mais ont une durée d’utilisation très courte. Le même constat est dressé par le représentant du Renault Maroc. Le prix de la pièce détachée issue de la contrefaçon est inférieur de 65% en moyenne en comparaison avec la pièce d’origine (montée par le constructeur) ou celle fournie par un équipementier agréé. Mais là, le danger est mortel sinon catastrophique en termes des dégâts. Un filtre contrefait peut coûter un moteur alors qu’une plaquette de freins fabriquée à partir de matériaux moins nobles peut entrainer la mort d’usagers de la route. C’est que la contrefaçon porte essentiellement sur les pièces d’usure. Elles sont importées en vrac et l’emballage est imprimé au Maroc avec le sigle et les indications du constructeur ou de l’équipementier. D’après Renault Maroc, ce marché représente entre 10 et 12% du chiffre d’affaires et reste approvisionné par la Chine, l’Egypte et la Turquie.
Plus grave est le danger résultant de l’usage des lampes contrefaites sur véhicules. Selon Kaufmann, représentant de la marque Bosch, des cas d’accidents graves ont été enregistrés pour cause de lampes qui se grillent subitement en pleine nuit. Des plaquettes de freins contenant de l’amiante ont été aussi saisies. Au total, le nombre de saisies de produits contrefaits a été multiplié par 66 fois sur les cinq dernières années. Pour la seule marque Nike, les saisies ont porté en 2011 sur 100.000 articles. Plus colossal aussi, le marché du tabac : une cigarette sur quatre est contrefaite. Et 190 milliards d’unités sont fournies par la Chine. Les pertes sont énormes pour la fiscalité. Au Maroc, le prix d’un paquet de blondes est constitué de taxes à hauteur de 70%. Quant aux moyens de lutte, ils tiennent surtout au dépôt des marques tant au niveau national qu’international. La sensibilisation des consommateurs est également primordiale. Un partenariat avec les organismes en charge du contrôle aux frontières et à l’intérieur du pays s’est révélé dans certains cas très édifiant. Mais il y a aussi le principe de la dénonciation dont le consommateur devrait être imbu.

A. G.

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