Entreprises

Un coin du voile sur le marquage fiscal

Par L'Economiste | Edition N°:3663 Le 24/11/2011 | Partager
3 milliards de codes fiscaux chaque année
Traitement de faveur pour Imperial Tobacco Maroc

On peut aisément comprendre qu’à Prilly, sur les hauteurs de Lausanne en Suisse, siège de la petite entreprise de graisse à traire les vaches, créée par Maurice Amon en 1927, devenue la championne planétaire de la sécurité des billets de banque surtout, soit transformée en bunker, mais non pas sa 24e filiale marocaine. La troisième en Afrique après l’Afrique du Sud et le Nigeria.
En me recevant, mardi 22 novembre, soit 14 mois après ma demande d’audience (septembre 2010), le staff de Sicpa Maroc (SICPAGSS Morocco SA) n’en croyait pas à mon exploit. «Ça ne devait pas être facile pour nous retrouver», me lance le DGA de la filiale marocaine, Roberto Schinazi. On peut le comprendre. Rien. Pas d’enseigne, aucun écriteau n’indique, jusque dans la salle de réunion, au troisième étage de l’immeuble Horizon lot Mandarona dans le quartier d’affaires de Sidi Maârouf à Casablanca, qu’on est dans les locaux de la filiale marocaine de l’une des entreprises les plus stratégiques au monde. Ce n’est pas que Sicpa Maroc ne soit pas transparent. Bien au contraire. Naïvement, si l’on en croit le staff, le choix de ne pas communiquer, de ne pas «s’afficher» est un vieille recette-maison. Sicpa semble, à son corps défendant, faire sienne de l’adage selon lequel pour vivre heureux, vivons caché.
En dehors de son cœur de compétence, les encres de sécurité et les solutions intégrées destinées à ses deux activités, «Sécurité des billets de banque et des documents et «Sécurité des produits contre les trafics illicites» (contrefaçon et contrebande), on connaît peu de choses sur Sicpa. C’est le cas de son chiffre d’affaires dont le staff estime à moins de 300 millions de DH. Le signataire de la convention pour la mise en place du système de marquage fiscal, Abdelmajid Bourra, directeur des Etudes à la douane, l’estime, comme l’a maintes fois rapporté la presse, entre 500 et 600 millions de DH. A ce jour, 3 milliards de produits sont marqués dont 1 milliard de bouteilles d’eau. Pour une moyenne de 20 centimes, l’estimation de la douane paraît plus plausible. Une question sur le ratio du chiffre d’affaires rapatrié à Lausanne restera sans suite. Sur l’investissement non plus, on n’en saura pas plus que les bribes d’informations qui avaient filtré lors de la présentation du plan initial d’investissement de Sicpa, de près de 450 millions de DH, au DG de la douane, Zouhair Chorfi. Le plus gros de ce pactole devait permettre l’équipement d’une centaine de lignes de production sur 40 sites à travers tout le pays. Seul hic, le débat encore non élucidé sur la tarification différenciée que dénoncent certains opérateurs. Une source confie qu’Imperial Tobacco Maroc (ex-Altadis) bénéficie d’une «remise». Résultat: contrairement aux autres cigarettiers, ITM ne paye en réalité que 20 centimes par paquet de cigarettes produit au lieu de 50. Et qu’à ce jour, la ligne de production de la marque Casasport (7% du marché du tabac au Maroc) «n’a toujours pas de vignette», donc pas soumise au marquage. L’entreprise a pourtant bénéficié d’une année de mise en place du marquage. Les vieux réflexes de monopole d’Etat ont la vie dure.
Le marquage fiscal n’a pas encore donné les fruits escomptés. Peut-être parce qu’«il vient juste de commencer», nuance Bourra. Ou encore, «parce qu’il reste encore des résistances au changement à aplanir», ironise-t-il.

Le dirham y passe

SICPA est le leader mondial de la fourniture d’encres de sécurité et de solutions destinées à la plupart des billets de banque du monde entier dont les coupures de 100 et 200 dirhams marocains ainsi qu’à un large éventail de documents, tels que passeports, tickets de transport, cartes plastifiées et billets de loterie à gratter. Selon le management du groupe, cette position de leader lui vaut le statut de conseillers privilégiés auprès des banques centrales, gouvernements et imprimeurs de haute sécurité. Ainsi, pour la sécurité des produits contre les trafics illicites (contrefaçon et contrebande), l’entreprise prend en charge la protection de la valeur et de l’intégrité des droits mondiaux de propriété industrielle et intellectuelle, ainsi que l’augmentation des recettes fiscales par le biais de ses systèmes intégrés d’authentification et de sécurisation de la chaîne logistique.

Bachir THIAM

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