Politique

Législatives 2011
Mohamed Mjid dénonce la galaxie des privilèges

Par L'Economiste | Edition N°:3659 Le 17/11/2011 | Partager
Il accuse les leaders politiques de s’accrocher au pouvoir
Le «20 février», conséquence de l’absence des partis
Un paysage politique davantage détérioré

Mohamed Mjid, que l’on ne présente plus, conserve tout son optimisme quant à l’avenir du Maroc. Cependant, il dénonce les leaders des partis politiques qui ne veulent pas quitter leurs sièges pour faire place aux jeunes

- L’Economiste: C’est le branle-bas de combat à l’approche du 25 novembre. Quel regard portez-vous sur cette ébullition dans le champ politique?
- Mohamed Mjid: Je suis tenté quand je vois ce qui se passe, quand j’entends parler, quand j’écoute ce qu’on appelle pompeusement les hommes politiques (ils sont tout sauf cela), je suis tenté d’être pessimiste. Mais, ma vocation et ma formation de sportif me l’interdisent. Je préfère donc garder mon espoir, mon optimisme parce que le Maroc n’est pas riche financièrement, mais il est très, très riche humainement. Et cela est un capital qu’on ne peut pas lui enlever et qui nous est envié. Nous avons une jeunesse extraordinaire que je contacte quotidiennement surtout dans le Maroc profond, là où la population n’est justement pas encore polluée politiquement. Mais parmi les jeunes de l’urbain, ils commencent à réaliser qu’on les a manipulés par des slogans creux, des promesses qui n’aboutissent pas parce qu’elles sont démesurées par rapport aux possibilités du pays. Ce qui nous amène, encore une fois, à dire que nos «politicards» ne sont pas en phase avec la politique marquante du pays, avec la situation du Maroc. Ils ne connaissent donc pas le Maroc. Ils ne le connaissent que dans les salons, qu’autour des tables pour bavarder, avancer des slogans, parler des actions en Bourse. Ils attendent… On ne peut donc pas compter sur ce genre de personnes pour diriger le pays.
Est-ce que les tenants de la politique politicienne ont réellement ouvert la porte de leurs partis aux jeunes. Je dis: «non». Leur leitmotiv, c’est que les jeunes ne veulent pas venir. Moi, je leur dis: non, c’est vous qui ne voulez pas partir, parce que vous voulez vous maintenir indéfiniment dans la galaxie des privilèges. Vous avez participé à la création d’une atmosphère de népotisme absolument scandaleuse et inadmissible.

- Le «Mouvement du 20 février», «le printemps arabe»… ont-ils provoqué quelque chose au Maroc?
- A la suite des événements qui secouent le monde, notamment le monde arabe, et aussi le «Mouvement du 20 février», il y a eu une prise de conscience quelque part et tout le monde commence à parler du quota pour les femmes et les jeunes. Les jeunes ont donc choisi la rue pour s’exprimer. Mais, malheureusement, ce mouvement, parti spontanément, a été récupéré par les mafieux de la politique parce que les partis sont absents. Ces derniers ne se manifestent, comme chacun le sait, qu’à l’occasion des élections. En témoigne d’ailleurs l’excitation constatée depuis un mois.
Que font les partis pendant toute une période? Ils se fiancent, ils se marient, ils divorcent et maintenant ils sont en train de «paxer». On parle du G8, mais personne ne pense aux «j’ai rien». Alors que ceux qui n’ont rien constituent la majorité et sont le socle sur lequel repose tout le système marocain.

- A quelques jours des élections, comment voyez-vous ce scrutin?
- On est à la veille des élections, il y a des anciens qui reviennent parce qu’ils refusent de partir malgré les sollicitations de la base. Et il y a les nouveaux qui sont arrivés à décrocher la fameuse accréditation. Résultat: on va se retrouver avec un paysage politique davantage détérioré, illisible et invisible. Le vrai citoyen qui pense «Maroc, Marocains» va certainement réagir. SM le Roi a pratiquement tout donné et a fait confiance aux partis. A chacun de ses discours, il s’adresse à la Justice et aux partis. Mais, malheureusement, ces derniers n’ont pas répondu présents. Ils ne sont là que pour se servir et non pour servir. Ce sont-là des défaillances qui deviennent de la trahison. Mais ils se trompent, car le citoyen ne va pas se laisser faire. Le Marocain est conscient, il est formé, il est informé et veut jouer son rôle maintenant. Quand j’écoute ce que pensent les jeunes dans le Maroc profond, je m’interdis de penser un jour au désespoir. Il y a là une très bonne réserve pour le Maroc de demain, mais il faut aller vers elle, l’écouter, dialoguer avec elle, lui faire confiance, l’accompagner et la responsabiliser.

- N’avez-vous pas l’impression que le monde rural est le grand oublié des programmes électoraux?
- Ces programmes ne sont pas étudiés, réfléchis bien avant. On les pond la veille des élections. Et ce sont les mêmes qui ont fait que l’on a enregistré un taux de participation de seulement 37% en 2007. En divisant ces 37% par le nombre de partis, alors que peuvent bien représenter ces derniers? En somme, ils ne représentent rien mais cela ne les empêche pas de prétendre vouloir gérer le pays.

- La régionalisation avancée est à nos portes. Pensez-vous qu’on est prêt pour cette nouvelle forme de gestion des affaires locales?
- Je ne vois sincèrement pas à qui on peut confier la gestion des régions. Prenons l’exemple de Casablanca et ce qui s’y passe depuis le mois de février. Des sessions qui ne se tiennent pas faute de quorum, mais insultes et vociférations sont le lot de ces réunions. Une bande de mafieux, soi-disant élus, tue véritablement la démocratie. Va-t-on les laisser bloquer toute une ville, de surcroît capitale économique du pays. Finalement, qui est le véritable coupable dans tout cela? Ce sont les partis qui accordent leurs fameuses accréditations. Je dis donc à mes amis, responsables des partis, de réfléchir à tout cela parce qu’ils sont en train de trahir le Maroc.

- Maintenant qu’est-ce qui risque de se passer?
- Le champ politique est actuellement si flou qu’il est très difficile de faire des pronostics. Il y a tellement de contradictions dans ce qui se passe. Des leaders de partis politiques affirmaient il y a quelques mois à peine que le PAM est le virus de la politique au Maroc. Cela ne les a pas empêchés de composer dernièrement avec cette formation politique. Cependant, il ne faut pas oublier que les gens sont maintenant informés et ils se posent des questions.

- Selon vous, les gens vont-ils aller voter?
- C’est la grande inconnue. Malheureusement quand on pose la question aux gens, ils répondent souvent pour qui allons-nous voter. C’est que nous traînons derrière nous de nombreux cas de corruption électorale. Et cette année particulièrement, nous avons eu Ramadan, la rentrée scolaire, Aïd Al Adha… autant d’occasions pour rendre la corruption invisible.
L’établissement des listes électorales donne lieu à des micmacs incroyables, des conflits internes à cause de l’absence de démocratie au sein des partis. Cela fait que l’on s’est retrouvé avec un magma de candidats qui ne correspondent pas du tout à l’intérêt du pays. Il y a 30 partis qui se présentent aux législatives. Je suis pour le multipartisme, mais pas pour l’inflation.

Propos recueillis par Jamal Eddine HERRADI

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc