
Hafid Ben Hachem, délégué général à l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion, brandit un des rapports sur la vérification des travaux (voir page 8). Celui qu’il a entre les mains concerne la construction de la prison locale d’El Oudaya à Marrakech
Il y aura «immanquablement une mise en vente» des anciennes prisons fermées. Elles sont 40 au minimum à être réformées ou réaffectées. La déclaration de Hafid Ben Hachem, délégué général à l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion, est un indice sur l’ampleur des chantiers (et des mutations?) que vit son administration. Le montage juridique et financier de l’opération porte sur 4.500 hectares. Il est en train d’être ficelé en collaboration avec le ministère des Finances et la direction des domaines de l’Etat. A part le remplacement progressif des vieilles prisons, un programme de construction est en cours de réalisation avec un budget de 325 millions de DH en 2011… En matière de ressources humaines, l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion a recruté 3.000 personnes depuis la création de la délégation en 2008. Elles sont réparties entre les corps des gardiens, des commandants, des assistantes sociales et des infirmières. Un institut de formation à Tifelt et un nouveau siège à Rabat sont déjà édifiés.
- L’Economiste: Pourquoi fermez-vous plusieurs prisons?
- Hafid Ben Hachem: Ce sont des centres de détention vétustes. Ils ne sont plus en état d’héberger des prisonniers et ne répondent plus aux normes de sécurité. La machine est déjà en marche: 8 prisons ont été fermées. C’est le cas des anciens pénitenciers de Tétouan, de Ghoubila à Casablanca, de Khouribga, de Béni Melal… La plupart ont été construits durant le protectorat (1912-1956) et au milieu des années 1950. Nous sommes en train d’étudier leur remplacement.
- Que va devenir ce patrimoine foncier?
- Il y a un programme de planification en cours de préparation en collaboration avec le ministère des Finances, la direction des domaines de l’Etat. Le patrimoine foncier (4.500 hectares) de ces prisons sera mis en vente. La délégation générale de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion devrait bénéficier d’une partie des finances engendrées par ces cessions. Le groupe OCP SA (l’ex-Office chérifien des phosphates) a manifesté son intérêt pour une partie des terrains de la prison agricole d’El Aâder à El Jadida. Il s’agit d’une superficie globale de 2.200 hectares, dédiée à la culture et au pâturage. Si nous sommes amenés à construire un nouveau pénitencier en dehors de ces terres, nous n’en aurons plus besoin. Mais à condition de bénéficier d'une partie des revenus de ces ventes.
- Quelles sont les difficultés de votre mission?
- J’occupe ce poste depuis presque 3 ans et demi. La difficulté réside dans le maintien de la sécurité, l'instauration d'une gestion efficiente et de bonnes conditions d’hébergement…
- Et la mutinerie qu’a connue en mai 2011 la prison centrale de Salé?
- Ce sont des choses qui arrivent dans toutes les prisons du monde.
- La conception de l’espace carcéral sera-t-il amené à changer?
- C’est déjà le cas. Nous sommes passés de 1,5 m2 par détenu à 3 m2. Les cellules abritent en moyenne 3 à 4 prisonniers. Nous comptons actuellement 65.000 détenus. Mais c’est un chiffre qui varie en fonction des rafles de la police, des mandats d’arrêt (ordre donné au directeur d’un pénitencier par un juge d’instruction ou une juridiction pénale de recevoir et de détenir un mis en examen ou un détenu). Le budget santé et alimentation a triplé. Pour la santé, il est passé de 9 millions de DH à 20,5 millions de DH. Concernant l’alimentation, son budget est de 15 DH/détenu/jour contre 5 DH auparavant.
Parallèlement, un institut national de l’Administration pénitentiaire a été construit à Tifelt. Il sera ouvert prochainement. La délégation générale de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion a édifié aussi un nouveau siège. Nos locaux actuels sont en location.
Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI
Verbatim
Délais de paiement
«L’Administration pénitentiaire et de la réinsertion doit prendre ses responsabilités lorsqu’il s’agit des décomptes définitifs bloqués de manière injustifiée. Les règlements doivent se faire dans les 8 jours qui suivent la réception des travaux et à condition que les prestations soient faites correctement».
Transparence, un manuel de procédures
Certains architectes proposent «d’élaborer un manuel de procédures pour plus de transparence. Ne voilons-nous pas la face: nous n’allons pas construire des pénitenciers, si l’étude du projet d’exécution dure 3 mois alors qu’elle doit être faite en 7 à 10 mois».
Surpopulation carcérale
«C’est l’une des raisons qui nous poussent à demander plus de célérité dans l’exécution des chantiers. Il est inconcevable d’avoir des pénitenciers à l’intérieur des villes. Nous avons l’antécédent de la prison centrale de Salé où une mutinerie s’est produite. Il y a un risque sécuritaire pour les citoyens».
Pénitenciers, des plans confidentiels
«Nous pouvons livrer aux maîtres d’ouvrage un plan détaillé des pénitenciers. Sachant qu’ils sont aussi confidentiels que les plans d’une caserne. Un plan-type des prisons a été établi. S’il y a besoin d’un plan plus détaillé, le promoteur peut l’avoir sous deux conditions: signer un pacte de confidentialité et le remettre après la fin des travaux».
Normaliser les constructions
«Nous n’allons pas livrer via nos plans-type un projet ficelé. Mais seulement les grandes lignes: capacité d’hébergement, fenêtres hautes, toilettes visibles, positionnement des miradors… Un prisonnier doit être visible et tout le temps. A part le risque d’évasion, il en va aussi de la protection de son intégrité physique (pendaison, agression). Ce schéma homogène des prisons pourrait être modulé selon la situation géographique de la prison notamment».