Evénement

TGV:100 milliards de DH pour le schéma national

Par L'Economiste | Edition N°:3626 Le 29/09/2011 | Partager
D’une longueur de 1.500 km, il reliera Tanger à Agadir et Rabat à Oujda
Il devrait être réalisé à l’horizon 2035
Première étape: l'axe Tanger-Casablanca

La réalisation de la liaison TGV entre Tanger et Casablanca constitue en fait la première étape d’un schéma directeur national qui s’étend sur 1.500 km. Elle sera suivie par l’axe Casablanca-Marrakech. Le tout devrait être achevé à l’horizon 2035

Le train à grande vitesse (TGV), un luxe ou une nécessité pour le Maroc? Présenté comme un projet structurant, il ne laisse personne indifférent. D’aucuns estiment que ce n’est pas la priorité de l’heure. Le chemin de fer doit d’abord être une infrastructure pour désenclaver les régions. Par conséquent, le gouvernement aurait dû étendre le réseau ferroviaire classique vers le Sud, d’autant que des études techniques avaient déjà été réalisées dans les années 1970. Des opérateurs économiques estiment d’ailleurs que c’est la priorité car la région connaît une intense activité de transport. Pourquoi donc un TGV pour l’axe Tanger-Casablanca au lieu du train classique? En fait, le schéma directeur national du TGV porte sur l’axe Tanger-Marrakech. Un choix qui se justifie par le potentiel de cette liaison et la saturation du réseau. Dans une première étape, c’est l’axe Tanger-Casablanca qui sera construit. Il sera suivi par la ligne Casablanca-Marrakech. Quant au choix de la technologie TGV, il s’inscrit dans la continuité des projets structurants. «Nous avons procédé à un benchmarking des expériences et stratégies de développement du rail dans les pays industrialisés et nous avons abouti à la conclusion que toutes les liaisons intercity de plus de 150 km se font via le TGV. De plus, il n’y a en Europe aucun projet intercity en train conventionnel», explique Mohamed Rabie Khlie, directeur général de l’Office national des chemins de fer (ONCF), lors d’une récente conférence à la CGEM sur la politique d’achat de l’Office.
De plus, selon Karim Ghellab, ministre de l’Equipement, pour les distances entre 300 et 1.000 km, il n’existe plus que les trains à grande vitesse. Par conséquent, si le Maroc avait opté pour le train classique, avec une vitesse maximale de 160 km/h, il aurait parié sur une technologie obsolescente».
L’argument prix a également été intégré dans la grille d’évaluation. Une liaison classique Marrakech-Agadir coûterait 17 milliards de DH pour une durée de parcours de 4 heures. Or, pour le même tronçon, l’investissement en TGV est estimé par le ministère de l’Equipement entre 22 et 23 milliards de DH pour une heure de voyage.
Le choix du TGV est donc une option prise par le gouvernement pour l’ensemble des futurs projets de construction ferroviaire. En effet, le schéma directeur national pour le développement du rail s’étend sur 1.500 km. A l’horizon 2035, il devrait relier Tanger à Agadir via Marrakech et Rabat à Oujda, en passant par Fès (voir carte du schéma national du TGV). L’Etat va mobiliser près de 100 milliards de DH pour l’investissement en infrastructure, soit 0,6% du PIB. Le tronçon Tanger-Kénitra, dont les travaux seront lancés aujourd’hui, jeudi 29 septembre, coûtera à lui seul 20 milliards de DH. Le temps de parcours sera réduit de 3 à 4 fois selon les villes. En France, qui célèbre actuellement le 30e anniversaire de l’entrée en service du TGV, le débat fait rage autour de la rentabilité de ce mode de transport. Au Maroc, les initiateurs du projet se veulent rassurants. Selon les études de la tutelle, le TGV au Maroc offrira une rentabilité estimée à 8,5%. «Le TGV Tanger-Casablanca sera, par exemple, plus rentable que l’autoroute Fès-Oujda», a affirmé le ministre lors d’une conférence organisée par l’Alliance des économistes istiqlaliens.
Les projections tablent sur une fréquentation moyenne de 6 à 8 millions de voyageurs par an. La durée du voyage entre Tanger et Casablanca sera de 2h10 mn au lieu de 4h10mn pour un train classique. Actuellement, le trafic à l’ONCF évolue d’environ 12% par an.
Concrètement, le projet porte sur la construction d’une nouvelle ligne ferroviaire Tanger-Kénitra et consistera à remplacer le train classique par le train à grande vitesse. En effet, «la totalité des voyageurs seront transférés sur le TGV. Ce qui permettra de libérer la ligne actuelle pour la consacrer aux activités de fret», explique Khlie. En clair, les voyageurs qui veulent se rendre à Tanger via le train devront obligatoirement emprunter le TGV, qui sera le seul type de train disponible sur l’axe Tanger-Kénitra. Des trains régionaux seront maintenus pour desservir différentes petites gares telles que Salé, Ksar El Kébir, Mechraâ Belksiri…
Le tracé de la nouvelle ligne TGV s’étend sur 200 km, entre Tanger et Kénitra. Au-delà, le TGV devra emprunter le rail du train conventionnel, à destination de Casablanca. Le triplement de la voie permettra de renforcer la ligne Casablanca-Rabat, d’augmenter les fréquences et d'améliorer la robustesse de la ligne. Des projets qui coûteront à l’Office 4 à 5 milliards de DH.
L’Office devra également investir une enveloppe budgétaire de 730 millions de DH pour la modernisation des gares ferroviaires, dont l’introduction d’un nouveau concept au niveau de celles appelées à accueillir le futur TGV: Tanger, Kénitra, Rabat-Agdal et Casa-Voyageurs.
Quid de la liaison Marrakech-Agadir? Bon nombre d’opérateurs économiques estiment que c’est un projet prioritaire, plus urgent que le TGV Tanger-Casablanca. Le président d’une association professionnelle du Souss rappelle même qu’une promesse avait été faite par le gouvernement aux habitants de la région, d’autant que les études préliminaires avaient déjà été réalisées à la fin des années 1970. Le Roi Hassan II avait même procédé à la pose de la première pierre du projet, qui n’a pas vu le jour faute de financement. «Nous avons procédé à l’actualisation de ces études en 2003 et nous nous sommes rendu compte qu’il serait beaucoup plus intéressant de réaliser la ligne Marrakech-Agadir en TGV qu’en train classique», rappelle Khlie.

Reconversion

Une fois le TGV achevé, l’ONCF pourra consacrer la ligne (Tanger-Kénitra) ainsi dégagée exclusivement au transport de marchandises. «Il y a un grand potentiel entre TangerMed et Casablanca. D’ailleurs, nous avons déjà commencé à transporter deux trains complets de conteneurs entre TangerMed et Casablanca», déclare le DG. A noter aussi que le port sec de la métropole économique permettra de booster la nouvelle offre fret de l’Office. Un corridor dédié qui permettra à terme à la métropole de profiter de la compétitivité de TangerMed, sachant qu’une bonne partie des activités conteneurs a déjà été transférée de Casablanca vers Tanger.

8 milliards de DH sur 20 déjà engagés

Sur les 20 milliards de DH prévus pour la construction du TGV Tanger-Casablanca, près de 8 milliards ont déjà été engagés pour l’achat des rames dont le marché a été attribué à Alstom. Il s’agit également de la construction de l’atelier de maintenance des rames à Tanger, projet confié à une entreprise marocaine. Il y a aussi les travaux préparatoires de génie civil qui ont démarré au cours de l’été 2010 et qui ont été confiés à une entreprise marocaine. Des travaux qui ont été décomposés en 11 lots. 4 ont déjà été lancés et deux adjugés au cours du mois de septembre. Les travaux devraient être achevés fin 2014. 2015 sera consacrée aux essais techniques et de rotation pour une exploitation commerciale en décembre de la même année.

Hassan EL ARIF

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc