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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

mercredi 16 mai 2012,
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«Je ne suis avec aucun mouvement»
Entretien avec Samuel Kaplan, ambassadeur des Etats-Unis au Maroc
«Choisir la voie démocratique n’est pas une décision des Etats-Unis»
L’idée que l’Amérique a des visées sur le pétrole libyen est fausse

«Je ne suis avec aucun mouvement» Entretien avec Samuel Kaplan, ambassadeur des Etats-Unis au Maroc

L’ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, Samuel Kaplan, au Club de L’Economiste: «Je peux vous assurer que je n’ai pas eu d’informations prouvant que les marches de contestation inquiètent les investisseurs américains»

   

Invité du Club de L’Economiste, l’ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, Samuel Kaplan, fait sa lecture du «printemps arabe». Violence en Égypte et en Tunisie, enlisement en Libye et réforme constitutionnelle plébiscitée au Maroc.

. des mouvements et des réformes aux résultats contrastés mais qui semblent chambouler cette région du monde. Entretien.


- L’Economiste: Les Etats-Unis donnent l’impression d’être les sponsors du «printemps arabe». Juste une impression?

- Samuel Kaplan: Le président Obama s’était, il y a quelque temps, adressé au monde arabe en rappelant les droits universels. Le droit d’être bien traité, le droit de liberté du culte, de s’exprimer et de choisir ses représentants au Parlement. Nous pensons que ces droits s’appliquent à tous les pays du monde. Mais, à ce niveau il y a un point important à soulever. Lorsqu’un pays décide de choisir la voie démocratique, c’est son choix et sa décision et non ceux des Etats-Unis. Pour ce qui est du «printemps arabe», il est important de savoir que la position des Etats-Unis est très claire. Nous pensons que les peuples ont le droit de manifester et d’exprimer leurs opinions. C’est notre conviction et elle est valable aussi bien dans notre pays que dans les autres. La manière ou la méthodologie de pratiquer cette démocratie revient exclusivement au peuple qui a choisi de l’adopter. S’agissant du Maroc, la réforme constitutionnelle montre que le pays est sur la bonne voie vers la démocratie. Honnêtement, je pense que ces mobilisations (ndlr: marches de contestation) ont joué un certain rôle dans la réforme constitutionnelle.

- Vous soutenez, donc, le mouvement du 20 février?
- Non, je ne suis avec aucun mouvement. Mais, je suis curieux. Je veux comprendre les motivations et la composition de ce mouvement. Pour moi, et je l’ai dit aux Etats-Unis, ce mouvement est un moyen d’expression. Mais, j’insiste, nous n’avons aucune position ni par rapport à ce mouvement, ni par rapport à un quelconque parti.
 
- Vous ne trouvez pas, vous qui représentez un pays qui est le chantre de l’économie libérale et de marché, que trop de protestations risquent de faire fuir les investisseurs?
 - Je ne pense pas. Au Maroc, les gens protestent pacifiquement presque chaque jour. Ce qui est, à mon avis, une bonne chose. Et je peux vous assurer que je n’ai pas eu d’informations prouvant que ces manifestations inquiètent les investisseurs américains. Mais si la nature des protestations change, dans ce cas, évidemment, c’est autre chose.
 
- Pensez-vous que la réforme constitutionnelle a répondu aux attentes démocratiques des Marocains?
- Je pense que le texte de la Constitution est une grande consécration des droits de l’Homme au Maroc et un grand pas vers l’établissement des droits universels. C’est aussi une bonne occasion pour SM le Roi Mohammed VI de partager ses responsabilités avec les élus. Cette réforme s’inscrit dans la continuité des efforts entrepris par Sa Majesté depuis des années.  
- Lorsque les représentants de l’ambassade des Etats-Unis au Maroc rencontrent secrètement des membres d’Al Adl Wal Ihssane, vous ne trouvez pas qu’ils cautionnent par là un mouvement interdit?
- Le ministère marocain des Affaires étrangères est tenu au courant de ces rencontres d’une manière périodique et régulière. Il est informé, à l’avance, des détails des réunions prévues. Nous avons des démarches et des procédures que nous suivons avant la tenue de chaque rencontre avec n’importe quelle organisation ou groupement opposé à l’autorité.
Ces réunions sont organisées secrètement de sorte que nous puissions étudier et enquêter sur la façon de penser des opposants. Il est, en effet, impossible que tous les Marocains soient satisfaits du système de gouvernance. L’important ici réside dans le fait que le Maroc est un pays qui permet à ses opposants de s’exprimer et donner leurs avis sur la gouvernance dans leur pays. L’ambassade américaine ne vise pas la provocation des autorités marocaines, je répète que l’objectif de ces rencontres est de mieux connaître tous les membres de la société marocaine dont la composition sociale est compliquée.

 - A voir l’enlisement actuel en Libye, l’opinion arabe pense que c’est surtout le pétrole qui intéresse les Américains et non les valeurs de démocratie et des droits de l’Homme…
 - Notre secrétaire d’Etat à la Défense avait manifesté clairement notre inquiétude quant à la situation humanitaire en Libye. L’idée que les Etats-Unis aient des visées sur le pétrole libyen est fausse.

- Oui, mais en Syrie, vous dénoncez le régime, qui n’est pas mieux loti que celui de Kaddafi, sans envisager de déloger Al Assad. Pourquoi cette dualité de traitement?

- Chaque jour, je lis des rapports sur ce qui se passe en Syrie et je vous assure que les Etats-Unis font de leur mieux pour faire retrouver à ce pays sa stabilité. Je répète encore une fois, le peuple syrien a le droit de descendre dans les rues. Le fait que l’ambassadeur américain en Syrie ait visité les manifestants et que l’ambassade américaine à Damas ait été attaquée prouvent que notre position par rapport à ce qui se passe dans ce pays est ferme.
 
- Dans un monde sans Ben Laden, qu’est-ce qui change dans l’appréciation par les Etats-Unis du risque terroriste et des relations avec les pays arabes?

- Je ne pense pas que les leaders arabes avaient de la sympathie pour Ben Laden. Ceux qui le supportaient sont des rebelles et des terroristes. Je pense que l’élimination de Oussama Ben Laden est un grand coup porté aux mouvements terroristes qui, aujourd’hui, ont du mal à trouver un autre leader et à recruter d’autres terroristes.

- Concernant la question palestinienne, le président Obama avait plaidé, dans son dernier discours, pour un retour aux frontières de 1967. Mais, jusqu’à aujourd’hui, il n’ y a pas eu d’engagement ferme dans ce sens. Qu’est-ce qui bloque?
- Nous essayons chaque jour de faire converger les positions des Israéliens et des Palestiniens. Mais, cela est très difficile.

Propos recueillis par Mohamed BENABID & Bouchra SABIB