Politique

Mairie de Marrakech
Mansouri refuse le diktat du PAM

Par L'Economiste | Edition N°:3570 Le 11/07/2011 | Partager
Elle menace de claquer la porte
«Je ne suis pas une opportuniste», dit la maire

«J’ai été amenée à faire de la politique par conviction et parce que je crois aux valeurs de démocratie. Si celles-ci n’existent plus, je ne peux continuer. Je suis d’accord pour le compromis, mais pas pour la compromission», déclare Fatima-Zahra Mansouri, maire de Marrakech

Surprise. La présidente du conseil de la ville de Marrakech, Fatima-Zahra Mansouri, veut jeter l’éponge. Depuis jeudi dernier, elle n’arrête pas de manifester son ras-le-bol et menace de démissionner de ses fonctions ainsi que du Parti authenticité et modernité (PAM). Une démission rejetée par la wilaya qui «estime que ce n’est pas le moment». La ville, après l’attentat du café Argana, est en effet en plein tourment. La maire aurait, ce week-end, décidé de revenir à la charge mercredi prochain.
C’est donc un nouveau scandale qui éclabousse le PAM, après la «rébellion» et la démission de Samir Abdelmoula de la présidence du conseil de Tanger. «Je ne peux pas laisser tomber mes prérogatives pour des «mourtazikat» sous prétexte que c’est pour le bien du parti», déclare Fatima-Zahra Mansouri en exclusivité à L’Economiste. La maire refuse de citer des noms. Pour elle, ce n’est pas un problème de personne, mais de conviction. «J’ai été amenée à faire de la politique par conviction et parce que je crois aux valeurs de démocratie. Si celles-ci n’existent plus, je ne peux continuer. Je suis d’accord pour le compromis, mais pas pour la compromission». Même si sa démission risque d’accentuer les difficultés de la ville de Marrakech, Fatima-Zahra Mansouri se justifie. «Certes, j’ai été portée par le PAM mais je ne suis plus en phase avec ce parti. Je ne suis pas opportuniste», dit-elle. Fatima-Zahra Mansouri est la deuxième femme devenue maire au Maroc après Asmaâ Chaâbi, à Essaouira. Contrairement donc à la théorie qui liait la démission de la jeune maire à un éventuel sabotage de la part de ses rivaux politiques, la bagarre est plutôt celle de leadership au sein de la coordination régionale. La maire précise d’ailleurs: «Je n’ai rien à reprocher aux membres du conseil, malgré quelques petits malentendus politiques».
Face à cette situation, le parti de Fouad Ali El Himma a tenu une réunion extraordinaire pour étudier de près les problèmes qui secouent sa coordination régionale. En attendant, les instances dirigeantes du parti sont arrivées à dissuader Mansouri de geler sa démission jusqu’à mercredi prochain. Est-ce une manœuvre le temps de négocier une sortie honorable du parti à Marrakech, son fief, et surtout maintenir la région sous son giron?
Pourquoi cette démission et quels en sont les fondements? Chacun y va de sa version. Mais pour la majorité d’observateurs, cette démission serait due aux pressions exercées par Hamid Narjisse, coordinateur du PAM, vice-président du conseil de la ville et président du conseil de la région et ce, dès le début du mandat de Mansouri. Sans oublier des désaccords flagrants entre les femmes du parti à Marrakech: Fatima-Zahra Mansouri, Milouda Hazib et Zakia Mrini. Les deux dernières sont présidentes d’arrondissements dans la ville.
Le dernier en date concernerait des travaux de pavage. Derrière ces dissensions, il y a, surtout, une lutte de pouvoir au sein du PAM à Marrakech-Tensift-Al Haouz. Tout le monde sait qu’au lendemain du scrutin de 2009, un véritable bras de fer était engagé entre le coordinateur régional du PAM, Hamid Narjisse, et la jeune maire, considérée comme «une bleue en politique». Des clans se sont ainsi créés au sein de la coordination régionale du parti. L’éventualité d’élections anticipées en octobre prochain a, semble-t-il, exacerbé les tensions au sein du parti. L’enjeu serait évidemment les têtes de liste.
Maintenant, tous les regards de la population sont tournés vers le conseil de la ville. Depuis son arrivée à la tête de la mairie, Fatima-Zahra Mansouri a subi de grosses pressions. Au lendemain des communales, un scandale a éclaté autour de son élection et de sa responsabilité dans le débarquement de l’ex-wali de Marrakech, Mounir Chraïbi. Juste après, en juillet 2009, le tribunal administratif, saisi par des candidats malheureux du FFD, prononce l’annulation des élections dans la circonscription Marrakech-Menara où a été élue Fatima-Zahra Mansouri, parce qu’elles auraient été entachées d’irrégularités. Mansouri ne retrouve son fauteuil de maire que quelques mois plus tard après avoir interjeté appel et gagné le procès.
Depuis, la jeune femme s’est attelée dès son arrivée à moraliser les procédures au sein du conseil de la ville. Elle est même allée jusqu’à mettre en place un organigramme recrutant en interne pour verrouiller les procédures. Ce qui lui a pris beaucoup de temps (cf.www.leconomiste.com) et lui a valu des inimitiés dans les milieux d’affaires. Il y a eu évidemment de grandes poches de résistance auxquelles se sont ajoutées les bagarres de leadership au sein de son propre parti. De quoi mettre à plat les ambitions d’une jeune mairesse.

Badra BERRISSOULE

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