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Fès/médina
Complexe, la problématique de la restauration
Entretien avec Rachid Haloui, ancien architecte en chef de la ville de Fès

Par | Edition N°:3561 Le 28/06/2011 | Partager

Diplômé de l’Ecole d’architecture de Toulouse et ancien architecte en chef de la ville de Fès, Rachid Haloui s’active dans plusieurs domaines, dont les arts plastiques, la littérature et la photographie

La médina de Fès est actuellement le théâtre de divers chantiers dont celui de la restauration du mausolée Moulay Driss. Confié à l’architecte, Rachid Haloui, ce projet coûtera 52,5 millions de DH. Haloui aborde les particularités de ce projet, ses difficultés et celles des interventions en médina en général.

- L’Economiste: La restauration du mausolée Moulay Idriss coûtera 52,5 millions de DH. En quoi consisteront les travaux?

- Rachid Haloui: Ces travaux concernent tout le sanctuaire qui comprend non seulement le mausolée composé lui-même de la Qoubba, des salles de prière hommes et femmes, du patio et du minaret, mais également de Jamâa Lamqalqa, des latrines, de l’abattoir, de Dar Qaïtoune et de deux masrias. Ensuite, il faut noter que les travaux de restauration coûtent beaucoup plus cher que les constructions neuves. Pour exemple, une construction neuve de qualité peut coûter entre 3.000 et 6.000 DH le m2 selon les prestations que l’on y attache. Par contre, la restauration de la bâtisse la plus modeste réalisée dans les règles de l’art coûtera près de 5.000 DH le mètre carré et peut dépasser les 20.000DH le m2 si les décors sont importants. Cela est dû non seulement à la qualité des décors, mais aussi aux hauteurs sous plafonds qui sont importantes, un niveau pouvant correspondre à deux, voire trois niveaux dans une construction contemporaine.
Enfin, le coût du transport, fait généralement à dos d’âne, et le coût des matériaux contribuent à renchérir la facture globale. La partie la plus complexe dans le projet de restauration du mausolée est sans conteste la coupole qui mesure 16 mètres de hauteur sous plafond et 22 mètres à la pointe de la pyramide en tuiles vertes.

- Comment se fera la préservation des édifices du mausolée?

- La restauration du mausolée de Moulay Driss est à mon sens une œuvre humaniste. En effet, le ministère des Habous est très conscient de la valeur patrimoniale des biens qu’il gère et fait tout pour protéger ce patrimoine. De ce fait, la philosophie de la restauration de Moulay Driss s’appuie sur le respect total des ouvrages, des matériaux et des décors. Les interventions consisteront en la consolidation générale des bâtiments, leur protection contre les risques divers (étanchéité, sécurité, assainissement, désinsectisation…) et en une restauration générale à l’identique des décors dégradés ou modifiés par des interventions inappropriées.
A titre d’exemple, un panneau de zelliges dégradé sera maintenu en place, consolidé par un coulis de mortier de chaux approprié à l’arrière du panneau sous le contrôle du laboratoire. Seules les pièces manquantes ou très dégradées seront remplacées par des éléments dont la qualité du matériau, de la cuisson, de l’émail, de la couleur et de la pose sera scrupuleusement contrôlée. A l’heure actuelle la Qoubba du mausolée n’est toujours pas libérée pour les travaux, mais la durée prévue pour l’ensemble des travaux est de 24 mois.

- Quelles sont les difficultés rencontrées habituellement dans ce genre d’interventions?

- La problématique de la restauration est très complexe. Pour avoir restaurer de nombreux bâtiments aussi bien au Maroc (à Fès et à Essaouira) qu’en France, je sais qu’il y a une règle générale en vertu de laquelle il y a toujours de mauvaises surprises.
Vous savez on ne trouve pas souvent des jarres pleines de pièces d’or dans les travaux de restauration, mais plutôt des fissures, des dégradations diverses, des affaissements… le problème vient du fait qu’un bâtiment ancien ne laisse jamais apparaître ses pathologies, surtout, comme c’est le cas du mausolée Moulay Driss, lorsque ce bâtiment est d’une richesse exceptionnelle en ce qui concerne les décors qui captent le regard et l’empêchent de voir les fissures, les infiltrations d’humidité et les nombreuses dégradations de ces décors eux-mêmes. De plus, le mausolée est un lieu de culte, couvert de tapis qui cachent les sols et leurs déformations. Les difficultés sont liées à plusieurs facteurs: la nature même des bâtiments, leur ancienneté, leurs matériaux, le voisinage, la nature des sols et le manque d’entretien. Les dégradations les plus importantes que le temps fait subir aux bâtiments sont dues à l’eau qui s’infiltre par les terrasses dont l’étanchéité n’est pas entretenue ou par les remontées capillaires par le sol.

- Quels sont les risques et comment s’en prémunir?

- Les risques sont de deux genres: le premier est sécuritaire et concerne la stabilité des ouvrages et leur protection contre tout risque d’effondrement. Ce risque a été pris très au sérieux et toutes les précautions sont prises pour y parer. Des étayages ont été mis en place avec je dois dire un surdimensionnement et ce, sous le contrôle commun des deux bureaux d’études et des bureaux de contrôle engagés dans ce projet. A l’état actuel d’avancement des travaux, les mesures prises donnent satisfaction. Les structures d’échafaudages et les étayages mis en place sont impressionnants. Le second risque encouru dans ce projet concerne la protection des décors et notre capacité à les préserver de façon efficace.

Propos recueillis par
Youness SAAD ALAMI

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