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lundi 22 décembre 2014,
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Cartographie des plages insalubres: Les eaux troubles de cet été
A éviter absolument: Nahla à Bernoussi, la plus dangereuse
Polluées: Salé, Ain Atiq, Petit Zenata, Aïn Sebaâ, Tanger-Ville
Aïn Diab, très très moyenne

   
Cartographie des plages insalubres: Les eaux troubles de cet été
La façade atlantique concentre l’essentiel des industries polluantes du pays, notamment l’agroalimentaire, pétrochimie et phosphate. Pourtant sur les 201 stations de cette zone, 180 sont classées A pour la qualité microbiologique de leurs eaux de baignade (Source: Equipement/Environnement)

LA carte 2011 (rapport analytique des ministères de l’Equipement et de l’Environnement) sur la qualité microbiologique des eaux de baignade dont L’Economiste détient copie a rendu son verdict. Pour le classement des eaux de baignade des 141 plages offrant 353 stations, réparties en trois zones géographiques (Méditerranée, Atlantique Nord et Sud), les auteurs du rapport ont choisi une méthode lisible. Les eaux de bonne qualité pour la baignade décrochent la lettre A, pour la qualité moyenne c’est la lettre B, les eaux momentanément polluées, C, et les eaux de baignade de mauvaise qualité, D.
Selon les experts de l’Equipement et de l’Environnement, 94,5% des stations sondées, classées A et B, disposent des eaux de «bonne qualité et/ou de qualité moyenne». Le reste 5,52% de stations cotées C et D sont «non conformes à la baignade» (Voir carte).
Cette cotation groupée ne permet pas d’y voir plus clair quant aux observations «eaux de mauvaise qualité», «momentanément polluée» ou de «qualité moyenne», sachant que le taux des stations classées A et B affiché ne traduisent pas la baisse de 2,1% enregistré sur le sondage des 333 stations effectué entre 2009 et 2011.
Sur les 39 plages de la Méditerranée comptant 93 stations dont Saïdia, Miami Nador, Torres, Calabonita, Cala Iris, Martil, Cabo Negro, Tanger Malabata, Tres Piedras, seules 16 sont notées A. C’est-à-dire qu’on peut s’y baigner sans crainte de s’exposer aux bactéries dangereuses. C’est autant pour les stations notées B donc ayant des eaux de moyenne qualité. Et deux stations, en l’occurrence Tanger-Ville et Amsa, se voient attribuées la lettre C pour «eaux momentanément polluées».
Dans ce décor d’eaux claires-troubles, le label Pavillon bleu décerné à Saïdia et Est Marina Smir se dresse comme l’arbre qui cache la forêt. D’autant plus que 20 stations dont 19 de classe A ont subi une dégradation de la qualité de leurs eaux de baignade par rapport à la saison précédente, retombant dans la classe B. Et 1, la station d’Amsa est passée de la classe A à C!
Paradoxalement, les auteurs du rapport n’ont fait aucune recommandation pour remédier aux défaillances enregistrées ici et là.
La zone Atlantique Nord qui s’étend de la plage Sol au Nord de Sidi Kacem à Tafadna, au Sud d’Essaouira, affiche, comme on pouvait s’y attendre de gros paradoxes. Quatorze Pavillon Bleu dont la plage Lalla Meriem, coincée entre Aïn Sebaâ (classée C) et Aïn Diab (classée B). Dans cette zone, une seule station affiche la lettre D. C’est-à-dire ayant des eaux de mauvaise qualité, Nahla (Bernoussi). Cinq stations, la lettre C, pour eaux momentanément polluées (Aïn Atiq, Skhirat Amphitrite, Rabat, Salé, Aïn Sebaâ)…
Pourtant cette façade atlantique concentre l’essentiel des industries polluantes du pays, notamment l’agroalimentaire (Agadir, Safi, El Jadida), pétrochimie et phosphate (Sidi Kacem, Mohammedia et Jorf lasf). Sur les 201 stations de cette zone, 180 sont classées A pour la qualité microbiologique de leurs eaux de baignade.
De même, des 199 stations ayant fait l’objet d’un nombre de prélèvements suffisant pour le classement, 187 présentent des résultats conformes aux exigences fixées par la Norme Marocaine (NM 037200) pour les eaux de baignade. La catégorie A des stations représente 74,73% du taux de conformité régional dans cette zone. L’évolution de la qualité des eaux de baignade dans la zone montre également une dégradation. Elles sont 23 stations concernées dont Val d’or, Grand Zenata, El Jadida, Souira Kadima, Salé, Rabat, Aïn Sebaâ. Dans cette chute vertigineuse, la palme revient à Aïn Atiq, passant de A à C.
Pour l’Atlantique Nord, les remèdes pour plages de classe A semblent tout trouvés. Le rapport conseille la dépollution de l’oued Oum Rabia, qui charrie vers la mer différents polluants. Il est vrai que la présence des germes comme les coliformes et streptocoques témoigne de la contamination fécale des zones de baignade. Pour les auteurs du rapport, c’est un indicateur de niveau de pollution par des eaux usées, laissant suspecter par leur présence celles des germes pathogènes. Ils suggèrent aussi de doter la plage de Lalla Aïcha Bahria de blocs sanitaires et de davantage de poubelles; Renforcer les plages Sidi Abed et Oualidia en poubelles; Sensibiliser les pécheurs à Souiria Kadima aux questions de l’environnement et doter ce petit port de pêche d’infrastructures de dépollution; Accélérer les programmes de dépollution de l’Oued Ksob qui charrie en période de crue des macro-déchets menaçant la qualité de la plage Essaouira.
L’Atlantique Sud tient son rôle de pôle touristique balnéaire, affichant des plages presque sans pollution. Cette zone s’étend d’Agadir à Dakhla. Sur les 23 plages offrant 59 stations de baignades, seule Sidi Ifni à des eaux momentanément polluées. Elles sont deux, une station à Taghazout et à Agadir à avoir des eaux de moyenne qualité. Les 17 stations restantes affichent un bleu d’azur classé A, eaux de bonne qualité. Trois labels Pavillon Bleu couronnent la qualité microbiologique des eaux de baignade dans cette zone. Une seule station (des deux que compte Taghazout) a été dégradée en 2011, passant de A à B. Tandis que 4 stations, toutes d’Agadir ont monté en grade, passant de B à A. Si on exclut les stations non conformes (Sidi Ifni) du fait du rejet des eaux usées, le taux de conformité aux exigences fixées par la Norme marocaine pour les eaux de baignade passe dans cette zone à 100%. D’où les recommandations des experts de l’Equipement et de l’Environnement de mettre en place un dispositif d’épuration des eaux usées de la ville de Sidi Ifni; Un système de dépollution et de gestion des crues au niveau de l’oued Souss; Un système de dépollution du port d’Agadir et activer le programme de dépollution de la ville.
Les stations de baignade influencées par les crues sont au nombre de 15; soit 4,4% du nombre total des stations classées (353). Sur ces deux dernières saisons, la qualité de ces stations a été revue à la baisse. Elles sont 14 à passer de la classe A à la classe B et 1 station de A à C. la principale cause, selon les enquêteurs, les fortes précipitations qui ont conduit à une dégradation de la qualité des eaux de baignade de la quasi-totalité des plages influencées par des cours d’eau pérennes ou même temporaires.

 

A qui la faute?

LA conséquence de la poussée démographique sur le littoral a eu son impact sur la salubrité des eaux de baignade. Alors que la population totale du pays (33 millions d’habitants) s’est multipliée par 2,1 entre 1971 et 2010, celle du littoral 2,3 passant pendant ce temps de 7,5 millions à 18,3 millions. «Cette situation est à l’origine de rejets d’eaux usées domestiques qui peuvent présenter une menace sur le littoral s’ils ne sont pas traités». Plus de 80% des industries sont situées à proximité des zones côtières. Sur la Méditerranée, Tanger, Tétouan et Nador abritent les principales industries. Sur le littoral atlantique, Kenitra, Casablanca, El Jadida et Safi sont les destinations de prédilection des industriels. Selon le rapport de l’Equipement et du secrétariat d’Etat à l’Environnement, tous ces grands ensembles urbano-industriels rejettent directement dans le milieu marin des métaux lourds, des hydrocarbures, du phosphore et d’autres polluants. A travers les installations industrielles implantées le long du littoral, transitent 98% de nos échanges avec l’extérieur. L’urbanisation touristique dans de nombreuses régions côtières (Tanger, Larache, Tétouan, Al Hoceima, Nador, Saïdia, Rabat, Casablanca, El Jadida, Essaouira, Agadir) impacte l’équilibre des plages. De même les pratiques agricoles utilisant des engrais et des pesticides ont un impact considérable sur la qualité des eaux, du fait surtout du drainage des oueds, plus souvent en amont du bassin versant.

 

Que fait-on des plages non conformes?

LA prérogative des auteurs du rapport de surveillance de la qualité des eaux de baignade se limite à classer les plages. Que fait-on des plages dont les eaux sont jugées non conformes à la baignade? Il ne suffit pas seulement de pointer du doigt les points noirs du littoral. Est-ce que pour autant, les autorités vont veiller pour que personne ne «pique» une tête dans les «eaux momentanément polluées» de Tanger et Amsa, sur la Méditerranée, de Salé, Rabat, Aïn Atiq, Skhirat Amphitrite et Aïn Sebaâ, pour la zone Atlantique Nord et de Sidi Ifni pour la zone Sud? Que fait-on également de la seule plage classée rouge (C), Nahla à Bernoussi? A leur modeste niveau, les auteurs recommandent d’éviter de se baigner dans les plages de classe C et D.

Bachir THIAM