Culture

Festival de Fès des Musiques sacrées: Un grand succès dès l’ouverture

Par L'Economiste | Edition N°:3545 Le 06/06/2011 | Partager
«Majnûn et Leylâ» s’est produit en présence de SAR Lalla Salma
Belle prestation de la Brésilienne Maria Bethânia

Vendredi dernier, Lalla Salma a inauguré officiellement la 17e édition du festival des Musiques sacrées de Fès. Elle le fait d'ailleurs depuis 5 ans (13e édition) (Ph. YSA)

Vendredi dernier, 19h30, une foule énorme se dirige devant Bab Makina. Amis, familles, jeunes et moins jeunes accèdent à cet endroit mythique, appelé aussi place Moulay El-Hassan, pour assister au concert d’ouverture de la 17e édition du festival des Musiques sacrées de Fès. «Majnûn et Leylâ», à l’affiche ce 3 juin, se produit à guichets fermés. En effet, ce sont près de 4.000 personnes qui sont venues assister à ce spectacle inaugural, marqué par la présence de SAR la princesse Lalla Salma.
Sur scène, une quarantaine d’artistes venus d’Asie, d’Orient et d’Occident célèbrent cette légende universelle. "Majnûn et Leylâ", ou l’amour mystique, un oratorio mundi d’Armand Amar. Compositeur pour le cinéma -du prestigieux Amen de Costa Gavras jusqu’au récent Home, film de Yann Arthus-Bertrand, ou au concert de Radu Mihaileanu qui lui a valu le César de la meilleure musique de film en 2010-, ce dernier a proposé, pour le festival de Fès, une traversée musicale et poétique des grandes traditions orientales, de la Perse au Monde arabe, mais encore de l’Asie à l’Occident. Pour la première fois, Armand Amar se lance dans la composition d’une œuvre toute à lui: un oratorio en prologue, sept chants et épilogue, qui réunit 38 artistes sur scène. Le spectacle durera un peu plus de 2 heures. Les habitués de Bab El Makina découvrent ainsi l’histoire universelle de Majnûn et Leylâ, transmise de tout temps à travers légendes, romans, poèmes, films, chansons en arabe, kurde, pachtou, hindi, urdu ou encore bengali, qui honore l’amour absolu, comme l’image d’une véritable quête mystique.
Pour Faouzi Skali, directeur du festival, «Majnûn et Leylâ» est, parmi les récits amoureux qui ont cheminé dans la culture islamique, l’un des plus célèbres et des plus célébrés. Dans la tradition arabe, dont les Persans puis les Turcs se sont inspirés pendant des siècles, son histoire même, en tant que trame narrative, n’existe que sous forme de bribes éparses, anecdotes plus ou moins inventées et néanmoins véhiculées, comme le veut la coutume, par des «chaînes de transmission» afin d’en assurer la validité historique. Enrichi de textes projetés sur les murs de Bab Makina, le spectacle est d’une grande qualité d’expression. Majnûn avait tout pour lui: la beauté, l’intelligence, le prestige, la richesse et le don de la parole poétique, creuset même de l’amour. L’éloignement forcé et l’interdiction de voir et de parler à Leylâ l’ont fait sombrer dans la folie. En rupture avec tout ce qui constitue la vie sociale, il fera cap vers le désert, refusant de se vêtir et de se nourrir, vivant en symbiose avec les bêtes et en particulier les gazelles, lui rappelant la bien-aimée, errant sans fin. La trame narrative du spectacle a ainsi raconté l’histoire depuis le moment où Majnûn et Leylâ tombent amoureux, jusqu’à la mort de Leylâ, puis celle de Majnûn. Pour le décor, du sable, celui du rivage ou celui du désert, a envahi la scène, mais aussi les peintures de Mahi Binebine, ainsi que les textes projetés comme autant de calligraphies.
Par ailleurs, le public a aussi répondu présent sur la scène de Bab Boujloud pour voir le film «Home», mais les fortes rafales de vent ont empêché la projection. Toutefois, les organisateurs ont cartonné sur cette même place le lendemain. Ceci, grâce au style inédit de la star marocaine Saïda Fikri. Son spectacle, offert gratuitement, a attiré près de 10.000 personnes. L’autre spectacle gratuit de cette soirée est celui de la confrérie soufie Harrakiya de Safi qui s’est déroulé à 23h à Dar Tazi. Bien avant, Bab Makina a accueilli, pour son deuxième jour de festival, la Brésilienne Maria Bethânia. Romances et chants spirituels étaient les maîtres mots de ce spectacle qui a attiré du monde (environ 2.500 personnes) et ce, malgré le match Maroc-Algérie.
Donnant à entendre les grands classiques de ses premières scènes, la diva brésilienne a chanté près de 30 morceaux. Elle a abordé avec une grande aisance les chants de louanges à la Vierge. «Il y a dans la prestance de cette chanteuse quelque chose d’intemporel, la noblesse d’un long flottement poétique, héritage d’une terre à la fois baroque, religieuse, amérindienne, portugaise et noire», commente un mélomane.

 

 

Coulisses

-Presse
Selon les organisateurs, ce sont plus de 300 journalistes de la presse écrite et audiovisuelle (nationale et internationale) qui couvrent la 17e édition du festival de Fès des Musiques sacrées du monde.
-Lalla Salma
Radieuse, SAR la princesse Lalla Salma inaugure officiellement depuis 5 ans (13e édition) le festival des Musiques sacrées de Fès. Vendredi dernier, Lalla Salma était attendue à la sortie par une énorme foule.
-Hommage
La Fondation Esprit de Fès et l’association Fès-Saiss ont rendu un vibrant hommage à Assia Alaoui Bensalah pour «Moulay Ahmed Alaoui. La passion et le verbe», un livre qu’elle a publié récemment à la mémoire de son défunt mari.
-Jet privé pour Julia Boutros
La plus attendue du premier week-end du festival des Musiques sacrées était la star libanaise Julia Boutros. Prévue pour le spectacle de dimanche 5 juin, la diva est arrivée jeudi dernier à Fès à bord d’un jet privé (Casa-Fès). Julia Boutros est l’une des stars les mieux payées de cette 17e édition. Elle a exigé plus de la moitié (1,5 million de DH) de son cachet avant même d’arriver au Maroc. Son séjour est programmé au Sofitel Palais Jamaï.

People

La présence de personnalités mondialement connues constitue un signal fort pour cet événement. Des gens sont venus de l’Inde, des Etats-Unis et de beaucoup d’autres pays pour y assister. Outre Jean-François Copé, l’ancien ministre français délégué au Budget et à la Réforme de l’Etat, porte-parole du gouvernement, l’on a remarqué cette année la présence du journaliste Patrick Viveret, l’historien, essayiste, géopolitologue et politologue français, Charles Saint-Prot, Katherine Marshall, l’ex-secrétaire du président de la Banque mondiale, et le penseur et philosophe, Edgar Morin. Le gotha national était également représenté par le patron de la BMCE, Othmane Benjelloun, et sa sœur Houria Benjelloun, initiatrice du projet immobilier les Colombes, Mohamed El Mandjra, DG de Méditel, ou encore le publicitaire Noureddine Ayyouh et son fils cinéaste Nabil Ayyouch.

 

 

Programme

Le festival de Fès des Musiques sacrées du monde se poursuivra jusqu’au 12 juin sous le thème «Sagesses du monde». Le programme de ce lundi 6 juin 2011 comprend, dans la partie forum (de 9 à 12h au musée Batha), une conférence sur «Le printemps arabe: nouveaux horizons du Maghreb».
-Au musée Batha
16h: Françoise Atlan, Moneim Adwan et Bijan Chemirani se réuniront dans un esprit de compositions, d’improvisations savantes, d’airs traditionnels et populaires, dans une alternance de textes liturgiques et de vers poétiques.
-Nuit de la médina
A partir de 20h, un voyage musical et initiatique au cœur des riads de Fès: chants de louanges de Jésus à Dar Mokri, Salar Aghili et Sheikh Taha à Dar Tazi, Alemu Aga à Dar Adiyal, La lumière de l’Asie au musée Batha.
-Bab Boujloud
20h30: Projection du film «Home»
22h00: Orchestre des frères Laâbi.

Youness SAAD ALAMI

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