Société

Attentat de Marrakech
Deux heures pour faire exploser l’Argana

Par L'Economiste | Edition N°:3528 Le 12/05/2011 | Partager
Le terroriste active à distance la bombe via son GSM
La foule réclame la peine de mort

Un important dispositif sécuritaire a été mis en place à Jamaâ El Fna pour la reconstitution. S’il n’y avait pas le bouclier policier, la foule aurait pu lyncher l’auteur de l’attentat d’Argana

CALME et presque indifférent, Adil Atmani a été la star de Marrakech, hier, mercredi, jour de la reconstitution de l’attentat d’Argana. A aucun moment, le jeune Atmani n’a essayé de cacher son visage. Mieux encore, il s’est prêté au jeu des photographes présents à cette reconstitution qui a démarré dès 8h30. Les insultes et la grogne des Marrakchis, venus nombreux assister à cette mise en scène, ne l’ont pas non plus perturbé. La foule, elle, s’échauffait à chaque étape notamment sur la place Jamaâ El Fna. Une centaine d’agents de police retenaient difficilement les gens, derrière les barrières. Dès les premières heures de la matinée, un important dispositif sécuritaire a été mis en place dans les principaux endroits où s’est rendu l’auteur de l’attentat.
Escorté d’une brigade spéciale cagoulée, Adil Atmani a reconstitué son arrivée matinale à la ville de Marrakech après un voyage de trois heures par train. Il venait de Safi. Lunettes noires, un bob sur la tête au-dessus d’une perruque, pantalon treillis et veste de sport, ainsi déguisé, Adil Atmani démarre sa mise en scène. Il porte un sac à dos noir et vert et une guitare dans sa main droite. Dès son arrivée jeudi 28 avril, il prend un taxi et se dirige tout droit vers Jamaâ El Fna. Une fois arrivé à l’esplanade Koutoubia, il fait une pause de quelques minutes, le temps d’armer la bombe et de relier les fils. Adil Atmani a bricolé lui-même ses bombes. Il a placé les engins dans deux cocottes-minute pour renforcer la déflagration.
Selon la police, il a préparé son plan durant 6 mois et aurait trouvé sur le Net la formule de préparation de son colis piégé, qui mêlait substances explosives, morceaux de métal et clous, relié à un portable qu’il a gardé dans le sac.
Après sa pause à Koutoubia, l’auteur du carnage du 28 avril se dirige tranquillement vers le tristement célèbre café d’Argana. Il traverse ainsi le parc des calèches à proximité du Club Med. A la reconstitution, c’est un fourgon gris qui le dépose devant le café. La foule ne cesse de le huer. «La peine de mort pour le terroriste», vocifère-t-on.
A l’Argana et comme il l’avait fait le 28 avril, l’auteur monte au premier étage, s’attable et prend un jus. Il s’attarde un moment. Au café, l’heure du déjeuner approche et les serveurs ont déjà commencé la mise en place des tables. Adil s’enquiert de la qualité de la cuisine auprès du serveur (qui a péri dans l’attentat) et lui demande s’il peut laisser ses affaires, le temps de passer un coup de fil.


Le portable qui le trahit


Sans se démonter, il sort du café et s’éloigne tranquillement vers une station service. Là, après avoir parcouru à peu près 500 mètres, il active à distance la bombe via un second portable. Dans une ruelle, il ôte sa perruque et prend un taxi pour la gare routière de Bab Doukkala. Une seconde pause dans un jardin public en face de la gare. Alors qu’il venait de faire exploser un café laissant derrière lui des morts et des blessés, il s’assoit sur un banc, prend le temps de se raser et emprunte ensuite le premier bus qui se dirige vers Safi. Et c’est grâce à des débris de son portable que l’auteur sera visiblement identifié. Car le jeune homme est fiché auprès des services secrets. Il a tenté, sans succès, de rejoindre les foyers de tension pour le Jihad, particulièrement en Tchétchénie et en Irak.
Il a été à deux reprises arrêté. La première fois au Portugal en 2004 et la deuxième en Syrie, en 2007, avant qu’il ne soit extradé au Maroc, à la suite de ces deux tentatives. Appréhendé vendredi par les services de police, il serait passé rapidement aux aveux. Initialement, l’auteur avait prévu de commettre son forfait dans un autre café de la ville, où il s’est rendu, il y a environ un mois, pour la reconnaissance des lieux, selon le ministre de l’Intérieur, Taieb Cherkaoui. A cause de l’échec de toutes ses tentatives, le présumé auteur de l’attentat de Marrakech a décidé de commettre un acte terroriste de grande envergure à l’intérieur du territoire national, inspiré en cela par les idées jihadistes. Deux complices l’auraient aidé. Ils ont été arrêtés en même temps que lui. L’enquête n’est pas bouclée. Trois autres suspects auraient été arrêtés mardi dernier. L’auteur et son mode opératoire identifié, Adil Atmani laisse derrière lui plusieurs questions en supens. A-t-il réellement appris par Internet la fabrication des bombes? Qui l’a aidé et que gagne-t-il dans tout cela? Telles étaient aussi les questions que se posait la foule venue assister à la reconstitution de cet odieux attentat.

Badra BERRISSOULE

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