Politique Internationale

«Vraiment-Faux» : Peinture: des «faussaires» exposent leurs chefs-d'oeuvre

Par | Edition N°:50 Le 22/10/1992 | Partager


En peinture, la falsification devient un art. Une association française de peintres, spécialisés dans la copie, a lancé une collection «vraiment-Faux»; elle expose des chefs-d'oeuvre aussi beaux que les originaux.


AU Royal Mansour a lieu l'exposition de la collection «Vraiment-Faux» du 12 au 26 Octobre 1992.
«Vraiment-Faux», explique M. Christophe Petyt, membre de l'Association Française des Peintres, initiatrice de ce projet, «tout simplement parce que les toiles qui sont exposées sont des copies réalisées par des artistes-peintres de talent. Ils y ont travaillé en respectant les styles des auteurs des originaux». Plus de cent heures ont été nécessaires pour la réalisation d'une seule d'entre elles.

Plus de 170 heures de travail


Véritable ballade à travers des chefs-d'oeuvre, la collection «Vraiment-Faux» comprend «Les Danseuses Bleues» d'Edgar Degas, les «Tournesols» au jaune incendiaire de Vincent Van Gogh, «Le Palais des Doges» d'Auguste Renoir, les célèbres «Iris» de Vincent Van Gogh vendus à plus de 300 millions de FF à un japonais «qui a poussé le vice jusqu'à demander à être incinéré avec le tableau», raconte M. Petyt.
On retrouve «Le Docteur Gachet» de Vincent Van Gogh, actuellement le tableau le plus cher du monde, vendu à 412 millions de FF, beaucoup d'autoportraits de Van Gogh où les formes réelles sont abolies au profit de formes nouvelles qui ondoient et se tordent. Les couleurs sont morcelées en virgules, en points qui donnent une grande sensation de vie.
On retrouve également «Romain Colus», le tableau le plus connu de Toulouse-Lautrec et qui a nécessité plus de 170 heures de travail.
Les oeuvres qui ont posé le plus grand problème, indique M. Petyt, sont celles de Toulouse-Lautrec. Cet artiste travaillait, non pas sur des toiles, mais sur du carton peint où il fallait respecter et reconstituer la même matière, le moindre détail, chaque coup de crayon, de pinceau... Toulouse-Lautrec, ajoute M. Petyt, est un maître dans l'art de révéler par quelques lignes très sûres ce qu'il y a d'essentiel, de caractéristique dans un être humain, dans une attitude.
La collection «Vraiment-Faux», au complet, est estimée à environ 500.000FF. Les prix de vente de chaque tableau sont compris entre 22.000 à 30.000DH.

3 à 4.000 FF le cadre


Pour la réalisation des toiles, la photo de l'original, agrandie 40 jusqu'à 60 fois suivant la complexité des détails, est entièrement quadrillée, ce qui permet au peintre de reporter «au millimètre près» les moindres détails. «Il s'agit d'un véritable travail de technicien».
Sur un tableau vendu à 20.000FF, le peintre perçoit environ 8.000DH.
Concernant particulièrement les cadres, deux types de modèles sont utilisés. Le premier est entièrement sculpté et coûte environ 3 à 4.000FF. Le second modèle, plus compliqué, est entièrement fabriqué à la main, à partir d'une baguette de bois sculptée et recouverte d'une pâte de résine. Huit semaines sont nécessaires à la préparation de ce cadre qui coûte entre 5 et 600 FF le mètre.
Chaque toile fait partie d'une série limitée, vingt copies au maximum sont écoulées à travers le monde. «Nous ne voulons pas tomber dans le domaine de la production industrielle, et faire perdre ainsi à l'oeuvre toute sa valeur», indique M. Petyt.
Chaque tableau possède un numéro d'identification qui lui est propre, la date de fabrication, et est accompagné d'un certificat d'authenticité.
Le tableau qui a donné naissance à toute la collection «Vraiment-Faux» est l'oeuvre de Vincent Van Gogh «Mademoiselle Raveau». Ce tableau a toute une histoire «pour Van Gogh d'abord, et pour nous ensuite», rappelle M. Petyt.
Pour Van Gogh, «car c'est la dernière personne, décédée il y a environ une dizaine d'années, à avoir connu le peintre. Pour nous, car c'est le coup de foudre qui a donné naissance à la collection et à l'Association qui axe son activité dans les copies de Maîtres», explique-t-il. Cette Association, dont le siège est à Paris, englobe environ 80 artistes indépendants, payés à la toile et ne signant «en aucun cas» de leurs noms les tableaux. «Jusqu'à aujourd'hui, dans notre domaine, le copiste passe pour un faussaire. De plus, le fait que le faux devienne légal choque totalement», conclut M. Petyt.
Enfin, «Vraiment-Faux» fera une tournée mondiale en 1993. Elle s'exposera dans les principales capitales et s'associera à de nombreuses manifestations sportives et gastrono-miques.

Meriem OUDGHIRI.

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