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Des vieux pneus transforment les voies ferrées en centrales solaires intelligentes

Par Pierangelo SOLDAVINI | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
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Le fondateur et PDG de Greenrail, Giovanni De Lisi, assis sur un prototype de traverse fabriquée avec du plastique recyclé et du caoutchouc de pneus (Ph. Greenrail)

Giovanni De Lisi avait 20 ans, en 2005, lorsqu’une idée révolutionnaire lui est venue à l’esprit sous le soleil méditerranéen. Ouvrier spécialisé en maintenance et installation ferroviaire, il travaillait près de Palerme, en Italie. Son intuition d’alors peut aujourd’hui extraire un système ferroviaire centenaire de sa torpeur et le propulser vers un avenir durable.

Au début du XXe siècle, les chemins de fer ont vu leurs traverses de bois remplacées par des traverses en béton, devenues aussitôt la norme partout dans le monde. L’idée de Giovanni De Lisi était simple: recouvrir ces traverses en béton d’un mélange de plastique et de caoutchouc de pneus recyclés afin d’améliorer leur efficacité. Il y a six ans, l’idée s’est concrétisée avec la création de Greenrail, une start-up milanaise soutenue par Polihub, l’incubateur d’entreprises de l’Université polytechnique de Milan.

Transformer un vieux réseau ferroviaire assoupi en vibrante

infrastructure capable de produire de l’énergie

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Les traverses Greenrail transforment le système ferroviaire en un potentiel champ photovoltaïque grâce à des panneaux pouvant générer jusqu’à 45 MWh par an (Ph. Greenrail)

C’est ainsi que des matières premières secondaires (en l’occurrence, un mélange de plastique recyclé et de caoutchouc provenant de pneus usagés récupérés par l’association italienne EcoPneus) sont devenues la base d’un système qui pourrait transformer un vieux réseau ferroviaire assoupi en vibrante infrastructure capable de produire de l’énergie, d’enregistrer et d’envoyer des données et de détecter de possibles problèmes pour les trains.

«Le cœur en béton conserve les propriétés mécaniques qu’ont les traverses traditionnelles», explique Giovanni De Lisi, fondateur et PDG de Greenrail. «Mais le revêtement en plastique et caoutchouc recyclés contribue à réduire l’abrasion du ballast des voies, absorbe les vibrations, limite le déplacement latéral des rails et augmente la capacité de charge de 40 %». Résultat: les coûts d’entretien du réseau fondent de 50 % tandis que la longévité des traverses dépasse de 50 ans leur durée de vie traditionnelle de 40 ans. Plus intéressant encore, les nouvelles traverses réutilisent jusqu’à 35 tonnes de pneus usés par kilomètre de voie ferrée – des pneus hautement polluants et jusqu’alors difficiles à recycler.

Maintenant que la phase de recherche et développement est terminée, Greenrail se prépare à lancer la production et à pénétrer un marché mondial où 120 à 140 millions de traverses sont remplacées chaque année pour la simple maintenance. «Chaque marché dispose de ses propres producteurs locaux», indique Giovanni De Lisi. «Nous offrons une innovation couverte par 85 brevets à travers le monde». Il souligne que les traverses Greenrail sont «des produits hautement personnalisables en fonction du réseau, de l’écartement des rails, de la capacité de charge et des exigences techniques des opérateurs locaux».

Le plan marketing a débuté l’an dernier par les Etats-Unis, où Greenrail a signé des accords de licence dans cinq Etats grâce à un contrat de 75 millions d’euros avec la société américaine SafePower1, qui commercialisera le produit localement. La start-up italienne lève actuellement des fonds pour construire un site de production dédié au marché américain. Giovanni De Lisi, qui détient près de 90 % de l’entreprise tandis que ses partenaires contrôlent le reste, cherche également des fonds pour construire une usine en Italie, qui devrait être pleinement opérationnelle en 2019.

Négocier son expansion sur des marchés à fort potentiel

Les trois premières années, les investissements de Greenrail se sont concentrés sur la R&D, conduite par des entreprises partenaires et une trentaine de chercheurs de l’Université polytechnique de Milan aux côtés des 14 employés de l’entreprise. Débute maintenant la phase opérationnelle. Outre son activité aux Etats-Unis, Greenrail négocie son expansion sur des marchés à fort potentiel comme l’Inde, l’Australie, le Brésil, la Russie, l’Ouganda et le Kazakhstan.

Entre-temps, la recherche se poursuit. Les traverses jouant d’habitude un rôle essentiellement passif, inactives 90 à 95 % du temps, deviendront désormais potentiellement actives et intelligentes. La version solaire de Greenrail peut transformer un réseau ferroviaire en centrale solaire en intégrant des modules photovoltaïques dans les traverses, avec une capacité de 35 à 45 mégawatt heures par an qui permet d’alimenter le réseau ferroviaire, les gares, les aiguillages et les feux tricolores, mais aussi le réseau électrique général. Chaque kilomètre de traverses solaires Greenrail peut produire suffisamment d’électricité pour répondre aux besoins annuels de 10 foyers.

Un autre modèle, appelé LinkBox, permet d’enregistrer et d’envoyer des données alimentant un système interconnecté en temps réel qui assure diagnostic, sécurité et maintenance prédictive. Pour développer ce modèle, Greenrail a signé un accord avec Indra, géant espagnol de la technologie et du conseil, pour construire une unité de contrôle intelligente capable de collecter des données sur l’état des voies et des trains, puis de les transmettre en temps réel aux centres de contrôle du trafic. Le système utilise des capteurs de haute précision et recourt au machine learning pour améliorer continuellement sa fiabilité et prévenir les incidents graves.

«Notre objectif est de continuer à travailler pour améliorer l’efficacité des matériaux et de réseaux entiers», assure Giovanni De Lisi. Depuis septembre, ses traverses intelligentes de nouvelle génération sont utilisées sur une section pilote de la ligne Reggio Emilia, en Émilie-Romagne, pour explorer de nouveaux domaines du big data et de la connectivité intelligente. L’idée brillante de Giovanni De Lisi fait tranquillement son chemin vers des transports plus respectueux de l’environnement, plus sûrs et moins énergivores.

Par Pierangelo SOLDAVINI

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