SOLUTIONS & CO by sparknews

Changement climatique: L’hydroponie, l’arme du Nigéria

Par Oreoluwa RUNSEWE | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
lhydroponie-larme-du-nigeria-003.jpg

Un plant de tomate peut produire jusqu’à 50 kg de tomates au moment de la récolte lorsqu’il est cultivé en hydroponie (Ph. Bic Farm Concepts)

En mai 2016, l’invasion du lépidoptère Tuta absoluta était au cœur de toutes les conversations des Nigérians. Cet insecte nuisible, connu comme la mineuse de la tomate et surnommé “l’Ebola de la tomate”, avait ravagé des centaines de fermes au nord du Nigeria, où se situe la majorité des plantations nationales de ce fruit. L’événement avait entraîné une hausse record du prix des tomates, ingrédient incontournable de nombreux plats locaux, de l’ordre de 400%.

Si le Nigeria est le plus grand producteur de tomates de l’Afrique subsaharienne, avec près de 1,5 million de tonnes par an, le pays n’en produit pas suffisamment pour satisfaire la demande intérieure, qui s’élève annuellement à près de 2,45 millions de tonnes. Bien avant que la mineuse ne se propage, l’industrie avait déjà grand besoin de trouver un moyen d’augmenter la production du fruit.

L’invasion de l’insecte ravageur s’est ajoutée aux problèmes déjà existants, tels que la perte annuelle de 900.000 tonnes de tomates due au mauvais état des routes empruntées pour livrer les marchés urbains lointains, ou l’absence de système de stockage après les récoltes. La sécheresse de certaines régions du nord du Nigeria, aggravée par l’avancée progressive du Sahara, est aussi source d’inquiétude chez les agriculteurs. Tous ces facteurs ont entraîné alors une pénurie de tomates dans le sud du pays.

Transformer les excréments des poissons en nutriments
pour les plantes

Mais Alhaji Bello, un pisciculteur de la ville d’Ibadan, située à 130 km de Lagos, a transformé ces défis en opportunités. Il avait été formé auprès de B.I.C Farm Concepts, une société agroalimentaire de Lagos spécialisée dans l’aquaculture, l’hydroponie et la formation de petits exploitants agricoles.

Le passage de Bello à l’hydroponie, une technique de culture hors-sol où les végétaux poussent dans des solutions nutritives, s’est fait sans le moindre accroc. «Ça m’intéressait parce que je me retrouvais toujours avec des eaux usées venant de la pisciculture», explique-t-il. «Au lieu de m’en débarrasser, j’ai décidé de les utiliser pour cultiver du fourrage».

lhydroponie_larme_du_nigeria_003.jpg

L’hydroponie peut aussi servir à faire pousser du fourrage pour le bétail. Elle peut également faire taire les conflits entre fermiers et gardiens de troupeaux dans la région centrale du Nigéria, principalement dus à la compétition pour les terres fertiles, rares à cause du changement climatique (Ph. Bic Farm Concepts)

Bello a combiné la pisciculture à l’aquaponie, un type d’hydroponie qui utilise de l’eau usée pour cultiver des organismes aquatiques. L’eau de son étang est ainsi acheminée vers un système hydroponique, où des bactéries transforment les excréments des poissons en nutriments pour les plantes, avant de la nettoyer et de la renvoyer dans le bassin.

Ce système lui a permis de cultiver des tomates, des laitues et des poivrons dans un espace de 80 mètres carrés, et d’obtenir des récoltes plus abondantes en utilisant moins de ressources que les méthodes agricoles traditionnelles.

«L’hydroponie m’a aidé à lutter contre le gaspillage. Elle soulage les petites exploitations agricoles», affirme Bello. «Mes récoltes sont plus abondantes. Un plant qui pousse dans le sol produit 10 kg de tomates alors que l’hydroponie permet d’en obtenir 50 kg».

L’hydroponie permet également de réduire les dépenses en eau. Afin d’irriguer les plantations, l’eau doit pénétrer dans le sol en profondeur pour que les nutriments atteignent les racines des cultures; une grande quantité d’eau est perdue dans le processus. Or, avec l’hydroponie, l’irrigation atteint directement les racines. Avec cette méthode, un plant de tomates requiert moins de deux litres d’eau par jour, alors que dans le sol, il lui en faut près de 20.

Debo Onafowora, qui a créé B.I.C Farm Concepts il y a 12 ans, souligne que Bello est l’un des 5.000 petits exploitants agricoles nigérians que sa compagnie a formés à l’hydroponie. La plupart d’entre eux sont de jeunes hommes, que Onafowora appelle «les agripreneurs». B.I.C espère former 100.000 jeunes Nigérians d’ici 2025, afin de résoudre les pénuries de l’agro-industrie africaine à travers l’agriculture à petite échelle.

«Grâce à l’hydroponie, nous utilisons près de 80% moins d’eau et 90% moins de terre, ce qui ralentit la déforestation», note Onafowora. «On détruit des forêts pour faire pousser de la nourriture, ce qui contribue au changement climatique. Nous n’avons pas besoin de faire ça».

Il faut toutefois du dévouement et des moyens financiers suffisants pour installer une ferme hydroponique parfaitement fonctionnelle. «Les coûts d’installation d’un espace de 240 mètres carrés s’élèvent à deux millions de nairas (près de 5.500 dollars)», souligne Bello. Une lourde dépense, dans un pays où plus de 60% de la population vit avec près de deux dollars par jour.

Pourtant, les nombreux avantages de l’agriculture hors-sol en font un bon investissement. En évitant la culture de fourrage dans les champs, l’hydroponie pourrait même mettre fin aux violentes altercations entre fermiers nigérians et bergers, qui se disputent souvent les terres arables menacées par la désertification.

Certaines universités commencent à dispenser des cours sur cette technique. Un département dédié à l’hydroponie sera bientôt inauguré à l’université de Landmark, dans le sud-est nigérien, pour apprendre aux jeunes étudiants les rudiments de la culture hors-sol, leur permettant d’acquérir les compétences nécessaires pour lutter contre le changement climatique et les pénuries de nourriture.

Oreoluwa Runsewe

va_003.jpg

 

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc