Régions

Qui veut la mort du lac de Dar Bouazza?

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5402 Le 30/11/2018 | Partager
10.000 oiseaux y transitent chaque année
600 espèces menacées de disparition
Les habitants réagissent pour défendre le site
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La daya de Dar Bouazza est aujourd’hui le dernier sanctuaire d’une biodiversité locale, que l’urbanisation effrénée de Casablanca a jusque-là plus ou moins épargnée (Ph. Kahlifa)

Les riverains ne décolèrent pas. L’unique plan d’eau qui subsiste encore dans la région de Dar Bouazza est menacé. Située à une quinzaine de kilomètres de Casablanca, entre l’océan et la route d’Azemmour, cette lagune est l’un des rares sites naturels qui échappent encore à l’appétit des promoteurs immobiliers. Mais pas pour longtemps !

Les habitants de la région constatent depuis quelques semaines des allers venues plutôt «suspects» et une dégradation de l’environnement de cette zone humide, qui relève de l’Agence du Bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia.

«Au cours de la semaine du 12 novembre, nous avons constaté que des engins de chantiers ont délibérément comblé les canalisations qui permettent l’alimentation en eau de la Daya via la source Aïn Mesroubia qui alimente la daya», s’inquiète Safia Ouazzani, membre de l’association «Dar B’Na», regroupant les habitants de la zone aussi des spécialistes de l’environnement.

L’urbanisation galopante dans la région de Dar Bouazza, avec des projets immobiliers qui se construisent actuellement à moins de 400 m de la Daya, lui font subir une pression foncière importante. L’Economiste l’avait d’ailleurs relevé il y a 6 ans (cf. édition du 19 décembre 2012). Le lac est également menacé par le comblement  des remblais afin d’augmenter les surfaces agricoles et des prélèvements d’eau au niveau des deux sources qui l’alimentent.

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Après la journée de sensibilisation organisée samedi dernier par les riverains, les remblais ont été supprimés et l’eau circule à nouveau aux alentours du lac  (Ph. Kahlifa)

Pour attirer l’attention de l’opinion publique sur le sort de cette lagune, les associations Dar B’Na et Groupe d’ornithologie du Maroc (Gomac) ont organisé un rassemblement samedi 24 novembre sur place. Objectif: faire connaître ce site exceptionnel  au plus grand nombre de Casablancais. Au programme : des observations à la longue-vue et une promenade guidée par les scientifiques du Gomac, ainsi que des affichages visuels qui illustrent cette visite.

«Plus de 700 personnes ont fait le déplacement pour cette journée et un huissier de justice a même été invité pour constater les dégradations»,  affirme Ouazzani. Une action qui a visiblement porté ses fruits. En effet, quelques jours plus tard, des engins ont rapidement remis le site en l’état juste après cette journée.

«Les remblais ont été supprimés et l’eau circule à niveau», annonce-t-elle. Les deux associations Dar B’Na et Gomac invitent d’ailleurs toute personne souhaitant découvrir ou approfondir leur connaissance du site à prendre part à des  visites guidées mensuelles pour réaliser des observations de la faune et la flore commentées par des scientifiques spécialisés. Il s’agit en effet d’un réservoir de biodiversité «exceptionnel», selon les termes de Joseph-Edouard Jean Philippe, ornithologue membre du Gomac.

Le lac abrite une flore et une faune très diversifiées dont 180 espèces d’oiseaux (certaines rares et menacées), la moitié des espèces d’amphibiens du Maroc, près de 300 espèces d’insectes et plus de 120 espèces de plantes. Il s’agit d’un lieu très prisé des scientifiques, naturalistes ou photographes animaliers. Les riverains plaident aujourd’hui pour la création d’un parc ornithologique qui serait un équipement au service de la population, afin de développer les activités d’observation de la biodiversité et d’en faire un lieu de promenade.

Aziza EL AFFAS

 

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