Economie

L’effet TGV dans les starting-blocks

Par Amin RBOUB | Edition N°:5392 Le 14/11/2018 | Partager
Requalification urbaine, retail, hôtels, tourisme... Les retombées immédiates
A terme, jusqu’à 25 millions de voyageurs attendus à la gare Terminus
Bémol: l’ensemble du parcours du voyageur devra suivre les mêmes standards
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Guillaume Pepy, PDG de la SNCF: «Le TGV est un choix de long terme. C’est évidemment coûteux, mais en termes de développement économique, d’aménagement du territoire et d’unité pour un pays, c’est irremplaçable. Plus encore, en termes de mobilité durable, il n’y a pas d’autres solutions comparables (Ph. SNCF)

«La LGV, accélérateur de mobilité et de développement économique...». Voilà l’argumentaire que fait valoir la SNCF au Maroc. Pour schématiser les retombées, la LGV devra contracter la carte et réduire considérablement les distances entre Tanger et Casablanca. Elle vient aussi optimiser la notion de multi-modalité ainsi que les synergies induites puisqu’elle s’inscrit en complémentarité avec le réseau conventionnel.

De l’avis des spécialistes de la mobilité, là ou le TGV s’est implanté, il a permis d’atteindre des dynamiques inégalées sur les plans économique, social et industriel.

Partout où la LGV passe, il y a ce qu’on appelle l’effet TGV. Partout dans le monde, a fortiori en France, l’expérience a démontré que le passage du train à grande vitesse produit immédiatement de l’impact sur les commerces, la requalification des quartiers autour des gares, de vastes projets d’aménagement ainsi que le développement de nouveaux quartiers d’affaires tout autour de la gare.

Les effets multiples sur le tourisme, les hôtels, les congrès, conférences et meetings (MICE), des opportunités d’affaires dans l’immobilier, les loisirs... sont garantis. Du coup, le chiffre d’affaires des commerces et loisirs grimpe forcément. De surcroît, les villes desservies attirent plus de touristes, d’entreprises ou encore de foires et salons. A elle seule, la région Ile-de-France bénéficierait de plus de 1 milliard d’euros de retombées économiques découlant de l’organisation de congrès sur son territoire.

Au Maroc, de nouveaux standards en termes de fonctionnalité, inter-modalité, sécurité, retail... sont déjà  visibles avant même le lancement du 1er TGV d’Afrique. Le lancement de la LGV introduit déjà de nouveaux standards via des gares nouvelle génération implémentées dans 4 villes (Tanger, Kénitra, Rabat, Casablanca) de manière à assurer la même sensation de confort, d’ergonomie et de bien-être aussi bien dans le TGV que dans sa gare en tant qu’espace de vie et de commerce.

En Europe, l’expérience a démontré qu’une gare TGV crée non seulement de l’emploi par milliers mais aussi de nouveaux pôles économiques et urbains tout autour. Pour Mohamed Rabie Khlie, DG de l’ONCF: «Une gare qui fait 10 ou 15 millions de passagers par an est une locomotive pour toute  activité située dans son périmètre.

A titre d’exemple, dans un centre commercial qui est adossé à une gare et qui génère 10 millions de voyageurs, le mètre carré est forcément  beaucoup plus cher que celui de n’importe quel autre centre commercial excentré. Du coup, indirectement, le centre commercial adossé à la gare tire profit de la valeur ajoutée induite par le nombre de passagers du train.

«Dans notre stratégie de développement et de valorisation des gares, les stations sont conçues pour être parfaitement connectées aux principaux axes des villes. Elles sont appelées à jouer le rôle de repère urbain majeur. D’où l’intérêt porté à leur valeur architecturale et au degré de qualité de leur conception, de leurs aménagements, leur agencement...».

D’ores et déjà, des investissements autour des gares TGV commencent à se traduire par une composante liée à la restructuration urbaine de quartiers mitoyens (Casa Voyageurs, Rabat Agdal, Tanger...), avec plus d’attractions et de valorisation de nouveaux pôles articulés autour d’activités retail (commerce, shopping, restauration, hôtellerie, loisirs, espaces verts...) «Partout où elles seront implantées, les nouvelles gares devront accélérer le développement économique, le commerce ou encore l’urbanisme.

Ces investissements apportent de nouveaux standards en termes de fonctionnalité, inter-modalité, sécurité, retail... L’expérience en Europe a démontré qu’une gare TGV crée de l’emploi mais aussi de la valeur ajoutée, avec de nouveaux pôles économiques et urbains tout autour», explique Mohamed Rabie Khlie, DG de l’ONCF. Autre analyse, autres retombées.

Selon Dominique Vastel, directeur SNCF des projets Maroc: «Les gares sont des pôles de développement urbain, elles effacent la séparation ferroviaire. Ce qui était auparavant une barrière urbaine, une séparation, une frontière... est en passe de devenir un facteur structurant sur le plan urbanistique. C’est la tendance mondiale!».

Sur le même registre, le management de l’ONCF précise que «dans sa stratégie de développement et de valorisation, les nouvelles gares sont conçues pour être parfaitement connectées aux principaux axes urbains». Pour le cas de Casa-Voyageurs, la LGV en fera une station terminus de premier ordre. Selon les concepteurs, la gare Terminus est résolument moderne.

Au préalable, le projet a soulevé une double contrainte: celle d’accueillir une vingtaine de milliers de voyageurs, voire plusieurs millions, tout en faisant partie d’un projet immobilier d’envergure intégré. Avant même le lancement du train, les investissements se sont multipliés tout autour de la gare Terminus: hôtels, restaurants, cafés, malls, hypermarché, programmes immobiliers, commerces... Le site flambant neuf de Casa-Voyageurs dispose d’une superficie de 9.000 m2. Coût global de l’investissement: plus de 394 millions de DH.

L’objectif à terme est de pouvoir transporter 6 millions de passagers par an! «Le TGV est un choix de long terme. C’est évidemment coûteux, mais en termes de développement économique, d’aménagement du territoire et d’unité pour un pays, c’est irremplaçable. Plus encore, en termes de mobilité durable, il n’y a pas d’autres solutions. C’est donc un choix très moderne», résume Guillaume Pepy, PDG de la SNCF.

Attention les villes doivent suivre...

Seul bémol, la continuité une fois arrivé à la gare. Car il  ne sert à rien de connecter Tanger à Casablanca en 2 heures et devoir passer une heure de plus dans un embouteillage à la sortie de la gare et souffrir des affres du transport public en commun. Autrement tout le temps gagné via le TGV risque d’être perdu une fois arrivé en ville. D’importants efforts doivent être entrepris dans la gestion de la mobilité des villes pour assurer les mêmes standards tout au long de la chaîne (de la gare jusqu’au domicile ou à l’hôtel). Ce qui passe par une réelle mise à niveau du transport en commun (taxis, bus, voiries...). La même fluidité devra être assurée du départ jusqu’à la destination finale. Autre inquiétude, les risques d’accidents mortels tout au long du trajet du TGV (écoliers, véhicules, bétail...). Là aussi, cela suppose de mener de grandes campagnes de sensibilisation aussi bien dans les agglomérations que les villages en rase campagne.

Locomotive urbaine

Selon le management de l’ONCF, une gare qui fait 10 ou 15 millions de passagers par an est une locomotive pour toute  activité située dans son périmètre, voire plus loin. A titre d’exemple, dans un centre commercial qui est adossé à une gare qui génère 10 millions de voyageurs, le mètre carré est forcément  beaucoup plus cher que celui de n’importe quel autre centre commercial excentré. Du coup, indirectement, le centre commercial adossé à la gare tire profit de la valeur ajoutée induite par le nombre de passagers du train.

Amin RBOUB

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