Régions

Dakhla Ordures, assainissement, quelques réglages à faire

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5387 Le 07/11/2018 | Partager
Une décharge improvisée, au sud de la ville
Émanations nauséabondes du quartier industriel
Une décharge contrôlée pour 25.550 tonnes
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La décharge improvisée à la zone Sarga, à moins de 500 métres de la lagune. A 2 ou 3 km de cette montagne d’ordures, un nouveau écolodge a élu domicile, en 2015 (Ph. JM)

Deux points noirs ternissent l’image de Dakhla, une ville pourtant en plein essor touristique et halieutique: le quartier industriel Assalam, et la décharge improvisée à 7 km, à la Sarga, au sud de la ville. En direction du port et de sa zone franche, le quartier industriel Assalam s’impose à ceux qui se dirigent vers le village de pêche la Sarga.

Entre congélation, traitement et conditionnement de poissons et céphalopodes, plus de 80 unités industrielles sont à l’ouvrage. Nous ne sommes pas entrés à l’intérieur pour voir dans quelles conditions le travail est mené, et à supposer même que toutes les mesures d’hygiène y sont respectées selon les normes imposées par le ministère de tutelle et la police de l’environnement, l’espace public proche de ces installations industrielles appellent une intervention urgente.

Partout des flaques d’eau sont formées à l’extérieur, réceptacles de toutes les saletés polluantes émanant de ces unités, et le visiteur ne peut qu’être désagréablement suffoqué par les odeurs nauséabondes qui s’en dégagent. Un réseau d’assainissement défectueux, incapable de supporter toutes ces ordures venant du poisson traité? Ou ce sont les employés de ces unités malintentionnés qui déversent un peu partout ces eaux usagées à l’extérieur, sans aucun respect pour la santé des riverains?

Le résultat est le même, des odeurs pestilentielles, un environnement pollué, avec toutes ses conséquences sur la santé de la population et la réputation de la ville. La société civile tire la sonnette d’alarme, les services concernés se rejettent la responsabilité les uns sur les autres. «Ce réseau d’assainissement n’est pas fait pour supporter tous les déchets de ces unités industrielles puisqu’il n’était pas conçu au départ à ce besoin», juge Salaheddine Rachidi, délégué régional de la pêche à Dakhla.

Sa délégation a, bien entendu, ajoute-t-il, un droit de regard sur ce qui se passe à l’intérieur de ces unités, mais ce qui se passe à l’extérieur ne rentre pas dans ses prérogatives. Tout au plus, affirme-t-il, la délégation de tutelle pourrait sensibiliser sur ce problème en alertant les responsables.

«D’ailleurs nous avons présenté une recommandation pour qu’une station d’épuration soit créée dans chaque unité, une solution provisoire, bien sûr. En attendant, une convention vient d’être conclue dans ce sens entre le ministère de l’Industrie et la région Dakhla-Oued Eddahab», conclut Rachidi. Arafa El Harrak, le délégué régional, chargé, lui, de l’environnement à Dakhla, confirme: «Nous travaillons, en effet, pour une convention régionale pour le renouvellement du réseau d’assainissement et la création d’une nouvelle station d’épuration destinée aux zones industrielles». Pour lui, ce n’est donc qu’une question de temps.

La société civile tire la sonnette d’alarme

«L’Association de protection de l’environnement et du patrimoine naturel» (APEPN) n’a pas cessé, elle aussi, depuis 2014, de tirer la sonnette d’alarme sur les fuites des eaux usées du quartier industriel. Dans chaque quartier industriel, avance le président de cette association, Ahmed Sellay, qui cumule aussi la fonction de conseiller communal, «doit en principe exister une association, espèce de syndic, pour gérer le quotidien, dont ce problème d’assainissement, puisqu’il ne relève pas, a priori, de la commune de Dakhla, mais bien des propriétaires de ces usines. Ces gens gagnent de l’argent, pourquoi n’investissent-ils pas en la matière?» Et le responsable de préciser: «Nous n’avons d’autre solution que de porter l’affaire devant la justice. On a bien une justice de l’environnement, avec sa police, ses gendarmes et ses juges, pourquoi ne pas le faire? Nous hésitons en réalité à entamer la procédure faute d’un avocat spécialisé dans le domaine», avance Sellay.

Une décharge provisoire improvisée

Un autre site, même décor. Alors que nous nous approchons du village de pêche de la zone la Sarga, nous sommes étonnés d’apercevoir deux camions chargés d’ordures ménagères en train de larguer leurs cargaisons sur le sable, à moins de 500 mètres de la lagune. Elles s’ajoutent à une montagne d’autres ordures qui y sont déjà stockées, et un troupeau de moutons et de chèvres est en train de brouter dedans. Sur un kilomètre à la ronde, des sacs de plastique meublent partout le décor, à proximité de l’une des zones de la lagune de Dakhla les plus convoitées, pour leur vent et leurs vagues, par les touristes mordus du sport de glisse.

A 2 ou 3 km d’ailleurs de cette montagne d’ordures, un nouveau écolodge a élu domicile, en 2015. Au même moment où les camions déversaient leurs ordures, la vingtaine de résidents préparaient leur sortie en mer. A notre connaissance, il y a une nouvelle décharge contrôlée située à l’autre extrémité au nord de la ville, au PK45, relevant de la commune d’El Argoub, pourquoi alors celle-ci?

«On ne sait pas nous-mêmes, c’est une décharge provisoire, paraît-il, en attendant que les ordures soient transportées vers la décharge contrôlée d’El Argoub», répond le Marocain Jérôme Sahyoun, l’un des actionnaires dans ce site touristique. Un provisoire qui dure en somme. Avec un résultat non rassurant, une nuée de sacs plastiques, poussés par le vent, des clients qui se plaignent des mouches et d’odeurs d’ordures incinérées.

La nouvelle décharge contrôlée pour 25.550 tonnes d’ordures/an

A partir de 2015, est mise en effet en service une nouvelle décharge contrôlée intercommunale Dakhla-El Argoub, d’une durée de vie de 15 ans, qui a coûté 32,5 millions de DH. «C’est l’une des meilleures au plan national. Le programme de valorisation des déchets est en cours d’adoption», indique Atrafa El Harrak, le délégué régional chargé de l’environnement à Dakhla. Quant à l’ancienne décharge sauvage du milieu de la ville, «elle est maintenant clôturée, et nous sommes en train de la réhabiliter», note El Harrak. Pourquoi alors cette décharge anarchique de la Sarga? Cette décharge n’existe pas et n’a jamais existé, selon notre interlocuteur, «les 3 camions de ramassage des ordures ne devraient nullement, à ma connaissance, les jeter sur ce site, d’autres camions devraient normalement les attendre pour les recharger sur le champ et les transporter directement à la décharge contrôlée», se défend El Harrak. A qui la faute? A la commune qui ne fait pas correctement son travail? Ou ce sont les transporteurs qui jettent sans scrupule ces ordures n’importe où? Nous avons essayé de contacter le président de la commune de Dakhla, Sidi Slouh El Joumani, pour éclairer nos lanternes, il est injoignable. Nous nous contentons de la réponse du délégué régional de l’environnement, El Harrak: «Cela devrait être un problème de moyens, ces camions de ramassage ne peuvent sortir de la ville, parcourir 45 km pour aller à la décharge contrôlée, et la commune, qui délègue ce service (transport, gestion et valorisation des déchets) à la société Ecomed, n’a pas les moyens de se payer d’autres camions de transport», explique-t-il. Les 9 millions de DH dédiés au secteur par la commune seraient «insuffisants» pour faire tout ce travail.

Jaouad Mdidech

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