Entreprises

Industrie pharmaceutique: La filière parie sur la R&D

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5327 Le 02/08/2018 | Partager
Le secteur en quête d’investissements à forte valeur ajoutée
Les autorités instaurent un système réglementaire favorable à la recherche
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(Source: AMIP)
Après les phosphates, l’industrie pharmaceutique marocaine constitue la deuxième activité chimique du Maroc

«Le Maroc dispose d’un cadre juridique sur les essais cliniques, mais les opérateurs restent dans l’attente de la publication des décrets d’application», déplore Taher Hassen, directeur général de Merck Maroc, entreprise pharmaceutique et vice-président de l’association Les Entreprises du Médicament au Maroc (LEMM).

Les derniers chiffres disponibles sur les investissements en R&D des industriels internationaux installés au Maroc remontent à 2016. Cette année-là, 5 des 19 membres de LEMM ont investi dans la R&D, pour une enveloppe de 76 millions de DH.

Pour donner un nouvel élan à la recherche, les 28 laboratoires membres de l’AMIP se sont fixés comme objectif de renforcer la R&D en matière de biotechnologies et de production de vaccins. Plusieurs membres de l’association ont également lancé des joint-ventures avec des laboratoires implantés au Moyen-Orient et en Inde.

LEMM a aussi fait part de son intention de renforcer les capacités de recherches cliniques du Maroc en faisant du pays l’un des trois grands pôles de recherche sur le continent.

Pour attirer une plus grande part des investissements dans la R&D, le législateur a adopté fin juin un projet de décret pour établir le cadre légal de bioéquivalence des produits pharmaceutiques. La loi définit les normes et exigences appliquées aux essais portant sur les médicaments génériques produits dans le pays ou importés.

Celle-ci vise à encourager leur fabrication et utilisation. Autres objectifs: attirer les investisseurs dans la recherche biomédicale, accroître l’approvisionnement en médicaments à bon prix ou encore améliorer les opérations logistiques pour l’exportation de produits pharmaceutiques fabriqués dans le pays.

A fin août 2017, les génériques représentaient 40% du marché. A la même date, la croissance en valeur des ventes des médicaments génériques était de 7% contre une croissance globale du marché de 4,6% (princeps et génériques confondus). Rappelons que la production locale de médicament répond à environ 60% de la demande nationale.

Les Entreprises du Médicament au Maroc (LEMM) estiment le potentiel de développement du secteur à près de 1 milliard de DH (105,3 millions de dollars) par an pour les cinq prochaines années. «Nous sommes convaincus que l’accélération de la R&D aura des effets bénéfiques tant pour les patients que pour les universitaires. Elle permettra d’apporter un investissement cohérent, pérenne et innovant au pays», soutient Taher Hassen.

Néanmoins, le marché marocain n’est pas tout à fait près d’atteindre ce potentiel. L’industrie pharmaceutique représente à peine 2% du PIB du pays, et devrait se hisser à 2,2% d’ici à 2020, selon les prévisions de l’Association marocaine de l’Industrie pharmaceutique (AMIP). Chez le voisin algérien, le secteur devrait représenter 7,2% du PIB d’ici à 2020. Ce qui est largement au-dessus de nos prévisions de croissance sectorielle.

Pour améliorer l’accès aux médicaments, le ministère de la Santé a annoncé en mars dernier une réduction des tarifs de 67 médicaments utilisés dans le traitement de maladies chroniques communes. Actuellement, près de 63% des Marocains sont couverts par l’assurance-maladie, mais le ministère ambitionne d’atteindre les 90% d’ici à 2021. Le décret pour la mise en place d’une politique pharmaceutique nationale a été adopté en décembre 2013. C’est dans ce cadre qu’a été décidé l’abaissement du tarif de plus de 3.600 médicaments.

Si les autorités sont en train d’instaurer un système réglementaire plus favorable à la R&D, il existe encore des obstacles à l’exportation de produits pharmaceutiques, principalement sur le plan de la logistique.

Pour l’heure, seulement 10% des médicaments produits localement sont exportés vers les marchés étrangers. Bien que la majorité de ces exportations soient à destination de l’Afrique, ces débouchés sont inefficaces et coûteux. En effet, les exportations marocaines font souvent un premier arrêt en Europe avant d’être ré-exportées vers l’Afrique.

Pour y remédier, un certain nombre d’entreprises pharmaceutiques marocaines ont implanté leurs opérations ailleurs sur le continent. Actuellement, plus d’une dizaine de laboratoires marocains sont déployés en Afrique subsaharienne (Cooper Pharma, Pharma 5, Galenica, Laprophan …). Ces derniers font fonction de point de base pour l’exportation de médicaments génériques. D’autres laboratoires devraient leur emboîter le pas.

 

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