Tribune

Recherche: priorité aux plantes

Par Pr. Hassan CHLYAH | Edition N°:5273 Le 16/05/2018 | Partager

Docteur d’Etat en sciences, Hassan Chlyah est professeur émérite à l’Université Mohammed V de Rabat. Docteur ingénieur en agronomie, il a travaillé au CNRS français (1968-1974). Il a été professeur à l’IAV Hassan II puis à la Faculté des Sciences de Rabat à partir de 1974 et doyen de la Faculté des Sciences de 1999 à 2006. Il ajoute ici sa voix au débat lancé dans les colonnes de L’Economiste par le Pr. Ahmed Kettani, le 14 mars 2018. (Ph. H.C.)

Il est important de détailler quelques domaines que la recherche scientifique doit mettre en œuvre de façon prioritaire: l’agriculture, l’écologie et l’environnement.  Ces domaines sont abordés çà et là dans nos universités et des centres de recherches, mais pas de façon efficace pour répondre aux besoins du pays.

60% d’eau douce en moins

L’apport d’eau douce en Afrique du Nord est parmi les plus faibles de la planète: les ressources ont diminué d’environ 60% au cours des quatre décennies écoulées et cette diminution devrait continuer.  Avec la réduction des ressources en eau, presque la moitié des terres bours serait exposée à l’aridité et à la salinité.  La recherche scientifique peut contribuer à la création de plantes pouvant tolérer divers stress: sécheresse, salinité, augmentation de la température.

La recherche doit détecter les gènes de résistance.  Il faudrait un vaste dispositif expérimental proposant divers climats (du climat humide au climat sec) où un grand nombre de  variétés seront soumises à l’expérimentation.  En fonction de leur comportement, ces variétés seront croisées pour essayer de regrouper les gènes de résistance dans un même individu.  Il faut ensuite faire le tri pour isoler les individus ayant acquis les gènes de résistance.

Ce travail nécessite un programme de coopération entre laboratoires, instituts et universités.  Une coopération internationale, notamment avec des pays africains, serait fructueuse.

Une pluviométrie réduite va provoquer une salinisation progressive des sols; donc il faut adapter, par la sélection, les variétés cultivables, aussi bien pour les céréales et légumineuses que pour les cultures maraîchères. A plus long terme, il faudrait transférer les cultures aux zones côtières et les irriguer avec l’eau de mer partiellement ou totalement dessalée.

Sècheresse et salinité

Aux Etats-Unis, la forêt  de l’Université de Harvard, pionnière de l’écologie de demain, est un exemple de préservation de la biodiversité. Chez nous, les fréquentes sécheresses modifient la structure des sols les rendant arides et progressivement plus salins.  Les écologistes pourraient contribuer à sauvegarder ces terres et empêcher leur transformation progressive en sols désertiques. 

Le niveau des eaux des nappes phréatiques baisse à cause d’une forte consommation; cela entraîne une salinisation des eaux, sensible dans les zones côtières (Rabat, Agadir…). La recherche scientifique permettrait une gestion rationnelle des nappes.

Enfin, la recherche forestière devrait veiller au reboisement des zones forestières les plus menacées par la production de nouveaux plants par les méthodes de biotechnologie: production de vitro-plants d’espèces subdésertiques et désertiques comme l’arganier, le henné et le caroubier… ainsi que  les arbustes pouvant servir de barrière à l’avancement des sables dans les zones sud.

                                                                                     

Nouvelles variétés: nous allons trop lentement

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L’augmentation progressive de la température empêche les graines de céréales, en fin de croissance, de se remplir et provoque une baisse de rendement.  Cette baisse serait estimée, selon la FAO, à environ 25 à 50% dans les prochaines décennies.

Il faudrait apporter des gènes extérieurs et les introduire dans le génome du blé créant ainsi des variétés génétiquement modifiés.  D’autres méthodes récentes, utilisées notamment pour lutter contre les maladies infectieuses, consistent à lever l’inhibition de gènes de résistance.  Ce serait une voie à explorer.

L’Institut national de recherche agronomique au Maroc contribue à la création de certaines variétés mais le rythme de création est lent.  Avec l’augmentation de température, les variétés sélectionnées ne seront pas adaptées. Dans les décennies à venir, il faudrait créer chaque année une variété tolérant une température plus élevée.

 

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