Economie

Logements sociaux: Le système actuel à bout de souffle

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5259 Le 25/04/2018 | Partager
Le programme d’habitats à 140.000 DH ne séduit pas
La production de logements à 250.000 DH dépasse les prévisions, mais avec des disparités régionales
Le ministère de tutelle veut élaborer une nouvelle vision plus adaptée
logement-sociaux-059.jpg

Les programmes de logements sociaux à 140.000 et 250.000 DH ont permis de résorber le déficit en passant de 1,2 million à 400.000 unités entre 2002 et 2017. Mais ces projets ne prennent pas en considération les besoins de certaines catégories, particulièrement la classe moyenne (Ph. Bziouat)

Les programmes lancés par l’Etat en matière de logement social sont à la peine. C’est l’une des principales conclusions du rapport d’évaluation des programmes relatifs aux habitats à 140.000 DH et à 250.000 DH, présenté hier à Rabat. Au-delà des «réalisations» mises en avant par Abdelahad El Fassi, ministre en charge de ce secteur, ce document pointe une série de dysfonctionnements ayant plombé ces projets.

Les chiffres présentés par le ministre de l’Habitat, en termes de nombre d’unités produites à fin 2017 ne rendent pas compte des véritables carences du système actuel. Même si El Fassi semble conscient que «l’offre actuelle ne répond pas aux besoins de certaines couches, particulièrement les plus démunis en plus de la classe moyenne».

Le programme lancé pour cette dernière catégorie ne semble pas intéresser les promoteurs. Seul le groupe Al Omrane s’est impliqué effectivement dans la réalisation de ce type de logements.

Globalement, le rapport d’évaluation pointe une série de défaillances ayant marqué les deux programmes d’habitat social, particulièrement en termes de «qualité et de durabilité», comme l’a précisé le ministre. Pour lui, cette évaluation est «une première étape, dans le cadre d’une démarche globale visant à donner un nouveau souffle au secteur de l’habitat, en vue de proposer».

Il a insisté sur l’importance de relancer le secteur en vue de «mettre en place une nouvelle vision plus adaptée aux problématiques urbaines et sociales». L’idée est «d’améliorer et d’orienter la politique en matière de production de logements en réponse à une demande diversifiée».

A fin 2017, la production globale de logements s’élève à 33.468 unités à 140.000 DH, soit un montant global de 4,7 milliards de DH. Ce qui représente à peine 22,1% de l’objectif de 129.138 logements à l’horizon 2020. Ce programme est également marqué par une grande disparité entre les régions. L’essentiel des unités produites (91%) sont concentrées au niveau de 5 régions, à savoir Fès Meknès (27%), Souss Massa (22%), Casablanca Settat (17%), Marrakech Safi (16%) et l’Oriental (9%).

Le 2e programme relatif aux habitats à 250.000 DH, semble plus séduisant. A fin 2017, le nombre de logements réalisés a atteint 472.792 unités, soit un montant global de 118,2 milliards de DH. Les promoteurs sont en avance par rapport à l’objectif initial. Le taux de réalisation a atteint 122,2% par rapport aux 300.000 unités devant être produites à l’horizon 2020.

Mais cette dynamique est plombée par la disparité de l’offre en fonction des régions. Plus de 70% des unités à 250.000 DH sont concentrées au niveau de 3 régions, particulièrement Casablanca Settat (45%), Tanger Tétouan Al Hoceima (13%) et Rabat Salé Kenitra (12%).

Pour les deux programmes, les acquéreurs interrogés dans le cadre de ce sondage ne semblent pas très satisfaits de leurs logements, en dépit de la lecture optimiste des résultats par le ministère de tutelle. Pour le programme d’habitats à 140.000 DH, 28% des acquéreurs sondés se sont déclarés insatisfaits. En face, 72% ont déclaré être moyennement satisfaits. Les taux les plus élevés d’insatisfaction ont été enregistrés dans les régions de Fès Meknès et l’Oriental.

Les habitats produits dans le cadre du programme de logements à 250.000 DH semblent plus appréciés. 26% des acquéreurs sondés se sont dits insatisfaits, face à 11% qui se sont dits très satisfaits et 74% moyennement satisfaits. Les taux les plus élevés d’insatisfaction ont été enregistrés dans trois régions, à savoir Souss Massa, l’Oriental et Tanger Tétouan Al Hoceima.

Manque à gagner

Les dysfonctionnements ayant marqué la réalisation des programmes de production de logements sociaux, qui se traduisent par l’insatisfaction des acquéreurs, sont couplés à un important manque à gagner pour le Trésor. Les promoteurs impliqués dans ce programme bénéficient d’incitations fiscales, dont l’objectif est de favoriser la résorption du déficit en logements. Pour le programme d’habitat à 140.000 DH, ce manque à gagner s’élève à 745 millions de DH pour la période 2008-2017. Pour celui des unités à 250.000 DH, le montant des incitations fiscales se situe à 25,8 milliards de DH sur la période 2010-2017.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc