Dossier Spécial

SIAM 2018/ Sécurité sanitaire: L’ONSSA tente une reconquête

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5258 Le 24/04/2018 | Partager
Traçabilité, restauration collective,… les priorités de la nouvelle direction
Un processus d’assurance qualité engagé
Les leçons du scandale de viandes avariées à l’Aid Al Adha 2017
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Le nouveau DG de l’ONSSA, Abdellah Janati, veut s’attaquer à la filière de la restauration collective. Il compte lancer des campagnes de sensibilisation pour asseoir et améliorer les pratiques d’hygiène. Il y a du travail! (Ph. Bziouat)

Le nouveau patron de l’ONSSA, Abdallah Janati, nommé à la tête de cet organisme après le scandale des viandes avariées à l’Aid Al Adha l’année dernière. Parmi ses chantiers urgents, rendre du crédit à une institution dont la cote est particulièrement abîmée  dans l’opinion.

 - L’Economiste: Que représente pour vous le SIAM?
- Abdallah Janati:
C’est l’évènement annuel incontournable de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans notre pays. Chaque année, nous sommes présents au niveau du stand institutionnel du département de l’Agriculture. Notre participation est une occasion d’être plus proches des citoyens, des agriculteurs et des professionnels. Avec près d’un million de visiteurs, le SIAM demeure une plateforme de communication par excellence, permettant d’informer sur tous les aspects, en relation avec la sécurité sanitaire des aliments, et de passer des messages importants. Ce salon est également l’occasion de conclure des accords de coopération avec les partenaires nationaux et étrangers. Trois conventions de partenariat seront signées, dont l’une avec l’Autorité sanitaire des Pays-Bas.

- Vous êtes, depuis quelques mois, à la tête de l’ONSSA. Quels sont vos chantiers les plus urgents?
- Notre approche consiste en priorité à tracer une vision claire pour le moyen terme. Il s’agit notamment d’améliorer notre maîtrise de la sécurité sanitaire et de la conformité des produits alimentaires mis sur le marché local. En plus de la traçabilité, la santé animale et végétale, la gestion des pesticides, le contrôle de la restauration collective  à travers des programmes d’inspection et de  sensibilisation…. Une feuille de route, reprenant ces principales orientations, sera établie et partagée avec nos partenaires.

- Comment comptez-vous crédibiliser les contrôles sanitaires effectués par votre organisme?
- Pour harmoniser les pratiques et méthodes de travail, nous nous sommes inscrits dans un processus d’assurance qualité, ISO 9001, 17020 et 17025. La mise en place de procédures communes facilite le travail quotidien des agents de l’Office et lui confère une cohérence et une crédibilité reconnues par les instances internationales. Cette rigueur a été couronnée par la certification ISO 9001 en 2016 au niveau de la direction centrale. Nous sommes également dans un processus de certification ISO 17025 pour les laboratoires régionaux de l’Office dont certains sont déjà certifiés.

- La gestion des crises liées à des produits toxiques sera-t-elle revue?
- L’ONSSA a été confronté à plusieurs crises sanitaires. Notre rôle est d’informer et de rassurer le citoyen en toute transparence. D’où l’importance de la communication dans notre travail pour transmettre une information fiable. Il faut procéder au préalable à des enquêtes et investigations et mettre en place une forte coordination avec nos partenaires comme les professionnels et les associations de protection des consommateurs. A l’heure du digital et des réseaux sociaux, ces polémiques sont amplifiées car ces outils sont de vrais vecteurs de propagation.

- Où en êtes-vous dans le dossier des thés toxiques?
- Il est important de souligner que le processus de contrôle de ce produit a connu plusieurs phases importantes. Avant la création de l’ONSSA, le contrôle portait principalement sur les caractéristiques physiques du thé et de son étiquetage, sans effectuer aucune analyse des résidus de pesticides. Après la création de l’Office, une liste interne, basée sur un benchmark des limites maximales de résidus (LMRs) des autres pays, a été arrêtée. Le but est de permettre aux services de contrôle aux frontières de disposer d’un référentiel, en attendant la publication de l’arrêté sur les LMRs. En 2017, l’application des dispositions de cet arrêté est devenue effective pour le contrôle du thé, selon la démarche suivante: pour les matières actives homologuées sur le thé en Chine, il y a lieu d’appliquer les LMRs fixées par le Codex Alimentarius. Les services de contrôle doivent se référer aux LMRs appliquées en Chine. Actuellement, nous travaillons sur un projet de référentiel national des LMRs pour le thé. La finalité est de fournir au citoyen marocain un produit sain et salubre. Il faut signaler également que nous tirons des leçons à la suite de chaque crise, ce qui nous permet de nous améliorer en continu.

- Quels enseignements avez-vous tirés de la crise de la viande avariée de l’Aid Al Ahda en 2017?
- Cette année, nous avons adopté une démarche proactive et participative, favorisant ainsi une communication rapprochée avec les acteurs concernés tels que les agriculteurs, les professionnels et les citoyens. Actuellement, une grande compagne radio est en cours pour inciter les agriculteurs à enregistrer leurs unités d’engraissement et à identifier les animaux destinés à l’abattage pour l’Aid Al Adha. Les contrôles seront également renforcés à plusieurs niveaux tels que l’alimentation du bétail et les médicaments vétérinaires. L’année dernière, le sujet a fait couler beaucoup d’encre pendant la période de l’Aid Al Adha, mais il y a un travail énorme qui se fait pour accompagner cette fête religieuse.

- Pour le mois de Ramadan, quelles sont les mesures prévues pour le contrôle des produits destinés à la consommation?
- L’ONSSA effectue annuellement des campagnes de contrôle renforcé, dans le cadre de commissions mixtes provinciales regroupant les ministères de l’Intérieur et de la Santé. Ces interventions ont lieu y compris samedi, dimanche et jours fériés. Elles sont intensifiées durant les périodes à risque et de grande consommation des produits alimentaires, en l’occurrence, la période estivale, le mois de Ramadan et l’Aid Al Adha. Des communiqués de presse sont régulièrement publiés, faisant état des bilans  de contrôle durant ces périodes.

Un chantier titanesque dans l’aval de l’aviculture

«Nous allons accélérer le processus d’agréments et autorisations sanitaires des unités agro-industrielles. Ce qui nous permet une meilleure maîtrise de la traçabilité et une gestion des risques, en identifiant l’origine de chaque produit en vue de faciliter le retrait ou le rappel en cas de problème», a indiqué Abdellah Janati, DG de l’ONSSA. Ce dernier s’intéresse à «la restructuration de la filière avicole et la mise à niveau des tueries traditionnelles, plus connues sous l’appellation de riyachas». Il veut les transformer «en points de vente conformes sur le plan sanitaire pour écouler des produits provenant d’abattoirs agréés». Idem pour les abattoirs où des actions sont programmées en vue de se conformer sur le plan sanitaire. Cette opération se fera en partenariat avec les départements concernés par ces filières comme l’Agriculture, l’Intérieur et les collectivités locales. L’utilisation des pesticides n’est pas en reste. «Nous allons accroître la lutte contre l’utilisation des produits non homologués et vulgariser les bonnes pratiques», note Janati. Par ailleurs, le nouveau DG de l’ONSSA veut s’attaquer à la filière de la restauration collective. Il compte lancer de larges campagnes de sensibilisation pour une meilleure culture des bonnes pratiques d’hygiène.

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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