Economie

Hakim Marrakchi et Assia Benhida au Club de L’Economiste: «Nous devons baisser le coût du travail!»

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5257 Le 23/04/2018 | Partager
Le Maroc doit agir sur la productivité
Nous comptons retoucher progressivement la gouvernance de la CGEM
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- L’Economiste: Quelles sont vos priorités pour le projet de loi de finances?

- Hakim Marrakchi: J’ai été membre du conseil d’administration de la CGEM pendant plusieurs mandats et j’ai assisté à la préparation des projets de loi de finances au cours des différents mandats à la CGEM. Nous continuerons à travailler avec des experts tels qu’Abdelkader Boukhriss et Mohamed Hdid, qui sont d’excellents fiscalistes très engagés. Il y a un angle économique et une volonté que le président de la CGEM insufflera. L’approche adoptée jusqu’à présent dans les discussions avec les experts du gouvernement ne changera pas. Par contre, il y aura du changement au niveau de l’orientation parce que nous voulons davantage de production et davantage d’entrepreneurs. Et nous savons comment y arriver.
A long terme, nous aurions préféré être taxés sur la consommation et le profit et non plus la production et le travail. Le message est que le chef d’entreprise doit effectivement payer de l’impôt quand il gagne de l’argent, mais il ne doit pas être taxé sur le travail. Notre objectif est de faire baisser les coûts du travail.

- La CGEM compte actuellement 24 commissions transverses dont seule une poignée est productive. Allez-vous revoir cette organisation?

- Hakim Marrakchi: Effectivement, si nous sommes élus, nous allons progressivement retoucher la gouvernance de la CGEM. Nous allons nous rapprocher des métiers et des régions. Le nombre de commissions suit une autre logique qui n’est pas celle de l’efficacité. Nous comptons travailler sur la question.

- Assia Benhida: Nous envisageons de mettre en place un service appelé «Cap Business Africa» et qui s’adresserait aux investisseurs marocains qui souhaitent se développer ou mener des opérations de codéveloppement en Afrique. Au-delà de la vision qu’il faut adresser, nous avons déjà commencé à réfléchir aux leviers sur lesquels il faut agir, mais aussi aux mesures internes qu’il faut mettre en place pour être opérationnels. Notre propos n’est pas une promesse électorale, mais un engagement

- Quelle est votre appréciation de la situation de l’emploi?

- Hakim Marrakchi: La situation de l’emploi est une question centrale. Il ne faut pas se voiler la face: la valeur ajoutée locale reste faible. Il n’y a qu’à voir l’ampleur des investissements et leur faible productivité. Tout emploi est bon à prendre. Mais il ne faut pas non plus que ce soit un déclassement social. Ce qui signifie qu’il ne faut en aucun cas dévaluer le salarié marocain. Il faut lui donner toute l’estime et la considération qu’il mérite. C’est pour cela que je réclame une réforme fiscale beaucoup plus profonde que celle envisagée dans une simple loi de finances. Le travail devrait être moins taxé, surtout les bas salaires. La solidarité ne devrait pas être financée par la production. En fait, pour créer des richesses, le Maroc a besoin d’une meilleure productivité au travail.
Les salaires comparés à la productivité coûtent cher. Il faut donc casser le système de rente, y compris celui qui l’on perçoit chez les salariés. Tout le monde doit être encouragé à donner de la valeur. C’est pour ces raisons que nous sommes candidats à la CGEM.
- Assia Benhida: Il y a en fait deux problématiques liées à l’emploi. Outre la productivité, il faut également parler de l’employabilité et la question de l’adéquation entre le profil des milliers de lauréats des universités avec les besoins réels des entreprises. Si le Maroc veut que les entreprises continuent de créer des emplois, il doit leur permettre de trouver facilement les compétences qui répondent à leurs besoins. Parmi les leviers sur lesquels nous comptons agir, nous pouvons citer la formation en alternance, les relais entre les universités et les entreprises…

- Y a-t-il des synergies à faire jouer avec les différentes organisations patronales telles que l’Asmex, Comader…?

- Effectivement, c’est dans mon ADN. Nous allons essayer d’être plus efficaces. La CGEM est la maison de toutes les entreprises et il faut qu’elle le reste. Elle ne doit pas devenir une maison partisane. Un syndicat où nous défendons des intérêts généraux et où on ne vient pas avec d’autres agendas. Il y a d’autres organisations patronales qui appartiennent à des partis politiques. Nous comptons travailler avec elles, mais nous préférons rester indépendants pour plus d’efficacité. Nous sommes libres de discuter avec n’importe quel syndicat et n’importe quel parti politique et cela représente notre force.

Propos recueillis par Hassan EL ARIF

                                                                   

Délais de paiement: «Il faut pénaliser les mauvais payeurs!»

Bien qu’elle ait été élaborée et adoptée à l’initiative de la CGEM, la loi sur les délais de paiement n’a pas contribué à changer les mauvaises habitudes en matière de relations commerciales. Les délais de paiement continuent de s’allonger selon les rapports de force entre les partenaires commerciaux. Les pénalités de retard, qui relèvent d’un droit public auquel les créanciers ne peuvent pourtant pas renoncer, sont rarement appliquées.

Pis encore, les lobbyistes sont arrivés à obtenir la déductibilité de ces pénalités, qui ont été requalifiées en indemnités de retard. Par conséquent, les perdants dans l’affaire sont justement les fournisseurs, qui sont souvent des PME. «Les PME qui réalisent des transactions commerciales avec l’Etat ou les grandes entreprises doivent payer l’IS sur le résultat fiscal avant même d’avoir encaissé l’argent.

Ce qui contribue à les asphyxier. Par contre, le débiteur déduit la facture de ses charges. C’est une incitation fiscale à ne pas payer ses dettes. C’est une prime aux mauvais payeurs», fustige Hakim Marrakchi, candidat à la présidence de la CGEM.

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