Tribune

Coupe du monde 2026: Pourquoi l’évaluation ne peut être que socioéconomique

Par Pr. Abdelmajid IBENRISSOUL | Edition N°:5243 Le 03/04/2018 | Partager

Abdelmajid Ibenrissoul est Professeurde l’Enseignement supérieur à l’UniversitéHassan II de Casablanca. Il dirige leLaboratoire de Recherche en IngénierieScientifique des Organisations-ENCG.Il est docteur d’Etat en Sciences économiques(économétrie), docteur enIngénierie des Organisations. Sesrecherches portent sur la modélisation etl’évaluation des décisions organisationnellesdans le risque (Ph. Privée)

La candidature du Maroc à l’organisation de la Coupe du monde 2026 conduit tout naturellement à s’interroger sur l’opportunité d’un tel événement. Pour les décideurs publics, on retrouve l’intérêt des bénéfices économiques que le Royaume retirerait de l’organisation de cet événement.

En effet, au-delà de la manifestation, la Coupe du monde 2026 constituerait l’occasion idéale de réaliser tout un ensemble d’infrastructures de grande envergure dans les secteurs majeurs de la sphère socioéconomique: sport, transports, environnement, électricité, tourisme, etc.

En examinant d’ailleurs de plus près la dimension touristique, ce méga-événement permettrait d’induire un impact significatif sur l’économie marocaine, en supportant la création d’emplois et la croissance de la production. A ce niveau, deux questions se posent:
n pourquoi l’évaluation de la Coupe du monde 2026 doit représenter une priorité incontestable des décideurs publics?
n de quelle manière doit-on réellement évaluer un tel événement?
La première question trouve sa réponse dans le fait que les investissements à réaliser ont pour vocation d’améliorer la croissance, ce qui booste directement le développement économique. Cependant, ces mêmes investissements engagent également des  fonds  importants.

Or, dans un pays où les ressources se font rares - comme dans tous les pays du monde - où l’économie subit, en plus, une forte pression exercée par la mondialisation, ce qui à son tour augmente ses zones d’incertitude et de risque, les décideurs publics doivent veiller à la bonne gestion de ces fonds, en évitant leur éventuel gaspillage, d’une part, et en garantissant leur rentabilité, d’autre part.

Les montants en jeu sont tellement importants que l’évaluation des investissements projetés devient indispensable pour servir d’éclairage pour les décideurs publics. Sans évaluation ex ante des investissements prévus, il n’est pas possible d’apprécier et de comparer les gains de bien-être qu’ils engendreraient pour la collectivité, eu égard aux coûts qu’ils lui font supporter.

En revanche, procéder à une évaluation ex ante des investissements projetés, permet de répondre à la question de savoir si cette coupe du monde, créerait ou détruirait de la richesse.

Etant donné cette nécessité d’évaluation, et c’est ici où réside la réponse à la deuxième question, on serait tentés de proposer aux décideurs publics les méthodes d’évaluation que l’on utilise dans les entreprises privées. Or, nous pouvons remarquer d’emblée que le résultat de l’évaluation selon les critères de la rentabilité financière ne permettent pas toujours de connaître l’impact véritable d’un projet pour la collectivité, et ce pour au moins les deux raisons suivantes.

La première est que les projets à réaliser pour la Coupe du monde 2026 consistent en l’établissement de grandes infrastructures, mais au-delà de cet aspect purement économique, ces projets possèdent aussi un caractère collectif et visent à augmenter le bien-être de toutes les composantes de la société.

Or, les critères de rentabilité financière ne se préoccupent que du seul promoteur du projet à évaluer,  les retombées du capital immatériel n’étant pas quantifiables au préalable. La deuxième raison porte sur trois types de défis auxquels est confronté le Maroc.

D’abord des défis classiques, comme la lutte contre le chômage, l’emploi, le maintien des équilibres macroéconomiques, la cohésion sociale, l’efficacité des services publics.

Ensuite, des défis qui relèvent de son caractère en tant que pays en voie de développement, comme la lutte contre la pauvreté et la précarité, la lutte contre les disparités sociales et régionales.

Enfin,  des défis récents comme la compétitivité de son économie, le développement durable, la digitalisation de l’économie, l’économie de la connaissance.

En plus d,e ces défis, les enjeux de l’organisation de la Coupe du monde 2026 sont nombreux. Ils revêtent un caractère économique dans la mesure où sa croissance peut être affectée; un caractère social en ce sens que sa capacité à affronter les défis du futur peut être mise à l’épreuve; un caractère écologique, dans la mesure où la qualité de son environnement peut être modifiée. Dans ces conditions, l’évaluation de la Coupe du monde ne peut-être que socioéconomique (voir encadré) en intégrant la dimension environnementale.

                                                                             

Six perspectives

L’évaluation socioéconomique vise les objectifs suivants:

Mettre en évidence les effets d’un investissement sur le bien-être de tous les agents concernés par cet investissement;

 Traduire tous ces effets en termes monétaires en vue d’apprécier les avantages (les gains) espérés en les comparant aux coûts supportés;

Sur cette base, se prononcer de façon «objective» sur l’opportunité de réaliser un investissement;

Comparer les différentes alternatives possibles de l’investissement considéré (les options d’investissement) pour sélectionner celui qui engendre le bien-être le plus élevé. En ce sens, l’évaluation socioéconomique vise à optimiser les investissements et à augmenter l’efficience des dépenses publiques;  

Appréhender les risques et les incertitudes entourant un investissement. Cela peut concerner l’incertitude liée aux variables prises en compte (erreurs dues à l’instrument de mesure, à l’opérateur ou à la variabilité mesurée, erreurs de modélisation, imprécision des modèles et/ou des données) ou l’élaboration de scénarios probables, relativement contrastés. Cela peut concerner également la détermination du niveau d’investissement en matière de sécurité qu’on devrait exiger de la part des entreprises exploitant des installations à risque d’accident majeur ou encore le niveau qu’on devrait exiger de réduction de la pollution de l’eau ou de l’air qu’on devrait exiger par des activités humaines.

■  Être un outil d’aide à la décision qui permet de comparer différents projets publics concurrents propres à augmenter le bien-être social. Elle ne se substitue nullement au(x) décideur(s) public(s). Elle se contente de fournir des indications quantifiées permettant de se prononcer sur l’opportunité d’un investissement et de ses différentes variantes et permettre une comparaison entre plusieurs projets. Elle ne se conçoit pas non plus comme une boîte noire de laquelle est exclue le(s) décideur(s). La décision finale revient à ce(s) dernier(s).

 

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