Régions

Jerada: Les outsiders veulent garder le «contrôle»

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5231 Le 16/03/2018 | Partager
Des dissidents engagent le bras de fer avec les autorités
Après une période de laisser-faire, l'Intérieur reprend la situation en main
200 blessés dans les deux camps et des arrestations mercredi dernier
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Une centaine de manifestants surchauffés ont bravé l’interdiction du ministère de l’Intérieur et organisé des sit-in de protestations au niveau de la forêt avoisinante du lycée Al Fath, aux quartiers Essalam et Youssef. «Ils l’ont fait en guise de solidarité avec les mineurs des descenderies», expliquent des sources locales (Ph. Bziouat)

Mercredi chaud à Jerada. Ce 14 mars restera gravé dans la mémoire collective, après des manifestations sanglantes qui ont fait plus de 200 blessés dans les camps des forces de l'ordre et des manifestants, ainsi qu'une quinzaine d'arrestations. Même des lycéens ont participé à cette vague de violence qui s’est abattue sur la ville. C'est dire le désoeuvrement...

La situation s’est aggravée dans l’après-midi lorsque des protestataires ont commencé à lancer des pierres contre les autorités présentes pour rappeler l’interdiction de toute manifestation illégale. C'est d'ailleurs le noeud freudien de cette affaire.

Après moult insurrections «tolérées» par les autorités, le ministère de l'Intérieur a décidé de reprendre le collier en avertissant, à travers un communiqué, que toute manifestation non autorisée sera sanctionnée selon les lois en vigueur. Une remise à l'ordre qui n'était pas du goût des agitateurs, surtout les dissidents, ceux qui considèrent les représentants des partis politiques, syndicats et associations comme des «traitres» qui ont trahi la cause de la population de Jerada. Ces meneurs ont aussi, à tort, considéré le laisser-faire volontaire des autorités pour apaiser les tensions comme un acquis, voire un droit. Et ils ont bravé la loi.

Aussitôt, les services de l'ordre ont procédé comme il se doit, et ce dès le démarrage des échauffourées, à des ripostes légales avec en premier lieu des sommations verbales au moyen de haut-parleurs. Au lieu de se disperser, des groupes de jeunes, cagoulés de surcroît et donc disposés dès le départ à braver l'interdiction, ont démarré des ripostes incessantes de jets de pierre.

Les ordres étant les ordres, la réponse des autorités a été immédiate, tentant de contenir les violences. Outre les centaines de blessés, ces violents affrontements ont mis à sac les véhicules de police, pour certains brûlés et pour d'autres entièrement saccagés. Des actes dans lesquels on décèle facilement la soif inextinguible de destruction ainsi qu'un puissant ras-le-bol.
Certains activistes parlent d’une cinquantaine de blessés chez les protestataires dont un adolescent renversé par une estafette.

De son côté, la préfecture de la province de Jerada dénonce, dans un communiqué, des cas de blessures, dont certains graves, enregistrés parmi les forces de l’ordre, obligées d’intervenir pour disperser les manifestants. Huit gendarmes et quatre éléments des forces auxiliaires ont été transférés d’urgence à l’hôpital Al Farabi d’Oujda. D’autres sont soignés au niveau de l’hôpital provincial de Jerada.  Concernant les dégâts matériels, la province de Jerada précise que les manifestants ont incendié cinq voitures des forces publiques et occasionné d’importants dégâts à plusieurs véhicules et équipements utilisés par ces mêmes forces.

Quinze personnes ont été interpellées suite à ces évènements, indique le communiqué, ajoutant qu’elles seront déférées devant la justice. Les autorités locales de la province de Jerada affirment que les forces publiques continueront à maintenir les mesures visant la protection, la sécurité et l’ordre public, en veillant d’une part à faire montre de retenue et de contrôle de soi pour ne pas céder aux provocations, et en respectant scrupuleusement les principes de la loi, d’autre part.

Jeudi, 15 mars. Un semblant de retour à l'ordre règne sur la ville, où les commerces ont préféré garder le rideau baissé par crainte que cela ne dégénère à nouveau. De leur côté, les services de l’ordre sont visibles à chaque coin de rue. Les manifestants ont-ils été dissuadés par la riposte des autorités? Ou est-ce le calme qui précède la tempête? Des interrogations incessantes auprès de la population qui souffre, depuis deux mois, de protestations sans relâche qui ont gelé toute activité économique au sein de la ville. Cette même crainte habite les autres localités avoisinantes qui souffrent d'un effet domino, à chaque fois qu'un soubresaut se produit à Jerada, l'onde de choc se propageant au-delà.

D'ailleurs, mardi dernier, c'était au tour de Bouarfa de s'enflammer pour réclamer à son tour un peu d'intérêt quant à ses propres attentes socioéconomiques. Ce jour-là,  neuf personnes ont été interpellées au cours d'un sit-in improvisé, mais relâchées aussitôt.

«Avec ce climat, que l'on pourrait qualifier, pour le moins, «d'électrique» qui oserait investir à Jerada?», souligne un syndicaliste de la ville qui préfère l’anonymat. Ce qui anéantit tout espoir d'une relance économique à moyen terme pour la province.

Fake news pour déstabiliser

A l'heure où nous mettions sous presse, la province de Jerada démentait catégoriquement l'information qui a circulé sur les réseaux sociaux et certains sites électroniques selon laquelle un jeune de 16 ans avait perdu la vie lors des événements qu'a connus la ville mercredi dernier.
La province précise qu'elle a procédé à la vérification de cette information auprès de tous ses services qui lui ont confirmé qu'aucun cas de décès n’a été enregistré. Le communiqué souligne, par ailleurs, que certains médias ne se donnent pas la peine de vérifier les informations qu' ils diffusent. Ce qui nuit à la quiétude de la population et à la sérénité des investigations que mènent les autorités compétentes.

 

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