Entreprises

Les confidences de la patronne mondiale des patronnes

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5230 Le 15/03/2018 | Partager
marie-christine_oghly_030.jpg

Pour Marie-Christine Oghly, «les femmes doivent, de leur côté, faire un effort. Actuellement, elles pensent que si elles n’ont pas 100% des compétences, elles ne peuvent pas prétendre à un poste de responsabilité, contrairement aux hommes» (Ph. MCO)

Marie-Christine Oghly est présidente des Femmes chefs d'entreprises mondiales (FCEM). Elle est au Maroc à l’invitatiopn du service économique de l’ambassade de France et des conseillères du commerce extérieur qui organisent aujourd’hui la 8e édition des rencontres «Femmes en entreprises». Celle de cette année est consacrée à l’entrepreneuriat féminin.

- L’Economiste: Vous serez aujourd’hui devant une assistance composée majoritairement de femmes. Quels sont les messages que vous allez leur transmettre?
- Marie-Christine Oghly:
J'interviens surtout au niveau des femmes chefs d'entreprises. Je voudrais les encourager à faire croître leurs entreprises et à penser à se développer à l'international, à travers notre réseau ou d'autres. Le territoire national est toujours trop petit. C’est intéressant de se développer à l'extérieur. Pour celles qui n'ont pas encore franchi le pas, il ne faut pas hésiter à créer une entreprise, d'avoir le courage de le faire. C'est extrêmement enrichissant.

- Que faut-il faire pour faciliter l'entrepreneuriat féminin?
- Il faut  s'appuyer sur les réseaux. Aujourd'hui, on parle beaucoup de l’autonomisation des femmes et l'entrepreneuriat est le meilleur moyen. La plupart des gouvernements deviennent sensibles à la problématique des femmes entrepreneurs qui peuvent obtenir beaucoup de soutien. Je voudrais avoir, avec notre association FCEM, les possibilités de pouvoir lever des fonds pour accompagner à la fois la création, mais également le développement des entreprises. Nous avons la chance d'être un réseau unique sur tous les continents, qui représente plus de 80 pays et plus de 500.000 entreprises. Nous pouvons nous  mobiliser pour obtenir des fonds soit de l’Union européenne ou d’autres bailleurs pour pouvoir accompagner celles qui n’ont pas encore franchi le pas et qui pourraient devenir des femmes chefs d’entreprises.

- Quelles recommandations à vos consœurs de l’AFEM?
- Je les connais bien parce que l’AFEM fait partie de notre réseau. Ses membres sont déjà très dynamiques au point de créer un incubateur pour les créatrices d’entreprises, qu’il faudra développer dans d’autres pays. Tous les ans, elles doivent se battre pour avoir des financements pour cet incubateur. Si nous arrivons à mobiliser des fonds au niveau international, nous pourrons les aider au Maroc comme pour des incubateurs dans d’autres pays.

- Au Maroc et ailleurs, les femmes ne sont pas très présentes dans les Chambres de commerce et d’industrie. Quels sont les blocages?
- C’est très compliqué puisque les hommes se concurrencent entre eux pour avoir ces postes. La seule solution que l’on ait trouvée et à laquelle je n’étais pas favorable au départ, est le système de quotas. Cela a été imposé aux Chambres de commerce tout comme pour les femmes dans les conseils d’administration. J’espère qu’on pourra s’en affranchir avec le temps et que cela deviendra naturel. Mais pour enclencher le processus, c’est malheureusement la seule solution. De leur côté, les femmes doivent faire un petit effort, quoique c’est moins vrai dans les pays émergents et chez les plus jeunes qui n’hésitent pas à se mettre en avant. Mais pour beaucoup de ma génération, c’est une forme de réserve qui est devenue le complexe de l’imposteur. Les femmes pensent que si elles n’ont pas 100% des compétences, elles ne peuvent pas prétendre à un poste. Si un homme n’a que 30% des compétences, il va postuler pour le mandat. Les femmes pensent qu’elles doivent être parfaites.

- Que représente l’entrepreneuriat féminin comme enjeu pour l’économie d’un pays?
- Il est fondamental. Une étude réalisée par McKinsey en 2017 montrait que l’entrepreneuriat féminin permettrait une croissance internationale extrêmement importante et une hausse significative du PIB mondial. On se demande pourquoi se priver de cette croissance grâce à l’entreprenariat féminin et à une implication plus grande des femmes dans les entreprises.

Multiples obstacles

Les femmes rencontrent de multiples difficultés. Dans certains pays, l’accès au crédit est très difficile «parce qu’il s’agit de femmes. En France, jusqu’aux années 60, elles ne pouvaient pas ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation du mari. Aujourd’hui, on n’en est plus là», souligne Marie-Christine Oghly. Selon elle, dans la plupart des pays, la question de confiance des banques reste posée. Quand une femme vient présenter son projet, elles lui réclament la présence du mari. «Nous travaillons avec des banques pour changer ces pratiques. Elles ont compris que l’avenir passe aussi par les femmes chefs d’entreprises qui sont plus prudentes dans la gestion et dans la demande de crédit», précise-t-elle.
En outre, la question de crédibilité et de capacité des femmes est posée dans des milieux masculins et techniques. Une autre difficulté est liée à la disponibilité des femmes. «Etre à la tête d’une entreprise demande un investissement de temps important que l’entourage doit supporter. Je dis toujours à celles qui veulent reprendre ou créer une entreprise, que l’important est de bien choisir son compagnon ou son mari. Car, si effectivement il n’adhère pas au projet, il lui sera très difficile de mener son entreprise», note-t-elle, avant de rappeler que dans certains pays, il existe un système de congé de paternité pour que les hommes puissent également s’occuper des bébés après la naissance.

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc