Finances-Banques

Communication financière: Le gendarme boursier promet la fin du laxisme

Par Franck FAGNON | Edition N°:5227 Le 12/03/2018 | Partager
Des comptes trimestriels contre le laisser-aller des profits warning
Six alertes déjà émises sur les résultats 2017
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L’augmentation de la fréquence de publications des indicateurs financiers permettrait notamment de réduire pour les investisseurs les conséquences liées aux alertes sur résultats tardifs. L’obligation de publication des comptes trimestriels est donnée pour imminente (Ph. L’Economiste)

En février dernier, IB Maroc a publié une énième alerte sur ses prévisions de résultat. La perte d’un client pesant le 1/3 du chiffre d’affaires a plongé l’entreprise en difficulté. Suite à ce profit warning, le cours en Bourse a dévissé de 23% en six séances.

Promopharm, Sothema, Involys, Résidences Dar Saada et Fenie Brossette ont aussi alerté sur leurs résultats, avec des conséquences plus ou moins diverses sur leurs cours en Bourse. Résidences Dar Saada a chuté de 16% en trois séances après l’annonce alors que les investisseurs sont restés insensibles à la publication des deux laboratoires pharmaceutiques parce que ce sont des entreprises discrètes sur la cote.

Ces six profits warning sur les résultats 2017 sont déjà supérieurs aux alertes émises par les sociétés cotées sur les comptes de l’exercice précédent (2016). Cependant, malgré une obligation d’information du marché sur tout élément de nature à remettre en cause l’atteinte de prévisions de résultat, toutes les entreprises ne font pas formellement la démarche, encouragées par une certaine passivité de l’Autorité des marchés financiers. En prenant en compte les omissions, les chiffres sont bien plus élevés.

«Dans les cas où les dirigeants ont un doute sur l’opportunité de rendre publique une information importante, nous les invitons à demander l’avis de l’Autorité, ce que de nombreux émetteurs n’hésitent pas à faire», conseille Nasser Seddiqi, directeur des émetteurs à l’Autorité marocaine des marchés des capitaux (AMMC).

Plus d’une dizaine de profits warning sont publiés en moyenne par an ces dernières années contre zéro avant 2010. Le ralentissement économique a contribué à l’augmentation de ces annonces. Avant de sanctionner, l’Autorité des marchés des capitaux opte d’abord pour la sensibilisation des émetteurs à plus de transparence vis-à-vis du marché. Mais il reste beaucoup de progrès en la matière, à commencer par la qualité des alertes sur les résultats et les délais de publication.

Le régulateur de la Bourse a sanctionné à plusieurs reprises des entreprises pour une publication tardive d’un profit warning. Toutefois, au regard du montant des amendes, les sanctions restent peu dissuasives. L’amende par jour de retard demeure insignifiante malgré son relèvement à 5.000 DH contre 1.000 DH auparavant. En revanche, la médiatisation des sanctions peut avoir un impact plus lourd pour les entreprises sanctionnées.

Aujourd’hui, le marché attend des changements importants au niveau de la  communication des entreprises et un dispositif plus coercitif pour sanctionner les écarts. «Les obligations en matière de communication financière des émetteurs vont connaître un saut qualitatif considérable dans les prochains mois suite à l’adoption des arrêtés d’application de la loi sur l’appel public à l’épargne et la circulaire de l’Autorité», promet Seddiqi. Le projet de modification du livre III de la circulaire de l’AMMC qui traite des opérations et informations financières est en consultation publique depuis le 13 février.

Les professionnels de marché pourront soumettre leurs remarques ou propositions jusqu’à ce mercredi 14 mars. Attendue depuis plusieurs années, la publication trimestrielle des indicateurs d’activité devrait aboutir dans les prochains mois, à en croire le régulateur. «L’opérationnalisation de la publication des indicateurs d’activité et financiers trimestriels devrait intervenir dans les prochains mois. Cette obligation permettra de réduire substantiellement  les problématiques liées aux profits warning», confie le directeur des émetteurs.

Le Masi imperturbable pour l’instant

L’Indice vedette de la place casablancaise est resté insensible aux alertes sur les résultats publiés jusqu’ici. Ces annonces émanent d’entreprises qui ont une faible influence sur le comportement du Masi. Jusque-là, les résultats des poids lourds du marché sont restés conformes aux attentes, voire supérieurs pour certaines banques. Dans ce contexte, le Masi a conforté ses gains annuels à 7,23% à la clôture du marché vendredi 9 mars. Après une hausse de 0,51% en février sur un volume moyen quotidien de 150 millions de DH, l’indice a pris 1% sur les sept premières séances de mars sur des échanges moyens de 154 millions de DH. Les banques et les télécoms surtout soutiennent l’orientation du Masi.

 

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