Culture

1.54: La renaissance de l’art africain

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5219 Le 28/02/2018 | Partager
Succès pour la 1re édition marrakchie
Des collectionneurs, directeurs de musées, marchands d’art au rendez-vous
Plus de 4.000 visiteurs
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 Bien avant l’inauguration officielle, une foule d’amateurs, de collectionneurs et de professionnels se pressait dans les allées de la foire installée dans le salon de la Mamounia (Ph. 1.54)

De Somerset House à Londres, en passant par le Pioneer Works à New York, l’africain Art-Fair  «1.54» a fait escale à la Mamounia à Marrakech le temps d’un week-end. Une première en Afrique et un coup d’essai pour la fondatrice et directrice de l’évènement Touria El Glaoui.

«Il est important qu’un évènement qui traite de l’art contemporain africain se passe en Afrique, il faut que les Africains voient de l’art africain sur leur continent», disait-elle à L’Economiste dans un précédent entretien. Parti d’une volonté de rendre l’art africain contemporain accessible dans sa terre d’origine, le choix de la ville de Marrakech s’est très vite imposé.  «L’idée en fait c’est de créer une plateforme et une destination internationale en Afrique et pour ça, Marrakech est la ville la plus indiquée.

Elle réunit l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient». Un coup d’essai assez prudent, pour cette première édition continentale,  avec 17 galeries internationales, soigneusement sélectionnées, exposant une soixantaine d’artistes venus de 45 pays: LouiSimone Guirandou Gallery d’Abidjan, André Magnin de Paris ou encore Blain Southern de Londres.

  3 gallerie marocaine dans la selection, il s’agit de l’Atelier 21 et de Loft Art Gallery de Casablanca et la Voice Gallery de Marrakech. Toutes exposent des plasticiens, photographes et sculpteurs africains dont certains déjà établis.  Malgré l’annulation de la Biennale de Marrakech, à laquelle la «1.54» se proposait de s’adosser, comme c’est le cas pour la Frieze Art Fair de Londres, Touria El Glaoui semble avoir réussi son audacieux pari.

Car une foire ne peut survivre que par les acheteurs et autres collectionneurs et pour organiser un tel évènement, il faut avoir  un sérieux réseau d’influence. Ce qui est visiblement le cas de Touria El Glaoui, fille du peintre Hassan El Glaoui et petite-fille de Thami El Glaoui, le puissant pacha de Marrakech.

Du très beau monde

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Le stand de la Blain Southern’s Gallery  de Londres proposant une œuvre monumentale de l’artiste malien Abdoulaye Konaté (Ph. 1.54)

Une foule  aussi dense que chic se pressait dans les allées du mythique palace  pour cette  foire dédiée aux artistes contemporains africains et ceux de la diaspora. Parmi eux, de grands collectionneurs ont répondu présent à l’instar de Clothilde et Bernard Herbo ou Catherine et Bertrand Julien-Laferrière, habitués des éditions londoniennes et new-yorkaises.

Le spécialiste de l’art contemporain  Daniel Tamplon, premier à faire découvrir en France des artistes comme Jean Michel Basquiat ou Andy Warhol Basquiat, la galeriste et théoricienne de l’art Michelle Obadia,  les célèbres marchands d’art parisiens Pierre et Marianne Nahon, le directeur Europe de la maison Artcurial Martin Guesnet, le directeur du Musée d’Art moderne de New York, Glenn Lowry, et Zoe Whitley de la Tate de Londres.

Des collectionneurs nationaux également dans l’assistance, tels qu’Elisabeth Bauchet Bouhlal, patronne de l’hotel Essaadi à Marrakech, Mohammed Bouzoubaa , PDG de TGCC et sponsor de la 1.54 ou encore Alami Lazrak, PDG d’Alliances et grand amateur d’art africain. Simon Njami, le directeur artistique de la Biennale de Dakar, le  président de l’Institut du monde arabe Jack Lang, la curatrice internationale Marie Ann Yemsi, Jennifer Flay, directrice de la FIAC… étaient aussi de la partie.

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Du collage, des tissages, des accumulations, sculptures en passant par les peintures futuristes… Ici, une œuvre de  Kyle Meyer, artiste américain établi au Swaziland, qui interroge à travers des tissages de wax les questions d’identité sexuelle et de genre  (Ph. ABo)

Bien avant l’inauguration officielle, vendredi soir, un nombre important de pastilles rouges étaient collées sur les cartels des œuvres exposées et les galeristes présents, qui ont tous pris des risques financiers, affichaient une mine des plus sereines.

Du kitsch, au second degré, du collage, des tissages, des accumulations, sculptures en passant par les peintures futuristes… la fraîcheur, la complexité et la créativité africaine était au rendez-vous avec des œuvres qui s’affichent le plus souvent comme des chroniques sociales interpellant ou questionnant le continent.

Les prix, relativement accessibles, entre 2.500 et 25.000 euros en moyenne, exception faite de quelques artistes tels que l’artiste éthiopienne Julie Mehretu dont les œuvres flirtent avec le million d’euros  ou encore le Marocain Mounir Fatmi, dont la cote atteint les 100.000 euros,   vont certainement participer à rendre cette foire populaire.

L’Afrique se réapproprie ses artistes

Longtemps sous-estimé, voir ignoré ou, au meilleur des cas, regardé sous le prisme de l’exotisme, l’art contemporain africain tente depuis une dizaine d’années de se faire une place dans le marché de l’art international. «Ce n’est qu’à partir de 1989, avec l’exposition  «Les Magiciens de la terre» au Centre Pompidou à Paris,  qu’il existe une importante scène des arts contemporains non occidentale», rappelle le spécialiste de l’art africain et célèbre galeriste parisien André Magnin.
La même année, l’artiste  soudano-égyptien Fathi Hassan était le premier africain a exposer ses travaux à la 23 Biennale de Venise. Presque deux décennies plus tard, en 2005, l’exposition «Africa remix», présentée en Allemagne, en Grande-Bretagne, en France et au Japon, est la première exposition  à présenter  un panorama important de l’art contemporain spécifiquement africain, ouvrant la voie à une reconnaissance internationale. «Beauté Congo»  en 2015 par la Fondation Cartier, Seydou Keita au Grand-Palais en 2016, «100% Afrique» à La Villette et «Art/ Afrique, le nouvel atelier» à la Fondation Vuitton en 2017. Aujourd’hui,  les artistes africains font désormais l’objet de foires spécialisées (1:54 à Londres, New York et désormais Marrakech, AKAA à Paris, etc.). Depuis quelques années, l’art contemporain africain se redécouvre également sur le continent, consacré par  la création, en 2005,  de la Fondation Zinsou à Cotonou au Bénin, l’ouverture, en 2017, du plus grand musée d’art contemporain africain à Cap Town en Afrique du Sud le Zeits-MoCAA, suivi par le Macaal à Marrakech. La même année, la manifestation «L’Afrique en Capitale», à Rabat mettait en lumière l’art et les expressions contemporaines de l’Afrique.

 

 

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