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Afrique de l’Ouest: Les milliards qui s’envolent via les flux financiers illicites

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5214 Le 21/02/2018 | Partager
Ils pourraient s’élever à 50 milliards de dollars par an
Ces chiffres dépassent l'aide publique au développement
Ce que disent les institutions internationales

Les flux financiers illicites en provenance d’Afrique pourraient s’élever à 50 milliards de dollars par an. Bien que ces chiffres soient fortement contestés, les analyses s’accordent toutefois à dire qu’ils dépassent le volume d’aide publique au développement (APD) accordée au continent africain. Les flux financiers illicites coûtent très cher, comme l’indique l’étude «Flux financiers illicites, l’économie du commerce illicite en Afrique de l’Ouest»(1).

Ils peuvent être liés à des activités illicites ou criminelles, comme la traite des personnes, le trafic de drogues et le trafic des minerais provenant des zones de conflits. Ils sont particulièrement présents et néfastes dans le contexte des pays fragiles et en transition.

■ La Chine pointée du doigt: Les témoignages indiquent que les articles contrefaits et/ou de qualité inférieure sont très répandus en Afrique de l’Ouest et que le problème s’est aggravé. Les données sur les saisies indiquent que la Chine est le principal pays source d’articles contrefaits et de qualité inférieure (denrées alimentaires, produits pharmaceutiques, et un large éventail de produits de consommation et de contrefaçons de produits de luxe) destinés à l’Afrique de l’Ouest. Les Émirats Arabes Unis et Hong Kong, Chine, servent de points de transit vers les marchés ouest-africains. Les pays d’Afrique de l’Ouest ont également servi de points de transit vers d’autres pays du continent (OCDE/Office de l'Union européenne pour la propriété intellectuelle, 2017).
■ Le licite et l’illicite sont imbriqués: Cela s’explique, en partie, par la prépondérance de l’économie informelle, qui représenterait 60-70% de l’activité économique globale de la région. Et aussi par l’existence de réseaux de protection des élites connectés aux flux licites et illicites. Les faibles niveaux d’inclusion financière favorisent le développement des économies criminelles et des flux financiers illicites dans la région. Nombre d’habitants n’ont pas accès au système bancaire formel. Les opérateurs de transferts de fonds (qui représentent le principal moyen d’envoyer des capitaux et de réaliser des transactions financières internationales en Afrique de l’Ouest) sont hors de prix. Par conséquent, les transactions se font souvent en liquide, ou au moyen de systèmes informels de transferts de fonds. Ce qui fait que d’importants volumes de transactions échappent aux gouvernements, aux régulateurs et au calcul du commerce international.
■ Réduire la corruption: La politique, la gouvernance et l’activité criminelle sont souvent interconnectées. En même temps, la taille du secteur financier non règlementé, les faibles capacités des autorités douanières et frontalières et les faibles niveaux de volonté politique pour changer le statu quo permettent à ces activités de persister sans pénalités ni censure…
La corruption peut servir de moyen de subsistance. Dans un système où les salaires de la fonction publique sont faibles et souvent irréguliers, les pots-de-vin sont considérés comme un dû. Aussi bien le système étatique que politique est attaché à protéger les flux illicites…
■ Extorsion, taxes de protection, exclusion financière: Les gouvernements d’Afrique de l’Ouest ont de moins en moins de capacités à prélever des impôts sur le commerce tant licite qu’illicite. Comme le démontre l’étude de cas sur le trafic des drogues, le fait de facturer ces services de protection constitue une stratégie des groupes criminels impliqués dans le trafic des drogues et dans d’autres comportements criminels.
Une autre étude de cas démontre que les groupes terroristes actifs dans la région sont capables de générer des revenus en taxant ou en extorquant les communautés dans lesquelles ils opèrent, même en relation aux activités économiques légitimes. L’argent est versé aux personnalités locales ou aux groupes terroristes de la même manière qu’il le serait (devrait l’être) à l’Etat. Dans ce contexte, la protection devient une marchandise propre et la violence joue un rôle primordial dans la lutte pour le contrôle. De fait, les pots-de-vin versés aux petits fonctionnaires constituent un impôt supplémentaire prélevé sur les citoyens et détourné des caisses du Trésor…

Quelques recommandations

Globalement, des recherches plus approfondies seront nécessaires pour identifier les conditions de développement qui génèrent ou aggravent les flux financiers illicites et étudier leurs impacts sur la croissance, la sécurité et le développement d’un pays donné. Alors que la promulgation d’une nouvelle loi criminalisera une pratique donnée, elle ne changera pas les comportements, à moins de proposer d’autres incitations. Il est nécessaire aussi pour les Etats membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de mettre en oeuvre des stratégies et des politiques communes ou complémentaires dans plusieurs domaines. Sur la liste figurent: le commerce et l’investissement, la fiscalité et les subventions, la finance et la banque, la réglementation du travail et la migration.

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(1) L’OCDE a publié cette étude en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD), le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et la Banque mondiale.

 

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