Analyse

Marché de l’édition: Les œuvres littéraires dominent toujours

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5205 Le 08/02/2018 | Partager
Elles représentent près du quart de l’ensemble des publications
82% des productions, toutes disciplines confondues, sont éditées en arabe
Les auteurs cloîtrés dans des domaines maroco-marocains
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Certaines disciplines vivent une véritable crise de productions. C’est le cas notamment de l’économie, de la gestion, des sciences et de la psychologie, dont la part reste marginale dans les catalogues des éditeurs

Romans, poésies, nouvelles, littérature dramatique… Les créations littéraires continuent de monter en flèche ces dernières années. Elles représentent près de 25% de l’ensemble des titres édités en 2016-2017, selon le rapport annuel de la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud sur l’état de l’édition et du livre au Maroc, dans les domaines de la littérature, sciences humaines et sociales.

La poésie, en crise sous d’autres cieux, est en plein essor au Maroc. Près de 285 titres ont été recensés. Dans l’ensemble, cinq disciplines concentrent plus de 70% des publications. Après les œuvres littéraires, on retrouve en seconde position les études juridiques, avec une part de 14,6% du total. «Le droit répond à un usage professionnel et utilitaire. On retrouve généralement des productions professionnelles d’avocats et de magistrats», explique Mohamed Sghir Janjar, directeur adjoint de la Fondation.

Viennent ensuite les traités historiques, les études littéraires, et enfin les études islamiques. «Nous nous sommes rendus compte du danger d’importer des livres religieux. L’édition de ce genre d’ouvrages est devenue un enjeu à la fois politique, idéologique et culturel. Ce sont surtout des institutionnels qui les éditent, comme le ministère des Habous et la Rabita Mohammadia des Oulémas», précise Janjar.

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Avec une majorité d’éditeurs spécialisés dans la langue arabe, la première langue d’édition est aujourd’hui l’arabe

Parmi les champs disciplinaires émergents, on retrouve les études féminines. Quelque 102 titres dédiés aux questions du genre ont été répertoriés. Nous assistons, également, à un retour des monographies locales (211 titres). «Ce regain d’intérêt pour l’étude des territoires contraste avec les travaux réalisés dans une macro-perspective nationale, arabe ou islamique, en vogue jusqu’à une période récente», souligne le directeur adjoint de la Fondation, également sociologue.

Par ailleurs, certains genres continuent à avoir le vent en poupe, comme la littérature de voyage et les traductions, surtout vers l’arabe et le français.
En termes de livres et de thèses universitaires, seulement 43 titres ont été relevés (droit, histoire, religion, littérature, sociologie, linguistique…). Leur édition a été assurée par des professionnels privés, par les auteurs eux-mêmes, ainsi que par des organismes publics et associations. Le rapport explique cela par «l’absence d’une presse universitaire».   

Près de 82% de l’ensemble des titres sont édités en arabe. Parmi les privés, la quasi-totalité éditent principalement en arabe. Il n’existe plus que 3 opérateurs spécialisés dans la langue française, à savoir La Croisée des chemins, Marsam et Le Fennec.  

En outre, environ les trois quarts des publications (72%) s’intéressent exclusivement au Maroc. Janjar parle d’un «excès de localisme». Les auteurs et chercheurs marocains ne s’intéressent qu’accessoirement  à l’international. Ils restent cloitrés dans l’analyse de problématiques maroco-marocaines. Or, dans un «village mondial», comment peut-on avancer sans décortiquer et analyser les expériences menées à international?

Al Andalus (moyen âge) est le deuxième territoire auquel les auteurs et éditeurs marocains s’intéressent (2,5%), suivi de l’Europe (2,4%), du monde arabe (1,6%), le Maghreb (1,1%) et la France (1%).

Seulement 14% des auteurs sont des femmes

86% des publications relevées sont le fait d’hommes. Les femmes n’assurent que 14% du total des titres liés aux études littéraires, linguistiques, humaines et sociales. Elles ont beau être présentes en force dans les bancs des facultés, les femmes demeurent peu productives. Les productions féminines portent surtout sur la littérature, le droit et l’histoire. L’essentiel de leurs œuvres est édité en langue arabe. Selon le rapport de la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud, la gent féminine est quasi absente de certains domaines, comme l’éducation, la philosophie et la géographie.

 

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