Analyse

Marché de l’édition: Petites prémices d’une nouvelle dynamique

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5205 Le 08/02/2018 | Partager
En 2016-2017 le nombre de titres augmente de 16%
La politique de subventions du ministère de la Culture donne ses fruits
Un grand marché à prendre après le déclin de la concurrence égyptienne
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Entre 2014-2015 et 2016-2017, le nombre de titres édités au Maroc a augmenté de plus de 56%. Près de 88,5% sont aujourd’hui imprimés (dont les deux tiers dans l’axe Casablanca-Rabat), et 11,5% sont sous format électronique

Peut-on parler d’un marché en crise avec des éditions qui grimpent de 16% sur un an? En 2016-2017, près de 3.833 titres (livres, revues et publications numériques) ont été édités au Maroc, contre 3.304 un an plus tôt. Oui, le chiffre reste modeste pour une population de 34 millions d’habitants, mais il progresse d’année en année.

«Depuis 2014, le marché de l’édition se porte plutôt bien», affirme Mohamed Sghir Janjar, directeur adjoint de la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines. Il intervenait mardi dernier au siège de la Fondation, à l’occasion de la présentation du rapport annuel sur l’état de l’édition et du livre au Maroc, dans les domaines de la littérature, sciences humaines et sociales.

La Fondation est, pour l’heure, la seule entité à procéder à cet effort de recensement. Elle couvre toutes les publications, toutes langues et spécialités confondues, hormis celles relatives aux sciences exactes, livres pour enfants, manuels scolaires et imprimés à usage pratique (décoration, cuisine, santé…).    

«Cette évolution est due à la politique de subvention initiée par le gouvernement Benkirane. Le ministère de la Culture soutient de plus en plus de titres», explique l’éditeur Camille Hoballah de la maison Afrique-Orient. Selon le rapport, 18% des ouvrages publiés en 2016-2017 ont bénéficié d’une aide à l’édition. Parmi eux, 83% ont été soutenus par le ministère de la Culture.

«Le ministère a joué un rôle prépondérant dans le secteur. Grâce à son soutien, les éditeurs ont pu prendre plus de risques, ce qui a contribué à l’amélioration de l’édition», relève Abdelkader Retnani, président de l’Union professionnelle des éditeurs marocains (25 éditeurs revendiquant 80% des publications marocaines).

Cela dit, la marge de progression est encore énorme. «Les Marocains aiment lire, mais il faut leur donner les moyens et l’opportunité d’accéder aux livres. A Casablanca, par exemple, il est inconcevable qu’en 2018 nous n’ayons qu’une trentaine de librairies dignes de ce nom. Les efforts des pouvoirs publics restent, malgré tout, timides», fustige Retnani.

Désormais, les éditeurs lorgnent même des marchés étrangers, notamment au Moyen-Orient, où l’Egypte et le Liban ont longtemps régné en maître. Depuis 2016, les Marocains y sont de plus en plus actifs en assistant à des salons et en participant à des prix. «Avec l’effondrement de la qualité de l’édition et la crise en Egypte, nous avons commencé à grignoter des parts de marché. Nous sommes déjà présents dans plusieurs pays du Golfe», avance Retnani.

Une nouvelle dynamique est aujourd’hui enclenchée. Toutefois, le secteur ne s’en sortira pas sans la mobilisation de tous les acteurs (ministère, institutionnels, collectivités territoriales, médias…).

 

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