Tribune

Taux de change du dirham: Pour mieux comprendre le nouveau mécanisme

Par Mohamed BENJELLOUN | Edition N°:5204 Le 07/02/2018 | Partager

Mohamed Benjelloun est historien de formation, ancien directeur de l’Office des changes, ex-directeur central à Bank Al-Maghrib et conseiller du président Alami à la Banque commerciale du Maroc, devenue Attijariwafa bank, et ancien élève de l’Institut d’études politiques de Paris (Ph. L’Economiste) 

Le droit à l’information suppose le rappel de faits historiques susceptibles de faire mieux comprendre la nouvelle méthode d’établissement du taux de change du dirham.
Le données suivantes présentent dans ce sens une signification majeure (voir aussi encadré):

- L’abolition des parités fixes, déclarées auprès du FMI, rendue officielle au début de 1973 (la parité du dirham était de 5.06049 pour 1 dollar) a obligé toutes les monnaies de se mesurer les unes contre les autres afin d’établir leur cours de change respectif et ce, soit directement pour celles qui sont admises à la cotation sur un marché des changes international d’un gigantisme inouï (les anticipations légales ou spéculatives y gonflent la part fortement majoritaire des capitaux), soit indirectement pour celles reliées à une monnaie cotée (satellisation) ou celles désormais définies par un panier de monnaies cotées.

C’est dans ces conditions que le Maroc a choisi un panier spécifique traduisant la configuration de nos échanges extérieurs: monnaies de réserves et également les plus utilisées pour nos règlements internationaux. Le même souci de respecter l’importance respective de chaque composante a présidé lors de la fixation du taux de pondération attribué à chacune d’elles.

Outil adaptable, ce panier va accompagner durant la décennie 70 une politique d’intenses investissements étatiques, caractérisée par un fort endettement extérieur et des déficits budgétaires cumulés. Nous retrouvons le même panier légèrement recomposé, en cette décennie 80 au cours de laquelle le FMI, suite à des difficultés tant endogènes (détérioration des équilibres macroéconomiques et trois années consécutives de sécheresse) que exogènes (deuxième choc pétrolier après celui de 70-71 non encore digéré et mauvaise conjoncture mondiale) va nous imposer une politique d’ajustements structurels (PAS) fort restrictive: plafonnement drastique du crédit et réajustements prononcés de la valeur externe du dirham: entre juin 1983 et septembre 1985 notre monnaie perd 45% de sa valeur. Même après la fin du PAS, une autre dévaluation de 9,25% va intervenir en mai 1992.

Cette technique du panier offre certes des avantages (cotations quotidiennes du dirham) mais en traduisant les tendances haussières ou baissières des devises en cause (euro et dollar pour notre panier), elle réévalue ou sous-évalue mécaniquement le dirham à leur égard. Surtout le panier n’est pas en mesure de traduire pour la monnaie dont il définit la valeur, des paramètres aussi importants que le PIB, la balance des paiements, les déficits budgétaires, prix...

- L’apparition des salles des marchés bancaires au milieu de cette décennie 70 (équipées et avec du personnel formé) avait plusieurs motivations: permettre à nos banques d’intervenir dans le circuit des pétrodollars, susciter par ce biais l’intérêt d’investir dans notre pays et offrir une relative protection contre des risques politiques éventuels (mise sous séquestre par le pays émetteur de la devise concernée).

- L’instauration d’un marché de change interbancaire en avril 1996 complète les réformes visant à la marchéisation de notre appareil économique et financier. Seules les banques vont y opérer (pas de courtiers ou autres). En assurant la contrepartie des achats et ventes en devises de leur clientèle, elles dégagent des soldes acheteurs ou vendeurs fournis ou absorbés en dernier ressort par BAM aux cours extrêmes, à l’époque 0,3% de chaque côté du cours panier. Pouvant déjà arbitrer à l’étranger devises contre devises, elles peuvent aussi détenir une position de change maximale (20% de leurs fonds propres et 7% de leurs fonds propres en chaque devise cotée par BAM).

La réforme récente de ce marché des changes (15 janvier 2018) amalgame entre elles toutes les réformes évoquées ci-dessus. Elle incite les banques à traiter davantage entre elles leurs soldes pour ne pas être pénalisées par des cours extrêmes de BAM écartés désormais de 2,5% de chaque côté du cours panier.

BAM à son tour va intervenir plus activement sur ce marché élargi et travaillant en continu par des salles des marchés mises en œuvre à plein temps. BAM va, par ses cours externes modulés à longueur de journée ainsi qu’au cours de séances d’adjudications, réguler ce marché et contrer des tendances défavorables à notre monnaie et à notre économie.

Une économie en pleine modernisation comme la nôtre, articulée autour d’infrastructures solides, d’industries performantes de par le monde (aéronautique, automobile, tourisme, énergies renouvelables...), d’une agriculture diversifiée, d’une progression des exports de l’OCP et de l’artisanat..., renforcée par une politique monétaire efficace, ciblant inflation et taux de change, soutenue par la Banque mondiale, le FMI et la BAD, bénéficiant d’une amélioration des équilibres macroéconomiques (déficit budgétaire et balance des paiements). En toute logique, cette économie ainsi décrite ne peut pas subir les contraintes d’une dévaluation. La compétitivité doit être recherchée à d’autres niveaux.

Assouplissements de la réglementation des changes

Pour bien comprendre aussi le nouveau mécanisme, il est important de se pencher également sur les nombreux assouplissements de la réglementation des changes. Les principaux assouplissements concernent les opérateurs suivants: les investisseurs étrangers bénéficient de la garantie de retransfert du capital des bénéfices et des plus-values, les investissements marocains à l’étranger peuvent sur présentation des pièces justificatives et sans autorisation atteindre jusqu’à 10 millions de DH et 50 millions de DH à destination de l’Afrique; les exportateurs bénéficient d’un pourcentage non rapatriable et autres avantages; les importateurs peuvent payer des acomptes et autres frais... les études à l’étranger, les voyages d’affaires et touristiques... sont plus que suffisamment dotés et autres mesures libérales.
Bien entendu toutes ces facilités de change peuvent donner lieu à des sorties intempestives nuisibles à notre monnaie et à notre économie lorsque des pratiques spéculatives amplifient le mouvement.

 

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