International

Corrections sur les bourses mondiales!

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5204 Le 07/02/2018 | Partager
Wall Street a une influence sur les marchés
Craintes d'une poussée de l'inflation et des taux d'intérêts
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Les Bourses mondiales ont chuté, hier 6 février, après le plongeon de Wall Street. Ce qui est sûr c’est que la Bourse de New York influence autant les bourses européennes qu’asiatiques

Les Bourses mondiales sont très volatiles. L'influence de Wall Street (qui avait perdu 4,6% lundi 5 février) sur les autres places financières (européennes ou asiatiques) se traduit par une hausse ou une baisse. La plus grande place financière du monde a d’ailleurs tenté de calmer le jeu à l’ouverture.

Après les impressionnantes dégringolades des marchés, les observateurs sont restés sereins. Pour eux, il s’agit de «correction saine et éphémère» ou même de «déroute du marché des actions», certains parlent d’un «mini-krach». Cette correction était attendue de longue date par de nombreux observateurs, les indices ayant enchaîné les records ces derniers mois. Le S&P 500 a ainsi enregistré en janvier son meilleur début d'année depuis 1997.

Rien ne permet d’indiquer une tendance baissière à long terme. Mais faut-il craindre une spirale négative? Rien ne laisse présager ce scénario. Reprise mondiale, bons résultats d’entreprises… sont autant d’atouts pour booster les marchés.

Principale source d'inquiétude pour les opérateurs, reste néanmoins le bon rapport sur l'emploi américain (cf. notre édition N° 5203 du mardi 6 février 2018) qui laisse anticiper une hausse de l'inflation et une accélération du rythme de resserrement monétaire par la Banque centrale américaine. Donc, les investisseurs ont sur-réagi à une crainte de hausse des taux d'intérêts.

L'emballement a débuté vendredi 2 février avec l'annonce d'une augmentation significative des salaires américains en janvier. Ce qui a ravivé les craintes d'une poussée de l'inflation et des taux d'intérêts. Une hausse qui s'est rapidement concrétisée sur le marché de la dette, Etats-Unis en tête. Derrière ces inquiétudes, c'est surtout un désengagement plus rapide que prévu des Banques centrales que les investisseurs redoutent.

La crise financière mondiale de 2007-2008 marque toujours les esprits. Mais, les analystes tempèrent: «il n’y a aucune raison de paniquer. Les résultats des entreprises progressent. Les indices d'activité sont au plus haut depuis des décennies…».

Pour le FMI, à court terme, «il est probable que la dynamique de l’économie mondiale restera la même s’il n’y a pas de correction sur les marchés financiers, où les prix des actifs montent de manière soutenue et où la volatilité est très faible… Cette dynamique «pourrait même être plus forte que prévu à court terme si la confiance dans les perspectives de l’économie mondiale et l’aisance des conditions de financement continuent de se renforcer mutuellement».

Le FMI l’avait prédit

«Une correction sur les marchés financiers pourrait être provoquée, par exemple, par des signes d’une inflation plus ferme aux Etats-Unis, où l’impulsion donnée à la demande exercera une pression à la baisse sur un taux de chômage déjà très bas», note l’équipe du FMI. Aussi, «des tensions inflationnistes plus fortes, conjuguées à un durcissement de la politique monétaire américaine plus rapide que prévu dans le scénario de référence, pourraient contribuer à accentuer la baisse des primes d'échéance aux Etats-Unis, à un affermissement du dollar et à un recul des cours des actions». «Le durcissement des conditions financières mondiales aurait des implications pour les prix des actifs et les flux de capitaux. Les pays dont les besoins bruts de refinancement de la dette et les engagements en dollars non couverts sont élevés seraient particulièrement exposés à des difficultés financières …», avait indiqué le Fonds dans sa mise à jour des perspectives de l'économie mondiale de janvier 2018.

                                                                                       

L’avis de Christopher Dembik, Responsable
de la recherche macroéconomique de Saxo Bank

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«Jusqu’à présent, la chute des marchés actions a été assez contenue puisqu’on constate une stabilité des marchés devises même si des mouvements sont probables à moyen terme du fait de la recherche par beaucoup d’investisseurs de valeurs refuges. On l’a d’ailleurs vu hier (lundi 5 février) au niveau du GBP (c’est le code de la livre sterling, monnaie du Royaume-Uni) qui a chuté sous l’effet d’une hausse du dollar.

Dans l’ensemble, la baisse des actions s’explique essentiellement par les appels de marge (1) et le trading algorithmique. On a souvent pointé du doigt l’hypothèse de retour de l’inflation aux Etats-Unis qui a certainement joué défavorablement mais, concrètement, c’est bien au niveau du VIX (un indice de volatilité du marché financier américain) que tout s’est passé. L’effondrement du trade consistant à vendre le VIX est pour une grande partie responsable du chaos boursier.

Dans ce contexte, il faudra surveiller de près les paires en JPY (le code du Yen japonais), l’or et aussi les obligations du Trésor américain, surtout à l'échéance 5 ans et 10 ans. Un autre élément pourrait dans les heures à venir accentuer la baisse actuelle: en effet, le gouvernement américain va être à court d’argent jeudi, à moins que les Républicains et les Démocrates ne trouvent un accord au Congrès.

C’est un point qu’il faudra surveiller d’extrêmement près car il pourrait encore attiser la volatilité. En cas de poursuite dans les séances à venir du repli massif, nous n’excluons pas une intervention offensive des Banques centrales afin de restaurer la confiance.

La panique actuelle contrecarre très clairement leurs objectifs de sortie des politiques monétaires accommodantes. Jusqu’à présent, la Fed s’est contentée de souligner qu’elle surveille les évolutions actuelles. De son côté, la BCE est plutôt silencieuse. Cela montre certainement qu’il ne faut pas sur-interpréter les mouvements boursiers actuels».

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(1) C’est le versement obligatoire de fonds supplémentaires auprès de la chambre de compensation par un intervenant pour couvrir la dépréciation de sa position sur le marché. Il doit être effectué dans un délai assez rapproché, souvent avant la séance de bourse du lendemain.

 

 

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