Economie

Taux d’activité en berne, chômage en hausse

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5204 Le 07/02/2018 | Partager
Les chômeurs découragés se retirent du marché
Le Maroc parmi les pays où la participation des femmes à la vie active est la plus faible
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Le chômage reste un phénomène essentiellement urbain alors que le plus gros des emplois créés est localisé dans les zones rurales. Le taux de chômage y est de 14,7% contre 4% dans le milieu rural. Au total, 1,21 million de personnes sont sans emploi.     
Les taux de chômage les plus élevés sont enregistrés parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans (26,5%), les diplômés (17,9%) et les femmes (14,7%). Dans les villes, le chômage de ces catégories atteint des niveaux importants:  25% pour les femmes, 42,8% pour les jeunes âgés de 15-24 ans, 21,6% pour les 25-34 ans et 19,6% pour les diplômés. «La détention d’un diplôme multiplie par trois le risque d’être au chômage. Cette situation est due en partie à la faible performance et à la lente transformation structurelle de l’économie marocaine, mais elle reflète aussi un réel problème d’inadéquation entre la formation reçue et les besoins du marché du travail», relève la Banque mondiale.
Pour l’institution internationale, «le problème du fort taux de chômage des jeunes diplômés pourrait s’amplifier encore durant les prochaines années, lorsque les cohortes issues du processus de généralisation de l’accès à l’école arriveront sur le marché de l’emploi, avec un niveau d’acquis encore inférieur à celui des diplômés-chômeurs actuels»

Les 4,6% de croissance annoncés par le gouvernement pour 2017 ont à peine créé 86.000 emplois! Pas de quoi infléchir la courbe du chômage, lequel est à 10,2% au niveau national contre 9,9% en 2016. Un taux qui ne reflète pas la réalité du phénomène puisque le taux d’activité a baissé de 0,3 point à 46,7%. Autrement dit, plusieurs personnes découragées ne se présentent plus sur le marché du travail et ne sont plus comptabilisées parmi la population active à la recherche d’emploi!

Le phénomène est plus important dans les villes où le taux d’activité recule de 0,6 point à 42,4%. En revanche, dans le rural l’effet pluviométrie a été bénéfique puisque ce taux est en hausse de 0,3 point, 54,1%. Les femmes restent la catégorie la plus touchée (écart de 49 points par rapport aux hommes). Seulement une femme sur quatre environ en âge de travailler participe au marché du travail. Leur taux d’activité a perdu 18 points depuis 1999 date à laquelle il était à 30,4%.

Ce qui place le Maroc parmi les 20% des pays où la participation des femmes à la vie active est la plus faible dans le monde. «Les coûts associés aux écarts entre hommes et femmes en termes de participation au marché du travail et d’entrepreneuriat atteindraient au total 46% du revenu par habitant comparativement à une situation où les femmes auraient le même niveau de participation et d’entrepreneuriat que les hommes», souligne la Banque mondiale(1) dans le Mémorandum économique pays 2017.

Le faible taux d’activité des femmes explique en partie la tendance baissière du taux d’emploi: -1,9 point depuis 2013 s’établissant ainsi à 41,9%. Et donc moins de la moitié de la population contribue à la création de richesse et un grand nombre de personnes en âge de travailler sont hors circuit.

Les emplois créés ne sont pas tous rémunérés: c’est le cas de trois postes sur dix. En parallèle, le sous-emploi reste sur une tendance haussière (9,8% contre 9,6% en 2016). Il est prépondérant auprès des jeunes âgés de 15 à 25 ans. Tous les secteurs ont créé de l’emploi. Dans l’agriculture, forêt et pêche, 42.000 nouveaux postes dont 38.000 à la campagne. Cette hausse intervient après des pertes massives en 2014 (75.000), 2015 (27.000) et 2016 (66.000).

Les services, principal pourvoyeur de travail ces dix dernières années, ont créé 26.000 emplois. Le secteur des BTP a créé 11.000 emplois au niveau national (3.000 en milieu urbain et 8.000 en milieu rural) contre une moyenne annuelle de 20.000 postes au cours de la période 2014-2016.

L’industrie, y compris l’artisanat, est paradoxalement le secteur le moins dynamique: «seulement» 7.000 emplois soit un peu moins que la moyenne enregistrée au cours des années 2015 et 2016. L’essentiel (5.000 emplois) est localisé au niveau de la branche des «industries alimentaires et de boissons»! «L’effet multiplicateur des investissements réalisés dans l’industrie se fait toujours attendre», soulignent des opérateurs.

D’autres appellent à une «rupture profonde dans la manière d’appréhender l’industrialisation du pays» s’appuyant sur les résultats de l’étude menée par la Commission chargée des affaires économiques et des projets stratégiques, relevant du Conseil économique, social et environnemental sur les stratégies industrielles (voir aussi notre édition N° 5200 du 01/02/2018).

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(1)  Le Maroc à l’horizon 2040: Capital immatériel et les voies de l’Emergence économique. (Voir aussi notre édition N° 5008 du 21/04/2017).

 

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