Competences & rh

Femmes cadres: Ce qu’elles en pensent

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5203 Le 06/02/2018 | Partager
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■ «On ne s’en sortira pas sans passer par une loi»
Laila Mamou, présidente du directoire de Wafasalaf
«J’ai longtemps été contre la mise en place de quotas. J’étais convaincue qu’une femme, au même titre qu’un homme, ne peut avancer que par le mérite. Mais je me rends compte aujourd’hui que sans taux de représentativité féminine obligatoire, nous ne pourrons jamais avancer. A l’international, c’est grâce aux quotas que l’on a pu faire bouger les lignes.
Néanmoins, il faudrait bien poser le curseur. Il ne suffit pas de décréter un taux pour tout le monde. Je suis pour un quota nuancé, en fonction du type d’entreprise, de son secteur d’activité, de sa capacité à trouver des profils de femmes valables, et avec une trajectoire sur plusieurs années. Donc, un quota progressif et négocié. Autrement, nous nous retrouverons avec des femmes incompétentes, intégrées juste pour satisfaire un taux obligatoire.
Par ailleurs, dans les conseils d’administration des entreprises privées, il ne faut pas tomber dans le piège du statut d’administrateur indépendant. C’est de la poudre aux yeux, car il n’a pas vraiment de poids.
Bien sûr, tout ne sera pas parfait. Toutefois, si dans la masse nous nous retrouvons avec des femmes incompétentes, ce ne sera certainement pas la majorité, et ce sera le prix à payer. Nous acceptons bien des hommes incompétents, pourquoi pas des femmes?!».

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■ «C’est stigmatisant pour les femmes, mais…»
Amane Fethallah, directrice de la marine marchande
«Cela fait mal au coeur de constater que nous avons besoin d’un dispositif pour permettre aux femmes d’avancer, alors qu’elles sont à compétences égales avec les hommes. Je trouve le quota un peu stigmatisant pour les femmes. L’on pensera toujours qu’elles ont été poussées sur le devant de la scène grâce à un quota et non à leurs compétences. En adopter un s’apparente, par ailleurs, à un aveu d’échec de tous les progrès réalisés.
En même temps, j’y suis favorable, parce qu’il permet de corriger les inégalités subies. Notamment dans certains secteurs où les hommes ont mis des systèmes de verrouillage à travers leurs réseaux. Cela dit, il est nécessaire d’accompagner la politique des quotas par des dispositifs de soutien aux femmes, et des outils de mesure et de contrôle. Sinon, elle ne marchera jamais».

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■ «Surtout pas!»
Nouzha Bouamoud, vice-présidente de l’Université Mohammed V de Rabat
«Des quotas? Surtout pas! J’ai toujours été contre. Nous risquons d’être totalement injustes envers des hommes très bien. Nous ne pouvons noircir le tableau pour toute la gent masculine. Et puis, nous finirons par habituer les dames à se comporter exactement comme les hommes se comportent aujourd’hui. C’est-à-dire à réclamer la priorité pour un poste juste parce qu’elles sont des femmes. Je pense qu’il faut laisser tout un chacun progresser par le mérite. Et quand un talent a du mérite, il finit par réussir. Toutefois, généralement, les femmes veulent tellement bien s’acquitter de leurs responsabilités qu’elles n’ont pas le temps de chercher à aller plus loin, et c’est dommage».

■ «Difficile de trancher»
 

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Fatima Ouahmi, directrice du département de la communication de l’Education nationale
«Imposer un quota sous-entend que l’on accorde une faveur aux femmes uniquement en raison de leur sexe. En même temps, pour certains postes, si on ne passe pas par une discrimination positive, beaucoup ne seront pas encouragées à postuler. Prenons l’exemple des postes de direction d’établissements scolaires. Si les femmes ne sont pas assurées d’être affectées dans des écoles non enclavées et entourées de toutes les infrastructures nécessaires, vous n’aurez que de très rares candidatures. Pourtant, toutes les évaluations réalisées montrent que les établissements gérés par des directrices posent moins de problèmes sur le plan de la gouvernance. Il est, donc, nécessaire de disposer de mesures incitatives, mais sans pour autant appeler cela une discrimination positive, car la connotation est négative».

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■ «Pour changer les choses, il faut accéder au pouvoir»
Saloua Karkri Belkziz, présidente de GFI Maroc, ancienne présidente de l’Association des femmes chefs d’entreprises au Maroc (Afem)
«Contrairement aux hommes, les femmes n’ont pas cette obsession du pouvoir, alors qu’elles possèdent les compétences et qualités nécessaires pour y accéder. C’est la raison pour laquelle il faut passer par des quotas. Et c’est en prenant le pouvoir qu’elles pourront changer les choses et travailler à mettre en place un environnement de travail qui leur soit favorable. Elles peuvent toujours faire des réclamations, cela ne servira pas à grand-chose. C’est en prenant des postes de décision qu’elles pourront agir.
A titre d’exemple, le comité qui a travaillé il y a quelques années sur l’horaire continu dans le secteur public ne comptait aucune femme. Il a fini par décider d’adopter cet horaire pour l’administration et pas dans les écoles. Résultat des courses, beaucoup de femmes ont abandonné leur poste pour pouvoir s’occuper de leurs enfants entre midi et deux.
Dans la fonction publique, les nominations pour de hautes fonctions concernent en majorité des hommes. Et les choses empirent depuis 2012. Quand j’étais élue, j’avais proposé la mise en place d’une loi imposant qu’une candidature sur trois soit féminine. Cette proposition n’a, malheureusement, pas été prise en compte».

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■ «Si vous êtes compétente, rien ne vous arrêtera» Nada Biaz, DG du groupe Iscae
«Je ne pense pas que nous ayons besoin d’un quota pour réussir. Quand vous êtes compétente, je ne vois pas ce qui pourrait vous empêcher de percer. Dans mon domaine d’activité, je n’ai jamais ressenti que le fait d’être une femme soit un frein à ma carrière.
Certaines ont peur de l’engagement et de la responsabilité, en raison de leurs contraintes familiales. Mais quand le conjoint et les enfants sont dans une posture d’appui et d’encouragement, il n’y a pas de raison qu’elles n’avancent pas.
Des politiques de soutien sont, cela dit, nécessaires. Comme des services de garde d’enfants, des crèches d’entreprises, des demi-journées de télétravail…».

Leur entourage les admire

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60% des répondantes à l’enquête sont des filles de mères au foyer. Elles sont donc la première génération de femmes managers. Une réalisation exceptionnelle aux yeux de leur famille.
Etre une femme active, gravir les échelons et devenir cadre ou top manager n’est pas une mince affaire au Maroc. Celles qui accèdent à ce genre de statut suscitent l’admiration de leur entourage. Cela est d’autant plus vrai pour celles mariées avec enfants, un peu moins pour les célibataires de plus de 35 ans. «Cela prouve que l’image positive demeure toujours conditionnée par des réalisations familiales», souligne l’enquête Decryptis.

 

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