Régions

Meknès: Grande cacophonie au conseil communal

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5203 Le 06/02/2018 | Partager
La session de février perturbée par les ouvriers de la Sicome
Vivement contesté, Bouanou défend son bilan
Le maire pointe du doigt l’action syndicale «nuisible»
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A cause de son intervention dans une affaire qui lie employeur et ouvriers limogés, Abdallah Bouanou est au pied du mur. Accusé de connivence, le maire PJD de Meknès rejette toute responsabilité. Il regrette aujourd’hui d’être mêlé à une affaire qui n’est pas du ressort de la mairie…  (Ph YSA)

Abdallah Bouanou n’est pas prêt d’oublier ce qui s’est passé vendredi dernier aux abords de la commune de Meknès. Le maire PJD a été bousculé et traité de tous les noms alors qu’il tentait d’accéder au siège de la commune pour présider la session du mois de février. Une session qui devait se tenir à 10 heures du matin, mais finalement reportée à 16 heures et tenue dans l’annexe de Lahdim sous haute surveillance.

Tôt ce vendredi 2 février, quelque 700 femmes, accompagnées de leurs enfants, ont encerclé la mairie. Il s’agit en effet d’ouvrières licenciées collectivement, en novembre dernier, par l’usine de textile Sicome, et auxquelles Bouanou a promis de résoudre ce problème dans un délai de deux mois. Mais, rien n’y fait.

«Par ce mouvement, nous dénonçons la connivence des responsables communaux avec notre employeur. Nous n’avons pas été payées pendant quatre mois et la société a mis tout le monde à la porte sans motif et sans préavis», scandent-elles. Et d’ajouter: «Aujourd’hui, nous n’avons pas de quoi nourrir nos enfants et payer le loyer». A ce titre, le maire leur avait promis une aide alimentaire de 100.000 DH avant de se rétracter suite aux incidents du 2 février.

«Je me suis mêlé à une affaire sociale qui ne concerne nullement le travail communal. Nous ne sommes pas concernés par les ouvertures ou fermetures d’usines. Toutefois, en tant que dirigeant de la ville, je ne pouvais rester indifférent devant cette situation. Mais voilà, je n’ai reçu en retour que des insultes et une vive tension», regrette le maire.

Lors d’une conférence de presse, tenue dimanche, le maire «islamiste» a insinué «qu’il y a des parties qui veulent créer une tension sociale à Meknès». Ceci alors, dit-il, que le bilan de son action est parlant. «Deux ans après mon élection, j’ai chamboulé Hamriya, le cœur battant de la ville, grâce à une mise à niveau réussie», note le maire.

En plus, 12 quartiers sous-équipés ont également profité d’une cure de jouvence grâce à notre partenariat avec le ministère de l’Equipement. Et selon le leader Pjidiste, «une 2e opération de mise à niveau sera lancée incessamment». Celle-ci concernera les quartiers Inbiaât, Kamilya, Laaouja, Zhar, etc. Pour sa part, l’aménagement des voiries d’Al Bassatine et El Borj coûtera 25 millions de DH.

Le but de ces opérations est d’améliorer l’attractivité de la ville. Pour Bouanou, «Meknès est sur de bons rails. A lui seul, l’Agropolis a créé plus de 7.000 emplois en 3 ans et pas moins de 42 dossiers d’investissement dans cette zone sont en cours de validation». A la tête d’une ville où le taux de chômage frôle les 18%, Bouanou souligne que la problématique de l’emploi est au centre de ses priorités.

Pour endiguer cette problématique, il faut créer un bon climat pour l’investissement avec l’appui du gouvernement. «Il faudrait également que les syndicats soient à la hauteur et évitent des actions nuisibles», renchérit le maire. «Interdire ou perturber la tenue de la session de la mairie, qui est une institution constitutionnelle est décevant. C’est un acte qui interpelle tout le monde», martèle-t-il.

«Et puis, pourquoi les syndicalistes (CDT) de Sicome n’ont pas porté plainte contre leurs employeurs devant la Justice? Et pourquoi, ils n’ont jamais demandé l’appui proposé par l’Etat en cas de perte d’emploi et qui est doté d’un budget d’un milliard de DH?», s’interroge-t-il. Enfin, Bouanou n’exclut pas une manœuvre politicienne qui viserait «sa notoriété et son bilan à la tête de Meknès».

A l'origine du malaise...

En 2013, un textilien français d’origine tunisienne remportait le marché de la confection d’un nouvel uniforme pour le compte de la DGSN. Un gros marché qu’il sous-traite à la Sicome, dont la propriété revient à Alami Tazi et Anass Anssari, des notables de la ville de Meknès. «Sous un contrat de jouissance commerciale, l’investisseur français décroche l’exploitation de l’usine de Meknès dont il devient propriétaire majoritaire», d’après les explications livrées par Bouanou. Mais voilà, une fois la grosse commande livrée, l’exploitant aurait exigé de nouvelles règles de travail. «Pas question de faire la prière à l’usine, aussi aucune absence d’ouvrier n’est tolérée, tout comme pour les certificats médicaux», rapportent les ouvriers. Pour des questions de rendement, le nouveau patron finira par remercier ses 650 salariés en novembre. Depuis, ces derniers organisent des manifestations devant le site de la société et à la commune de Meknès.

De notre correspondant permanent, Youness SAAD ALAMI

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