Economie

Politiques de mobilité: Une seule autorité… plusieurs compétences

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5203 Le 06/02/2018 | Partager
Dubaï, São Paulo, Casablanca… cités en exemple
Rencontre d’experts de la région Mena
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La ville de Casablanca s’est dotée d’un réseau de transport en site propre, qui sera achevé à l’horizon 2022. Il englobe outre 4 lignes de tram, 2 lignes BHNS, sans compter les parkings-relais…

Prérogatives dispersées, déficit d’exploitation, de planification, chevauchement des compétences, problèmes de financement… Les maux du transport public sont les mêmes à travers la région Mena. Des dizaines d’experts, affiliés à l’UITP (Union internationale de transports publics) se sont réunis à Casablanca, mercredi 31 janvier, pour débattre de leurs problématiques communes et surtout comparer les expériences.

Organisé par l’antenne casablancaise de l’UITP, lancée en février 2015, ce séminaire se voulait essentiellement un espace d’échanges. La plateforme a ainsi regroupé les autorités organisatrices de la mobilité pour analyser les problématiques communes, modèles de gouvernance de financement, réformes institutionnelles…

Plusieurs autorités organisatrices de transport ont pris part aux débats dont celle de Cape Town, Dakar, Dubaï, Casablanca… Mais comme l’a souligné Youssef Draiss, DG de Casa-Transports: «il n’y a pas de modèle universel. Chaque pays, chaque ville adopte sa propre organisation».

La ville de Casablanca (dont le cas a été présenté aux membres de l’UITP) a entamé une refonte radicale de son infrastructure de mobilité à l’horizon 2022. Ce projet incorpore non seulement la réalisation d’un réseau de transport en commun en site propre de 110 km, mais aussi la conception d’un système intelligent de régulation du trafic routier et de surveillance, sans oublier l’élaboration d’un nouveau schéma directeur de stationnement, d’un plan de circulation ainsi que l’actualisation de son Plan de déplacement urbain (PDU).

Malgré ces prémices d’organisation, qui se concrétisent grâce aux fonds dédiés aux projets programmés dans le cadre du plan de développement (lignes de tram, trémies, ouvrages d’art, voiries…), les Casablancais peinent encore à voir des résultats tangibles. Les efforts entrepris jusque-là sont entravés par la multiplicité des acteurs (police pour la circulation, taxis dépendant de la wilaya, transport scolaire dépendant du ministère de l’Equipement et du Transport, collectivités locales…).

Tout ce beau monde doit se concerter et se mettre d’accord pour l’organisation de ce secteur. Ce qui n’est pas une mince affaire! Les experts relèvent un autre niveau de complexité avec les différents intervenants dans la gestion des infrastructures et de l’urbanisme, qui sont en interaction avec la mobilité.

Aujourd’hui, la ville de Casablanca a certes confié les projets liés à la mobilité à la SDL Casa-Transports, mais le stationnement relève d’une autre structure (Casadev) et le plus gros des voiries est réalisé par Casa-Aménagements. Ce qui ne fait qu’aggraver ce problème de fragmentation des opérateurs, voire parfois de chevauchement des périmètres.

La loi est on ne peut plus claire: le transport public est une compétence communale depuis 1976. La loi organique des communes (n° 113-14) attribue aux conseils communaux une compétence générale en matière de services publics, dont le transport public urbain fait partie (article 83).

Aujourd’hui, l’Etablissement de coopération intercommunale (Al Beida), qui regroupe 18 communes du Grand Casablanca, ambitionne de jouer ce rôle de coordination et de planification à l’échelle intercommunale, non seulement pour le transport public mais aussi pour  la planification urbaine, la gestion des déchets…

Dans la région Mena, la ville de Dubaï l’a compris bien avant tout le monde. Pour réussir, il faut regrouper toutes les compétences au sein d’une seule et unique instance ou autorité organisatrice des déplacements. Auparavant géré par 4 agences et 3 administrations, le secteur des transports publics relève, depuis 2005, d’une seule et unique autorité: Roads&Transports Authority (RTA), qui regroupe aussi les attributions de la police (ce qui est très rare).

L’impact s’est vite fait ressentir. En l’espace de 5 ans, le nombre de décès dus aux accidents de la route a sensiblement régressé, passant de 21,9 sur 100.000 habitants en 2006 à 8 sur 100.000 en 2010. Le nombre de passagers a pratiquement doublé sur cette même période: soit 309 millions en 2010 (contre 163 millions en 2005).

Jurandir Fernandes, président de la Division Amérique latine de l’UITP, a pour sa part mis l’accent sur les défis du transport de millions de passagers chaque jour dans les grandes zones urbaines et a présenté le choix de São Paulo de compléter le réseau de transport public avec une modalité de capacité moyenne représentée par le monorail et non par Bus Rapid Transit (BRT) pour une région d’environ 4 millions d’habitants: la Zone Est de São Paulo.

Le réseau de transport public de la région métropolitaine de São Paulo dessert 22 millions d’habitants et 39 localités. Ce réseau est administré par le gouvernement et non par les autorités locales. 

 

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