Analyse

Recrutement: Les informaticiens mettent les voiles

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5203 Le 06/02/2018 | Partager
Des recrutements massifs se font par des entreprises étrangères
Une grande pénurie se fait sentir auprès des acteurs du secteur
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Les informaticiens ont le vent en poupe. Très recherchés par les entreprises locales, ils sont aussi convoités par des compagnies étrangères. (Ph. Pixabay)

Sous l’impulsion de la digitalisation de l’ensemble des activités économiques, l’informatique est devenue une fonction stratégique pour les entreprises. Le volume d’offres du secteur ne cesse de croître, cependant, les profils se raréfient.

«Ces derniers temps, nous avons constaté une très forte demande d’informaticiens émanant de pays étrangers, notamment la France et la Belgique», explique Saloua Karkri-Belkeziz, présidente de l’Apebi, la Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring.

Des pays très dynamiques en ce qui concerne la transformation digitale, ce qui les amène à chercher des profils dans d’autres pays afin de répondre à l’offre importante qu’ils connaissent. Grâce au CDD de mission mis en place en France, les entreprises ont plus de facilité à embaucher des profils marocains qui, selon Alexandra Montant, DGA de ReKrute.com, sont prisés à l’international pour leur expertise».

Ce type de contrat est réservé aux cadres et ingénieurs recrutés dans le secteur privé, pour une durée de 18 mois à 3 ans maximum. Ainsi, «des cabinets viennent recruter en masse les informaticiens marocains. Dès qu’ils décrochent un contrat, ces profils quittent aussitôt leurs postes, sans même passer par une période de préavis. Tout cela porte préjudice au secteur», déplore Saloua Karkri-Belkeziz.

«Nous avons un besoin de 400 ingénieurs informaticiens pour 2018, mais il nous est difficile de les trouver», ajoute pour sa part, Redouane Mabchour, directeur général de Atos. «Nous manquons de lauréats et le Maroc est rudement concurrencé par les entreprises étrangères», indique-t-il. Des événements qui rappellent la situation du début des années 2000, lors du premier boom d’internet.

«Les recruteurs étrangers  parviennent à fournir aux candidats retenus tous les documents nécessaires (visa longue durée, carte de séjour...) en moins de 48 heures», souligne la présidente de l’Apebi. Les entreprises font ainsi face à une grave pénurie de ressources humaines. «Nous essayons de séduire les lauréats, et surtout les profils seniors, même ceux déjà en poste. Mais cela ne comble pas le besoin que nous avons», précise le DG de Atos.

Les écoles marocaines d’enseignement supérieur privées et publiques forment chaque année près de 6.500 informaticiens. Les lauréats qui se présentent sur le marché de l’emploi ont un bon profil. «Surtout depuis l’instauration de la licence professionnelle», affirme la présidente de l’Apebi, mais ils ne restent pas longtemps sur le marché marocain.

«Il y aura certainement un retour de ces profils vers leur pays, mais cela ne se fera que dans quelques années», regrette-t-elle. Face à cette pénurie d’informaticiens, certains grands groupes songent même à délocaliser leurs activités...

                                                                                           

«Les profils seniors et cadres sont les plus convoités»

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Alexandra Montant: Directrice générale adjointe de ReKrute.com (Ph. AM)

- L’Economiste: Comment expliquez-vous cette pénurie d’informaticiens?
- Alexandra Montant: Les acteurs du secteur IT se multiplient et sont en très forte croissance, d’où les recrutements croissants à travers les années. Les profils recherchés sont les plus expérimentés ou ceux spécialisés dans des technologies pointues. Malheureusement, ils ne sont pas nombreux sur le marché. Par ailleurs, depuis deux ans, nous constatons une forte demande émanant de l’international. Les profils IT marocains sont très convoités par des pays étrangers, qui leur proposent des contrats alléchants. Cela accentue la pénurie déjà existante au niveau national.

- Pour les niveaux master et plus, les profils expérimentés sont les plus prisés. Quelle analyse en faites-vous?
- C’est simple. En 2016, la tendance avait été différente du fait de la crise. Les entreprises s’étaient tournées surtout vers des juniors qui coûtaient moins cher. Aujourd’hui, la reprise et la professionnalisation continue des entreprises font que les recruteurs préfèrent les profils expérimentés et les cadres.

- Pourquoi cette tendance est différente pour les profils bac+3 et moins?
- C’est le résultat d’un changement des besoins des acteurs de l’offshoring. Aujourd’hui, ils embauchent surtout des jeunes maîtrisant les langues, qu’ils soient expérimentés ou pas. La bonne nouvelle est qu’ils trouvent leur bonheur sur des profils non-cadres, ce qui était moins le cas les années précédentes.

Propos recueillis par Tilila EL GHOUARI

 

 

 

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