Culture

1.54: De l’art africain pour les Africains

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5202 Le 05/02/2018 | Partager
Après Londres et New York, la foire d’art contemporain du continent s’invite à Marrakech
Une vingtaine de galeries présentes pour cette édition qui se tient du 23 au 25 février
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Touria El Glaoui: «Il n’y a pas de mystère, il existe une corrélation directe entre le développement économique d’un pays, sa stabilité et l’émergence d’une scène artistique active» (Ph. T.E.)

Née en 2013, la foire d’art contemporain africain «1.54», créée par Touria El Glaoui, est désormais un évènement international incontournable pour les amateurs et collectionneurs d’art. Après Londres et New York, la manifestation s’installera pour la première fois en Afrique, à Marrakech, du 23 au 25 février, avec une vingtaine de galeries présentes.

- L’Economiste: Après 5 éditions à Londres et 4 à New York, la foire d’art contemporain africain «1.54» fait son premier coup d’essai à Marrakech. Qu’est-ce qui a motivé le choix de cette dernière ville?
- Touria El Glaoui:
Le choix de Londres et New York est évident parce que ce sont des capitales mondiales de l’art et qu’il fallait qu’on ait une visibilité dans ces plateformes internationales. Le choix de Marrakech répond à une démarche différente. D’abord il est important qu’un évènement qui traite de l’art contemporain africain se passe en Afrique, il faut que les Africains voient de l’art africain sur leur continent. Depuis 2013 c’est donc un but en soi, sauf que la majorité des collectionneurs sont à l’étranger. New York et Londres marchent avec une certaine dynamique de collectionneurs internationaux, mais avec très peu de collectionneurs africains. Or cette audience-là existe, elle grandit chaque année et on la voit se déplacer à Londres et à New York et ils sont heureux de venir à Marrakech. Nous espérons également convertir les collectionneurs marocains, qui sont d’ailleurs très curieux, à l’art du reste du continent. L’idée en fait c’est de créer une plateforme et une destination internationale en Afrique et pour ça Marrakech est la ville la plus indiquée. Elle réunit l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient.

- Quand on parle d’art africain, est-il encore nécessaire aujourd’hui de le situer ou le catégoriser géographiquement ou ethniquement?
- Oui, effectivement, si j’étais une artiste, je préférerais qu’on me considère comme une artiste tout court. C’est toujours diminutif de catégoriser géographiquement ou ethniquement. Personne ne parle d’un art anglais ou américain. Quand j’ai commencé, on parlait encore de l’Afrique en tant que «force d’un continent». Je pense malheureusement qu’on est encore dans le besoin de marquer un territoire tant qu’il y a ce déséquilibre de visibilité et d’inclusion d’artistes africains contemporains sur la scène internationale.

- En quoi l’art africain est-il reconnaissable?
- Il y a tout d’abord une très grande créativité et une grande richesse qui sont propres au continent. Mais, je crois surtout que les influences sont très différentes des écoles européennes ou américaines d’art. Souvent les artistes européens ou américains se basent sur des concepts ou des mouvements qui sont souvent étrangers aux références africaines. Ce qui crée au bout du compte une créativité complètement différente dans son inspiration et une audience d’artistes très riche. A part ça, je ne pense pas qu’ils aient un dénominateur commun parce que les pays sont différents et les cultures aussi. Cette absence de modèles ou de mouvements répétitifs est justement ce qui fait la force mais aussi la fraîcheur de la création africaine.

- On parle beaucoup du dynamisme de la scène contemporaine marocaine. Comment la situez-vous?
- De par mes nombreux voyages dans le continent, on sent bien qu’il y a des scènes artistiques qui sont bien plus développées que d’autres et le Maroc fait certainement partie de ces scènes. On dénombre beaucoup de galeries, de maisons de vente, de fondations privées, de centres d’art et de collectionneurs institutionnels ou privés. Cet écosystème crée assurément un dynamisme qui profite aux artistes. Je peux dire que le Maroc est mieux placé que beaucoup d’autres pays. Il y a également la Tunisie qui est très talentueuse et qui a été l’un des premiers pays à exporter son art et bien sûr l’Afrique du Sud, et le Nigéria qui est en train d’exploser. Mais il n’y a pas de mystère, il y a une corrélation directe entre le développement économique d’un pays, sa stabilité et l’émergence d’une scène artistique active.

Propos recueillis par Amine BOUSHABA

                                                                                

L’art de père en fille

PETITE fille de Thami El Glaoui, fille du peintre Hassan El Glaoui, Touria a délaissé une carrière prometteuse dans la finance internationale pour sa passion: se battre pour accroître la visibilité des artistes africains contemporains et permettre leur reconnaissance sur le marché international. Une passion née un peu par hasard.

Tout a commencé quand Touria El Glaoui a entamé un travail de référencement de l’œuvre de son père (94 ans), dans le premier but de faire un catalogue raisonné. Elle décide alors d’organiser une exposition à Londres où il avait eu une place importante dans les années 50/60: «Quand j’étais petite, on m’a toujours dit que c’était Winston Churchill qui avait convaincu mon grand-père de laisser mon père poursuivre sa passion pour la peinture.

Je pensais que c’était un mythe, mais quand j’ai contacté la famille Churchill, ils m’ont sorti toute la correspondance qu’il avait eue avec mon grand-père sur la peinture. Du coup, nous avons organisé cette exposition dans un musée londonien pour laquelle j’étais co-commissaire et ça m’a beaucoup plus».

Au fil de ses voyages professionnels en Afrique, Touria El Glaoui, qui avait attrapé le virus, découvre une scène artistique africaine bouillonnante et créative: «J’ai commencé à acheter quelques œuvres qui n’étaient pas très chère, mais je ne comprenais pas qu’une fois rentré à Londres que ces artistes soient compétemment inconnus.

Par contre ce que j’ai appris en m’occupant du travail de mon père, c’est que la visibilité était très importante, et que si un artiste ne faisait pas partie d’une collection internationale ou d’un musée à l’étranger, il ne comptait pas. C’est ce qui m’a décidé de créer cette plateforme».

Le premier coup d’essai fut un succès: «A la fin de la première édition, nous avions tous les larmes aux yeux parce que nous avions réussi à vendre tous les artistes qu’on avait présentés». C’est tout ce qu’on peut souhaiter à la version marrakchie de la 1.54.

 

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