Economie

Pourquoi la région Mena tourne au ralenti

Par Franck FAGNON | Edition N°:5199 Le 31/01/2018 | Partager
Les économies peinent à se remettre des chocs de ces dernières années
25 millions de demandeurs d’emploi sur le marché dans les 5 prochaines années
Pour le FMI, «le Maroc est un bon élève en matière de réformes»
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Jihad Azour, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale au FMI: «Les transformations que la région a connues ont été motivées par des demandes de type politique mais aussi d’ordre économique et social. Sur le premier volet, nous relevons des progrès. Sur le deuxième, les chiffres et l’attitude des populations montrent que leurs aspirations n’ont pas été satisfaites» (Ph. FMI)

- L’Economiste: La croissance mondiale retrouve son niveau d’avant la crise de 2008, mais la région Mena en est encore loin. Quelles sont les explications?
- Jihad Azour:
Au cours des dix dernières années, la région a subi des chocs successifs. D’abord, la crise financière de 2008  s’est traduite par une baisse des investissements directs internationaux dans plusieurs pays. Nous avons assisté à des transformations politiques avec le printemps arabe, sans oublier la baisse drastique du prix du pétrole à partir de 2014. Certes, les cours du pétrole ont repris un peu de couleur, mais nous sommes encore loin du niveau d’avant 2014. Tous ces événements ont eu un impact sur la situation économique et financière des pays de la région. Si celle-ci a réussi à absorber les chocs, en revanche, elle n’a pas pu mener les transformations pour pouvoir retrouver un niveau de croissance équivalent à celui des autres pays émergents.
C’est la raison pour laquelle les débats au cours de ce rendez-vous de Marrakech se focalisent sur les chemins pour retrouver la croissance et la manière de la rendre plus inclusive en créant plus d’emplois. Le taux de chômage dans la région est très élevé, surtout chez les jeunes. En outre, le faible taux d’activité de la femme l’écarte des bénéfices d’une reprise de l’économie. C’est un point sur lequel il faut travailler d’urgence.

- Avez-vous le sentiment que les pays ont tiré toutes les leçons du Printemps arabe?
- Les transformations que la région a connues ont été motivées par des demandes de type politique, mais aussi d’ordre économique et social. Sur le premier volet, nous relevons des progrès. Sur le deuxième, les chiffres et l’attitude des populations montrent que leurs aspirations n’ont pas été satisfaites. C’est à ce niveau que l’effort doit se concentrer. Il est très difficile d’avoir des régimes stables à long terme si les conditions de vie ne s’améliorent pas.

- 25 millions de jeunes vont arriver sur le marché du travail dans les cinq prochaines années. C’est une véritable poudrière.
- Je ne dirai pas cela. Les pays de la région ont su absorber les chocs. Maintenant, il va falloir se focaliser sur la transformation des objectifs en plans d’action. Qui va créer ces 25 millions de nouveaux jobs? Sûrement pas l’Etat parce que la masse salariale est déjà significative dans plusieurs pays. Il faudra aider le secteur privé à créer ces emplois, en lui facilitant notamment l’accès au financement. Dans ces économies, une PME a beaucoup plus de difficultés à accéder au financement que dans d’autres pays émergents. En outre, la technologie joue un rôle très important. Il faudra accélérer son utilisation. Ce sont des objectifs sur lesquels nous devons travailler. L’Etat emploie énormément de ressources pour des subventions qui ne sont pas bien ciblées. Avec les niveaux actuels d’endettement et de déficit budgétaire, on ne peut plus augmenter la dépense. Il faut la réorienter. Pour cela, il est nécessaire de la réduire quelque part pour la renforcer ailleurs, en particulier dans l’infrastructure parce qu’elle améliore la compétitivité. Le social aussi requiert plus d’investissements. C’est un secteur qui n’est pas bien pris en considération. Ce sont à ces endroits qu’il faut porter l’effort, pas seulement en quantité mais en type de programme aussi.

- Les nouvelles technologies sont en train de modifier la structure de l’emploi. Est-ce une complexité supplémentaire pour les économies ou bien y voyez-vous quelques opportunités?
- Ce sont les deux. Nous ne pouvons plus concevoir l’économie sans la technologie tout comme le rôle de l’Etat et le fonctionnement de l’administration. C’est un élément qui va définir ceux qui vont réussir ou non. Il faut bien se préparer parce que si vous ne l’êtes pas, la technologie peut également détruire des emplois. C’est pour cela que nous disons qu’il faut être prêt en améliorant les investissements dans la technologie, les infrastructures. Il faut permettre à la technologie de changer la condition de vie des jeunes parce qu’ils ont un niveau de compétence dans l’utilisation des technologies modernes beaucoup plus élevé.

- Quelle est votre appréciation du train de réformes au Maroc?
- Le Maroc est clairement l’un des pays qui a le plus déployé des réformes et nous commençons à en apprécier les résultats. La croissance prévue en 2018 sera l’une des plus élevées de la région. Une réforme bien mise en place et défendue par une volonté publique donne des résultats. Il est beaucoup mieux de les mener lorsqu’on a la possibilité d’avoir le temps d’introduire des ajustements si nécessaires que quand on y est forcé. Le Maroc est un bon exemple, pas seulement sur la nature des réformes, mais également sur leur gestion.

Propos recueillis par Franck FAGNON

 

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