Analyse

TangerMed-Algésiras: La bataille des grands ports

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5199 Le 31/01/2018 | Partager
Les complexes s’activent en matière de transbordement et de trafic roulier et passagers
Algésiras avec plus d’un siècle fait figure de géant
TangerMed ne cesse de gagner du terrain
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Les deux complexes portuaires, premiers de leurs catégories respectives dans leur pays ont divers points communs mais aussi des spécificités liées aux marchés qu’ils ciblent. Le bipole TangerMed-Algésiras a démontré sa capacité de développement mutuel au sein de la région du Détroit

TangerMed et Algésiras, deux plateformes portuaires séparées par un bras de mer d’une douzaine de kilomètres donnent l’impression d’être deux géants en lutte. Les deux ports opèrent sur les mêmes créneaux, transbordement, trafic passagers et roulier et partagent des positions privilégiées de part et d’autre du Détroit de Gibraltar, l’un des plus fréquentés de la planète.

Dès l’annonce du projet du port en eaux profondes de TangerMed au début des années 2000, les réactions ont fusé des deux côtés du Détroit. Côté marocain, l’objectif était de capter une partie du trafic mondial de transbordement dont les plus grandes lignes passaient à côté des côtes marocaines et dont le point nodal est le Détroit.

Les exports marocains se faisaient essentiellement via des camions Tir et le schéma actuel a fait son bout de chemin au vu des potentialités affichées par le port et son emplacement géographique. Du côté espagnol, les réactions ont été plus diverses. Pour une bonne partie de l’opinion espagnole, le port constituait une menace à l’hégémonie incontestée jusque là d’Algésiras, le plus grand port du sud de l’Europe.

L’intérêt pour Tanger a grandi et les visites de journalistes à la région, autrefois visibles qu’en matière d’émigration clandestine et de trafic de drogue sont devenues plus fréquentes. Mais la réalité est tout autre. TangerMed a démontré que son potentiel allait au-delà du transbordement même s’il continue d’alimenter une bonne partie de son activité pour se transformer en un des principaux points d’accès du pays, tant en matière de biens et produits à l’import et l’export comme en matière de trafic de passagers. Et surtout, le bipole TangerMed-Algésiras a démontré sa capacité de développement mutuel au sein de la région du Détroit.

Des réactions comme celles enregistrées dernièrement de la part de parlementaires espagnols appelant à plus de mesures pour barrer la route au port marocain en faveur de celui espagnol d’Algésiras s’assimilent plus à des déclarations politiques qu’à une réalité économique.

Selon plusieurs analystes espagnols, le port de TangerMed s’il a un peu empiété sur les plate-bandes d’Algésiras en matière de trafic, a de l’autre côté réussi à attirer une grande part de trafic maritime à la région du Détroit que le port espagnol seul n’aurait pas pu faire dans le cadre d’une économie d’échelle de dimension régionale. La plupart des lignes mises en place par chacun des deux géants passent par l’autre. Enfin, l’attrait de chacune des plateformes portuaires est enrichi par la proximité de l’autre et non le contraire.

D’autre part, les deux ports servent de passerelles privilégiées pour la connexion maritime entre les deux pays. Le trafic passagers entre les deux ports est l’un des plus importants de la région avec la plus grosse part dans le déroulement de l’opération transit des Marocains du Monde de retour avec plus de 2 millions de passagers transportés en moins de 4 mois. Pour ce, de grands efforts en matière de coordination sont mis en place pour assurer un transit fluide entre les deux rives du Détroit, un exemple de collaboration peu commun dans le domaine maritime.

Détroit: Les tensions sociales, un mal commun

Les grèves de dockers qui ont entrecoupé l’activité du port d’Algésiras en 2017 ont rappelé la fragilité des systèmes économiques mis en place dans le monde maritime. Les dockers espagnols se veulent les héritiers d’un système de travail où la force de l’homme était l’élément principal et où ces derniers décidaient sur les quais. Il s’agit d’une époque révolue et les autorités espagnoles actuellement en pleine réforme des ports du voisin ibérique y ont trouvé une pierre d’achoppement indéboulonnable. Face à cette situation, APM Terminals, qui exploite des terminaux de conteneurs sur les deux rives du Détroit a annoncé sa volonté de déplacer une partie du trafic d’Algésiras vers celui de TangerMed afin d’assurer la continuité du service. Cette situation rappelle celle de 2011 quand c’était au tour de TangerMed de souffrir des tensions sociales et des grèves portées par les tensions sociales. Ce n’est qu’après d’âpres discussions avec les représentants syndicaux qu’un début d’accord avait été trouvé en novembre 2011 et qui avait permis de bâtir la paix actuelle. Le port avait pratiquement passé une année blanche et il lui a fallu six mois pour retrouver son rythme de croisière. Le risque de voir ces tensions sociales reprendre le dessus est minime ou du moins, telle est l’impression. Les terminaux en projet seront dotés de systèmes de manutention semi-automatisés où l’intervention humaine est réduite au minimum avec comme principal gain une augmentation de la productivité et une réduction des coûts avec comme effet collatéral une plus grande immunité aux mouvements sociaux.

 

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