Competences & rh

Enseignement supérieur: «Pas d’excuse pour ne pas agir!»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5198 Le 30/01/2018 | Partager
Le numérique pour améliorer les performances de l’administration
Du renfort du côté des étudiants de 3e cycle pour l’encadrement
300.000 DH par an pour la réhabilitation des sanitaires
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Driss Mansouri, président de l’université de Casablanca: «Nous avons mené l’enquête dans une logique d’amélioration continue. Cela nous permettra de prendre des mesures correctives sur la base d’un tableau de bord précis, et de mettre l’argent là où il le faut» (Ph. Khalifa)

- L’Economiste: Moins de trois étudiants de votre université sur dix sont satisfaits. Qu’est-ce que cela vous évoque?
- Driss Mansouri:
C’est effectivement très bas. C’est la grande problématique des universités publiques, qui gèrent deux types d’établissements, à accès ouvert et à accès régulé. Ceux à accès ouvert n’imposent aucune sélection à l’entrée. Il suffit de présenter un baccalauréat pour y accéder. C’est ce qui a mené à une massification qui dépasse leur capacité d’accueil. 80% de nos 106.000 étudiants sont dans ces établissements. La faculté de droit, par exemple, accueille plus de 20.000 étudiants, bien plus qu’elle ne devrait. Cela joue automatiquement sur la satisfaction.  
Si vous vous rendez dans des écoles de commerce ou d’ingénieurs, qui sont à accès régulé, le cadre est très différent. Mais l’université n’a aucune excuse pour laisser les choses telles qu’elles sont.   

- Ce serait quoi l’urgence pour vous?
- La formation et l’organisation des études et l’encadrement pédagogique recueillent le plus fort taux de satisfaction. Cela est positif, car il s’agit de notre cœur de métier. Toutefois, il faudrait les renforcer davantage. En matière de conditions d’accueil et d’hygiène, nous avons décidé d’investir chaque année de 200.000 à 300.000 DH dans la réhabilitation des  sanitaires.  Avec 19,8%, l’administration a obtenu l’un des plus faibles taux de satisfaction. C’est pour cela que nous avons misé sur le numérique, pour les préinscriptions, inscriptions, publication de résultats en ligne, candidatures aux masters… c’est aujourd’hui généralisé à tous les établissements. Nous y avons investi près de 7 millions de DH, et minimisé ainsi l’intervention humaine.
- Mais les étudiants se plaignent souvent de l’absence d’interlocuteur et du manque de communication…  
- Le poste de vice-doyen chargé de la scolarité est justement mis au service des étudiants. Néanmoins, c’est la loi du nombre qui joue. Je vous donne une idée sur le taux d’encadrement, il est de 1 administratif pour 200 étudiants! Toutefois, nous essayons de trouver des solutions. Nous cherchons, par exemple, du renfort du côté des étudiants de 3e cycle, masters et doctorats. Ils sont embauchés pour aider le corps administratif dans les tâches liées à la scolarité. Ce sont des étudiants vacataires rémunérés grâce  à un budget dédié. Cette année, la faculté de droit y a consacré 1,6 million de DH, contre 900.000 DH l’an dernier. Les étudiants peuvent gagner jusqu’à 70 DH l’heure. Nous travaillerons, également, sur la formation et la sensibilisation de notre personnel.
En matière de stages aussi, le taux est très faible, soit 18,1%. Et c’est tout à fait normal! Nous avons besoin d’une structure qui se charge de cet aspect. Nous en avons mis une au niveau de la présidence, mais ça n’a pas fonctionné. Il en faudrait une pour chaque établissement. Dans les écoles d’ingénieurs, le problème ne se pose pas, puisque les stages y sont obligatoires. Sur le volet vie étudiante, le budget a été augmenté de moitié, en rajoutant 700.000 DH. Nous avons, aussi, accrédité des clubs étudiants qui ont reçu chacun une subvention de fonctionnement de 5.000 DH.

- Les matériels et équipements pédagogiques sont également sources d’insatisfaction. Que prévoyez-vous dans ce sens?
- Entre 2015 et 2017, notre université a reçu une subvention de 570 millions de DH. Plus de la moitié, 356 millions, est allée à l’amélioration de l’offre de formation, 60 millions de DH à la recherche, 137,2 millions de DH à la construction/réhabilitation, 11 millions de DH à l’amélioration des compétences, qualité et visibilité, et 4,2 millions de DH aux activités culturelles et sportives. Cela reste insuffisant.   
Notre université est celle qui compte le plus d’écoles d’ingénieurs au Maroc. Dans ces écoles, de même que dans les facultés de sciences, l’équipement scientifique coûte très cher. C’est pour cette raison que nous y avons rajouté de l’argent de nos recettes propres, soit 4 millions de DH, entre l’an dernier et cette année.

- Pensez-vous que ces efforts amélioreront le taux de satisfaction au prochain sondage?
- Nous aurons une amélioration certaine au niveau du volet administration, parce que nous avons beaucoup investi dans le numérique. Sans compter que nous réservons 70% des créations de postes aux administratifs, afin de redresser le taux d’encadrement. Nous avons aussi recruté des enseignants et mené plusieurs projets pour l’entrepreneuriat. Ceci aura un impact positif. En revanche, pour les stages, je ne pense pas que nous avancerons, car cela ne dépend pas uniquement de l’université.

«Il faut accepter le principe des frais d’inscription»

A la question de l’instauration des frais d’inscription à l’université, Driss Mansouri répond sans détour. Pour lui, il s’agit aujourd’hui d’une nécessité. «De nombreux parents sont prêts à payer, pourvu que la qualité s’améliore. D’autant plus qu’il s’agit d’une mesure qui va dans le sens de l’équité, puisque seules les familles aisées seront concernées», pense-t-il. Mansouri a déjà un scénario. L’objectif de son université est de mettre 50.000 étudiants sur 80.000 inscrits en licence fondamentale dans des licences professionnelles. Ils seraient répartis en groupes d’environ 150. Au total, près de 300 licences professionnelles pourraient être créées. Chacune nécessiterait 200.000 DH de frais de fonctionnement, soit un total de 60 millions de DH. «Si chaque étudiant paie 2.000 DH par an, cela permettra de récolter 100 millions de DH et nous pourrons tout financer», s’enthousiasme le président de l’université de Casablanca. «La licence fondamentale, pour sa part, deviendrait une filière d’excellence répondant aux besoins de l’administration publique et à ceux de la recherche fondamentale», poursuit-il.

S’inspirer du modèle de l’ENCG?

Ses étudiants sont les plus satisfaits. L’Ecole nationale de commerce et de gestion (ENCG) se distingue clairement dans l’enquête de satisfaction menée par l’Université Hassan II de Casablanca (voir article précédent). L’établissement arrive premier sur pratiquement toutes les rubriques du sondage. «L’ENCG vient de déménager dans des locaux neufs. L’école organise, en outre, beaucoup d’activités extra-universitaires et accorde une place de choix au travail personnel. Je suis adepte de cette méthode», explique Driss Mansouri. «Cela soulève une question importante sur les nouvelles tâches de l’enseignant. Il doit être plus un coach qu’un transmetteur de connaissances», poursuit-il. C’est la raison pour laquelle tous les enseignants de l’université nouvellement recrutés reçoivent une formation sur la pédagogie universitaire, les méthodes d’apprentissage, le numérique...  Trois studios professionnels ont, par ailleurs, été mis à leur disposition pour la préparation de MOOC (Massive Open Online Courses).

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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