Competences & rh

Addictions des jeunes: Louis-Massignon prévient des dangers de l’excès

Par Karim Agoumi | Edition N°:5198 Le 30/01/2018 | Partager
Deux grands spécialistes invités dans le cadre de la semaine de la santé
Internet, jeux vidéo, télévision… de nouveaux abus aux retombées dévastatrices
Activités sublimatoires d’angoisse, hygiène de vie… Les solutions!
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Les addictions touchent de plus en plus les jeunes Marocains. C’est pour sensibiliser à l’ampleur et à la gravité de ce phénomène que le lycée français Louis-Massignon a récemment organisé une conférence sur le sujet animée par deux experts de la question, parmi lesquels la spécialiste en addictologie Imane Kendili (Ph. Jarfi)

L’excès en tout est nuisible au plus haut point et en être conscient constitue déjà une voie de sortie en soi. Ce message poignant et fort figure parmi ceux que l’on retiendra de la conférence sur les addictions des jeunes qui s’est récemment tenue au lycée français Louis-Massignon, en présence de deux éminents experts sur la question.

Une rencontre intéressante réalisée dans le cadre de la semaine de la santé et qui visait avant tout à sensibiliser parents et élèves sur les risques de la dépendance chez l’adolescent mais également à leur livrer les moyens d’y faire face. «L’addiction dans la société d’aujourd’hui s’apparente plus exactement à toute consommation abusive d’un produit pouvant impacter négativement la santé d’un individu et provoquer en lui de la souffrance mentale ou physique», nous révèle le docteur Imane Kendili, psychiatre et spécialiste en addictologie.

En plus des dépendances classiques telles que l’alcool, le tabac ou encore la cocaïne, elle peut également prendre la forme de comportements tout autant nuisibles dont notamment les achats pathologiques, les jeux d’argent, l’internet ou encore les jeux électroniques. «Les jeunes sont de plus en plus nombreux à se surendetter pour se procurer des produits onéreux dont ils n’ont pas particulièrement besoin», souligne la spécialiste.

Ainsi, des activités a priori banales comme le shopping ou encore la malbouffe peuvent rapidement devenir des comportements à risque au sein d’une société qui valorise la surconsommation. «Il a été scientifiquement prouvé que le sucre est plus addictif que la cocaïne», nous apprend ainsi l’experte.

Un problème de société qui frappe de plus en plus les jeunes, nombreux à tomber dans un premier temps dans l’abus de substances toxiques. Ainsi, d’après le docteur Jaafar Heikel spécialisé en médecine préventive et en maladies infectieuses, 4,8% d’entre eux consomment régulièrement de la cocaïne, du cannabis ou encore des produits psychotropes.

Des produits pouvant accélérer le vieillissement de la peau mais également provoquer des maladies mentales aussi graves que la schizophrénie. Les addictions comportementales, quant à elles, connaissent également une réelle recrudescence sous nos latitudes. Ainsi, la junk food fait d’ores et déjà des ravages sur la santé des plus jeunes. «10% des enfants et adolescents âgés entre 10 et 15 ans sont touchés par l’obésité», déclare à ce sujet Heikel.

Autres risques alarmants directement liés à la malbouffe, les maladies cardiovasculaires ou encore le diabète. Plus inquiétant encore, le phénomène des jeux électroniques et des réseaux sociaux prend des proportions démesurées et comporte son lot de préjudices pour la santé.

Provoquant notamment amaigrissement et insomnies, l’addiction aux consoles et aux écrans augmente également chez les jeunes les risques de contracter la cataracte ou encore de subir une crise d’épilepsie. Une menace qui n’est pourtant pas encore considérée comme dangereuse par le plus grand nombre.

«Les parents trouvent tout à fait normal que leurs enfants passent des heures les yeux rivés sur leurs écrans et ne se rendent pas compte du danger inhérent à cette véritable addiction», prévient Kendili. L’addiction n’est cependant jamais le fruit du hasard. Elle s’explique par le contexte social dans lequel évolue l’adolescent.

«La famille dans laquelle on a grandi, son histoire personnelle, son environnement… Tout ceci constitue un élément déclencheur de l’abus chez le jeune», précise la spécialiste. La vulnérabilité de l’individu, développée suite à un traumatisme d’enfance ou à un deuil jamais réalisé, peut également le prédisposer à tomber dans le piège.

Pour éviter le pire, il est tout d’abord conseillé aux jeunes de «sublimer leurs angoisses» en pratiquant des activités saines telles que la musique, la peinture, la lecture ou encore les jeux de société. «L’art et les jeux d’intérieur apprennent aux adolescents la patience et contribuent sensiblement à leur sociabilisation», nous apprend ainsi Kendili. «Une autre solution particulièrement utile réside dans la pratique régulière d’une activité physique», ajoute Heikel.

«L’hygiène de vie de nos jeunes est plus que désastreuse et le sport permet largement d’y remédier», précise le professeur. Les parents ont également un rôle capital à jouer pour limiter les risques en évitant de transposer leurs inquiétudes auprès de leurs enfants dès leur plus jeune âge et en leur inculquant une éducation solide. «Ils auront tout le temps d’angoisser plus tard», sourit l’experte. Enfin, l’accompagnement par des professionnels du domaine peut éventuellement être envisagé en dernier recours.

Une semaine centrée sur la santé des ados

La conférence sur les addictions des jeunes fait partie intégrante du programme proposé lors de la semaine de la santé, organisée du 22 au 26 janvier dernier par le Comité de l’éducation à la santé et à la citoyenneté du lycée français Louis-Massignon. Une quatrième édition haute en couleur à laquelle ont participé plus de 1.800 élèves de l’établissement, de la 6e à la terminale. Au programme, bon nombre de conférences permettant de construire son identité, portant entre autres sur les thèmes intéressants de la nutrition, de l’empathie ou encore de la gestion du stress. Des séminaires d’apprentissages ouverts également aux parents et aux intéressés doublés d’ateliers de mise en pratique sur les gestes de premier secours ou encore sur la prise de parole en public. «Une manifestation organisée avant tout pour prévenir les jeunes des dangers menaçant quotidiennement leur capital santé», souligne le principal et proviseur adjoint de l’établissement Jean-Louis Bihry.

 

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