Economie

Infrastructures: Les premiers actes du fonds Africa 50

Par Franck FAGNON | Edition N°:5197 Le 29/01/2018 | Partager
Financement de centrales solaires et thermiques en Egypte et au Sénégal
«Nous cherchons de bons projets partout... sans considération politique»
Le risque de change transféré aux Etats
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Alain Ebobissé, directeur général Africa 50: «L’absence d’un historique dans certains pays est un facteur supplémentaire de complexité, mais il n’est pas insurmontable. Nous savons comment les investisseurs travaillent et ce qu’ils recherchent» (Ph. F. Alnasser)

- L’Economiste: Que pèse le fonds Africa 50 aujourd’hui?
- Alain Ebobissé:
Le fonds a d’abord une taille importante en termes du nombre d’actionnaires. Nous avons 25 Etats, la Banque africaine de développe­ment et deux banques centrales du conti­nent dans le tour de table. Nous avons un capital engagé qui s’élève à 820 millions de dollars et notre objectif est de conti­nuer à lever des fonds non seulement au­près des Etats africains mais également auprès des investisseurs institutionnels. Les capitaux qu’apportent les Etats, seuls, ne sont pas suffisants pour financer les besoins énormes en infrastructures du continent. Et donc, nous devons mobi­liser des ressources auprès des inves­tisseurs institutionnels. Nous aurons un levier important. Je ne peux pas en dire plus mais nous essayerons d’avoir un levier substantiel.
- Quels sont les premiers projets que vous avez financés?
- Nous avons financé quelques pro­jets ou tout au moins pris l’engage­ment formel de le faire. Nous avons par exemple acquis une participation mino­ritaire de 25% dans une série de projets solaires de 400 Mégawatts en Egypte. Nous travaillons avec la Senelec et un sponsor privé pour le financement de la centrale thermique de 120 Mégawatts à Malicounda au Sénégal.
- Chaque pays actionnaire voudra logiquement attirer les financements du fonds Africa 50. Il va falloir arbi­trer quitte à faire des mécontents.
- Le fonds a vocation à investir dans des projets bancables qui rémunèrent convenablement le risque que nous pre­nons. Africa 50 est un fonds créé par les Etats africains et la Banque africaine de développement, mais avec un double objectif de développement des infras­tructures et commercial. Nous n’avons pas de considérations politiques, quand nous prenons nos décisions d’investisse­ment. Les critères décisifs sont l’impact du projet sur le développement écono­mique et la rentabilité. Nous cherchons de bons projets partout où nous pouvons les trouver.
- Est-il plus compliqué de convaincre les investisseurs à vous suivre dans certains pays, notamment ceux qui ont été affaiblis par la baisse des prix des matières premières?
- Les investisseurs viendront, même sur ces marchés, s’il y a des projets bancables. Et nous savons les faire. Le dialogue que nous avons avec les Etats actionnaires est de mettre en place les conditions pour faciliter le financement de leurs projets d’infrastructures. Dès qu’on peut apporter certaines garanties aux investisseurs sur les fonds qu’ils in­jectent, ils suivent. Nous travaillons avec les Etats, les régulateurs de sorte à multi­plier les projets bancables.
- Mais sur certains marchés, l’ab­sence d’un track record rebute les investisseurs...
- Il est vrai que c’est un facteur sup­plémentaire de complexité, mais il n’est pas insurmontable. Nous savons com­ment les investisseurs travaillent et ce qu’ils recherchent. Je sais que dans la plupart des pays africains aujourd’hui, l’on peut structurer des projets bancables qui soient attractifs pour les investisseurs.
- Avez-vous le sentiment que la perception du risque africain se soit améliorée?
- C’est un vrai problème dans notre continent. Les gens perçoivent le risque africain comme étant élevé. Lorsque des institutions comme le nôtre, et c’est en partie l’objet de notre création, par­ticipent à des projets, cela réduit cette perception parce que les investisseurs savent que nous avons une expertise dans l’analyse des projets et notre proximité avec les gouvernements les rassurent quelque peu. Nous devons tous partici­per à réduire la perception du risque et la rapprocher de la réalité. Il est clair qu’il y a une perception qui est plus grande que le risque encouru.
- La monnaie est un sujet sensible. Est-ce un sujet de préoccupation dans vos discussions avec les investisseurs?
- C’est un sujet de préoccupation, mais nous savons gérer tous ces risques. Nous les allouons aux parties les mieux indiquées pour les gérer. Quand un projet est financé en devises étrangères, nous ne prenons pas de risque de change. Nous le transférons aux Etats.
Propos recueillis par Franck FAGNON

 

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